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Karanis, un village à la croisée des civilisations

Nasma Réda, Lundi, 16 février 2015

L'exposition au Musée du Caire d'une collection de papyrus rares, datant de l'époque gréco-romaine, retrace le mode de vie dans un petit village de Fayoum.

Papyrus
Papyrus montrant les noms de 2000 citoyens de Karanis. (Photo : Nasma Réda)

« Papyrus de Karanis » est le titre de l’exposition inaugurée cette semaine dans la salle 44 du musée du Caire par le ministre égyptien des Antiquités, Mamdouh Al-Damati, et l’ambassadeur alle­mand, Hans Joerg Haber. Il s’agit de 33 pièces antiques, dont 11 papyrus datant de l’époque gréco-romaine (du IVe au Ier siècle av. J.-C.), une dou­zaine de statuettes en bronze, une caisse en bois pour garder les verre­ries, et d’un petit panier en roseau. Le tout ayant été découvert à Karanis (aujourd’hui Kom Ouchim), un vil­lage de Fayoum.

Musée du Caire
Une statuette en bronze d'Aphrodite, déesse grecque, symbole de l'amour et du mariage. (Photo : Nasma Réda)

« Cette collection enrichit nos connaissances sur les modes de vie, les coutumes et traditions dans ce village agricole, situé au nord-est du Fayoum durant cette période », sou­ligne Cornelia Eva Römer, spécialiste du papyrus auprès de l’Office alle­mand d’échanges universitaires (DAAD). Quelques papyrus exposés font partie des « archives de Socrate », celui-ci étant le collecteur d’impôts de ce village au IIe siècle. « Certains papyrus sont des missives échangées entre les habitants et l’administration, qui montrent comment les citoyens réfléchissaient à cette époque et com­ment ils agissaient dans les diverses situations », explique pour sa part le ministre des Antiquités. Un autre papyrus représente un certificat de décès d’un citoyen, alors que sur un autre figurent plus de 2000 noms de « contribuables », retracés sur 45 colonnes et inscrits en latin, grec et égyptien. Mais il ne s’agit que des documents administratifs. En fait, d’autres papyrus exposés relèvent de domaines différents. L’un des papyrus de cette collection indique par exemple le traitement par intervention chirurgicale des dislocations de l’épaule.

Epoque gréco-romaine
Caisse en bois qui sert à garder les verreries trouvées dans le petit village. (Photo : Nasma Réda)

L’étude de ces papyrus et d’autres objets trouvés par les missions de fouille, a permis aux spécialistes de penser que Karanis était dans le temps un village plutôt pauvre, habité par des gens ordinaires, d’où le grand nombre de payeurs d’impôts. L’organisation de cette exposition a été rendue possible grâce aux efforts de chercheurs allemands qui étudient depuis 2010 les papyrus de « la col­lection Michigan », conservés dans les entrepôts du Musée du Caire.

Cette collection porte le nom de la mission archéologique américaine de l’Université de Michigan qui l’a découverte entre 1924-1926. « Comme ce fut l’habitude à l’époque, cette mission-là a transporté ses trou­vailles avec elle aux laboratoires de l’Université de Michigan », explique le président de l’Institut archéolo­gique allemand au Caire. Puis en 1952, dans un geste de bonnes inten­tions, l’Université a rendu à l’Egypte un grand nombre de ces papyrus qui ont fini au Musée du Caire. En 2010, Cornelia Eva Römer a exprimé sont intérêt d’étudier ces papyrus. « On a ouvert 150 enveloppes. Le travail a été dur au départ à cause de l’état détérioré des papyrus. Aidé par de jeunes restaurateurs du musée et des étudiants des universités égyptiens, on a pu les nettoyer, les restaurer et les conserver soigneusement sous des plaques en verre », explique-t-elle. L’exposition est ouverte au public jusqu’au 15 mars.

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