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Masque de Toutankhamon : La polémique bat son plein

Nasma Réda, Mardi, 27 janvier 2015

Le détachement d'une partie du masque de Toutankhamon lors de travaux de nettoyage au Musée du Caire provoque un vif débat. L'incident survenu en août dernier n'a été révélé que cette semaine.

Masque de Toutankhamon : La polémique bat son plein

« Le masque de Toutankhamon est en bon état, il n’a ni été déformé ni brisé. La couleur du masque n’a pas changé et sa barbe n’a pas été remplacée comme certains ont prétendu », a expliqué Mamdouh Al-Damati, le ministre des Antiquités lors d’une conférence de presse internationale tenue cette semaine pour expliquer l’état de ce trésor funéraire appartenant au onzième roi de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Il y a cinq mois, lors du nettoyage de la vitrine située au 1er étage du Musée du Caire où se trouvait le masque, et alors que les techniciens voulaient remplacer quelques lampes abîmées, le restaurateur, qui accompagnait les employés, a remarqué le détachement de la barbe du roi.

La nouvelle révélée seulement cette semaine a été confirmée par un responsable du musée, qui a préféré garder l’anonymat et qui a reconnu que l’objet avait été abîmé en août 2014 par des employés qui l’ont sorti de sa vitrine pour réparer l’éclairage. « Le masque a touché la vitrine et il est presque tombé. La barbe s’est détachée lorsqu’un employé a rattrapé le masque pour l’empêcher de tomber », a-t-il expliqué. L’incident a vite fait la une de la presse et des médias mondiaux. Les plus grandes chaînes de télévision comme CNN, BBC et CNB ainsi que les agences de presse ont consacré des rapports détaillés sur le masque. Celui-ci figure parmi les dix pièces d’antiquités les plus précieuses au monde. « Il y a eu une exagération de la part des médias concernant le détachement de la barbe et sa fracture », assure Abdel-Halim Noureddine, archéologue.

L’intense couverture médiatique relayée par les réseaux sociaux, notamment Facebook, a poussé le ministre des Antiquités à former un comité pour inspecter le masque et le restaurer. Ce comité est présidé par l’Allemand Christian Eckmann, expert et restaurateur des métaux, qui avait réparé, dans les années 1990, les statues en cuivre du roi Pépi Ier de la VIe dynastie exposées au Musée du Caire. Eckmann a déclaré que « le masque n’est pas en danger » et que « les mesures qui ont été prises par les autorités égyptiennes ne le déforment pas ».

Lors de la découverte de la tombe de Toutankhamon par Howard Carter en novembre 1922, la barbe était détachée du masque et les deux objets étaient exposés séparément au Musée égyptien en 1924. Ce n’est qu’en 1944 que la barbe a été collée au masque pour prendre sa forme actuelle. « Il est normal qu’après 70 ans la colle s’abîme », souligne Eckmann. Même son de cloche pour Al-Damati qui affirme qu’« il est possible, après cette longue période, que la colle soit abîmée ». Une question qui a suscité les interrogations des archéologues sur la nature de la colle utilisée, l’Epoxy. « Ce n’est pas la meilleure matière pour fixer les métaux, elle est plutôt utilisée pour réparer les pierres », explique l’archéologue Bassam Al-Chamaa. Une information niée par l’expert allemand qui indique que « ce n’est pas la meilleure colle ». Et d’ajouter : « J’ai constaté en examinant le masque qu’il y a un surplus de colle qui se voit de l’intérieur du masque derrière la barbe ». Le directeur du musée affirme qu’il est facile de se débarrasser de la colle par de simples matériaux comme l’acétone. Mais Eckmann préfère les méthodes scientifiques modernes. Il affirme avoir remarqué une seule rayure près du menton et il ne peut pas déterminer, à l’oeil nu, si elle est récente ou ancienne.

Une autre question a été profondément débattue au cours de la semaine, à savoir l’inclination de la barbe. Est-elle récente ou ancienne ? « La barbe penchait un peu vers la droite depuis sa fixation en 1944 », déclare Al-Damati. Mais ces propos sont contestés par Noureddine, pour qui il est illogique que les archéologues ne se rendent pas compte de cette inclinaison pendant toutes ces années. « Nous ne sommes pas aveugles. La barbe n’était pas inclinée. La cause de cette inclinaison est la récente réparation. Les archives et les photos du masque sont partout et le prouvent », affirme-t-il.

Abîmé lors d’une réparation
L’association « Sauver le patrimoine » avait publié en octobre dernier un rapport avec une photo montrant la brisure et l’inclination de la barbe et des traces très claires de la colle. « Le masque funéraire de Toutankhamon a été abîmé lors d’une réparation ratée qui a laissé des traces de colle dans la barbe de ce joyau de l’Egypte antique », affirme Amir Gamal, l'un des fondateurs de l’association. Certains ont annoncé qu’ils vont porter plainte au procureur général. Pour sa part, l’égyptologue Monica Hanna, qui a examiné le masque, a été tellement choquée par son mauvais état qu’elle a annoncé son intention de présenter une plainte contre le ministère des Antiquités pour avoir mal géré l’affaire. Le directeur du musée, Mahmoud Al-Halwagui, s’est défendu en affirmant que « les restaurateurs sont très bien formés ! », a-t-il déclaré.

Pendant une semaine, avant que l’affaire ne prenne de l’ampleur, les responsables du ministère avaient nié toute maladresse des restaurateurs du masque et des trésors du jeune pharaon. Mamdouh Al-Damati avait lui aussi tout démenti, assurant que « le travail a été bien fait ». Mais après la campagne lancée dans les médias, le discours a changé et le ministre a déclaré qu’une enquête serait immédiatement ouverte et en cas de négligence, des mesures draconiennes seront prises en niant toujours que les employés, en sortant le masque de sa vitrine pour réparer l’éclairage, l’aient cassé en le heurtant. Eckmann a pour sa part suggéré au ministère des Antiquités de former un comité égypto-allemand pour examiner le masque funéraire et le ramener à son état initial. L’Unesco et l’Icom (Organisation internationale des musées) ont également proposé d’envoyer des experts pour examiner le masque. C’est ce qu’a souligné Mohamed Sameh Amr, conseiller général à l’Unesco. « L’affaire du masque est malheureusement un scandale. On doit bien gérer et conserver nos monuments historiques qui appartiennent non seulement à l’Egypte mais à l’humanité tout entière », conclut-il.

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