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Tounès, histoires de poterie

Doaa Elhami, Lundi, 08 décembre 2014

Grâce à la poterie, le village Tounès est devenu le centre de la vie touristique et artistique du Fayoum. A l'origine de ce développement peu commun, l'école de poterie d'Evelyne Porret, fondée en 1989.

Tounès
Une touriste contemple la poterie de Tounès. (Photo : Doaa Elhami)

Depuis Le Caire, 90 minutes suffisent pour atteindre Tounès. Ce petit village du Fayoum est devenu en trente ans le principal attrait touristique et artistique de l’oasis. Une transformation qui doit beaucoup à la poterie.

Tout commence dans les années 1980 lorsqu’un couple suisse, Evelyne Porret et Michel Pastore, s’installe à Tounès. Evelyne, céramiste, ouvre un petit atelier de poterie. Tounès n’est alors qu’un petit village rural où les habitants cultivent figues, raisins et olives.

Très vite, la céramiste commence à enseigner la poterie aux enfants du village. « Quand on était petit, on jouait avec l’argile, on faisait des animaux. Ce n’était dans le temps qu’un jeu pour moi », se souvient Karim Al-Sayed, désormais professeur à la Fayoum Pottery School de Tounès, l’école fondée par Evelyne Porret en 1989.

Au début, l’école ne comptait que 5 élèves, dont Karim. Petit à petit, elle a gagné en importance et en reconnaissance. Les oeuvres des élèves sont vendues en France, l’élève recevant 10% du prix, le reste revenant à l’école pour payer l’argile et le matériel. Aujourd’hui, certains de ces élèves vendent leurs oeuvres partout dans le monde. Plusieurs d’entre eux ont ouvert leur propre atelier.

Autour de la rue principale du village, on trouve notamment les ateliers de Rawia ou de Mohamad Amin. Avec l’essor que prenait le village, plusieurs hôtels voient le jour. « On en compte actuellement 5 fondés par les potiers, plus un fondé par un étranger », reprend Karim. Petit à petit, le village rural aux petites cabanes disparaît au profit d’ateliers de poterie et de petits hôtels.

Festival des métiers artisanaux

Cherchant toujours à développer et à faire connaître la poterie de Tounès, plusieurs artisans lancent, il y a quatre ans, un festival des métiers artisanaux du Fayoum. On y trouve des poteries, mais aussi divers produits locaux ou services touristiques comme l’observation des oiseaux migrateurs de la réserve de Wadi Al-Rayane, toute proche.

« Tout le village est en fête ces jours-ci grâce au festival de la poterie », se réjouit Ahmad Abdel-Hamid, l’un des habitants du village. Mais cette année, la fréquentation est décevante, en grande partie à cause des événements politiques des dernières semaines. Mais qu’importe! Malgré l’échec de cette année, les potiers et les céramistes de Tounès poursuivent leur travail.

Chaque atelier reflète la personnalité de l’artisan qui y travaille. Celui de Rawia est connu pour ses couleurs, le vert et le bleu, et ses motifs ruraux. Mahmoud se distingue par ses motifs végétaux et ses sculptures de pigeonniers, symbole de Tounès. Mais une chose unit tous les potiers de Tounès: la spontanéité.

Rien d’étonnant: tous sont passés par l’école d’Evelyne. L’autre touche unique de Tounès est « l’utilisation de fours à portes multiples fonctionnant au fuel. Ces fours primitifs donnent aux oeuvres une certaine vivacité, contrairement aux productions confectionnées dans des fours électriques », commente Haguer Hamdi, experte en poterie.

Le festival est aussi l’occasion de faire connaître un métier encore mystérieux. A 8 ans, Mohamad affirme vouloir devenir potier. « J’ai appris à sculpter de petits animaux », dit-il en montrant son oeuvre, ravi. Le jeune Mohamad espère devenir un céramiste renommé.

Aujourd’hui, tous les potiers de Tounès espèrent que leurs enfants poursuivront le développement de la poterie. Rawia, qui a commencé à l’école d’Evelyne, est aujourd’hui une potière confirmée. « Ma fille Sara ne va plus à l’école d’Evelyne. Désormais, c’est moi qui ai pris le relais de son enseignement, nous dit-elle. Sara est aujourd’hui en train de développer sa créativité ».

A Tounès, grâce à la poterie, le changement est en marche. « Parmi mes élèves, il y a un couple qui va se marier prochainement: Hanaa et Ali. Tous deux sont artistes, un peu comme moi et mon époux. La poterie n’en est encore qu’à ses débuts à Tounès », espère Evelyne Porret, toujours optimiste.

Comment s’y rendre ?

En voiture, prenez l’autoroute Le Caire-Fayoum. Trente kilomètres après le péage du Fayoum, tournez à droite au carrefour où se trouve une fontaine en forme de felouque. Longez le Lac Qaroun. 20 kilomètres après l’hôtel Helnan, tournez à droite. Le village de Tounès est indiqué. Comptez 90 minutes depuis Le Caire.

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