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Trésors de savoir-faire

Doaa Elhami, Mardi, 16 octobre 2012

Pour protéger l'artisanat d'art et le faire connaître au grand public, la maison Beit Al-Sennari a organisé, du 7 au 14 octobre, un festival dédié aux métiers de l'artisanat.

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Peinture sur céramique, sculpture sur poterie et sur bois ou encore sur papier recyclé, chefs-d’oeuvre en albâtre et en verre soufflé, objets en cuir, impression sur textile, tapis et nattes, sans oublier les accessoires en cuivre et la gravure sur cuivre. Tous ces métiers artisanaux étaient egroupés la semaine dernière dans une exposition dans la cour de Beit Al-Sennari, dans le quartier de Sayéda Zeinab au Caire, pour le festival Men fat Qadimo, tah (loin de ton passé, tu es perdu) du 7 au 14 octobre. « Ce festival, organisé pour la deuxième année consécutive, a pour but de soutenir les artisans, leurs métiers et leurs productions, à la différence que, cette année, les artisans pouvaient vendre leurs produits au cours du festival » explique Ayman Mansour, adjoint du directeur du département des projets privés. Il considère le festival comme une excellente opportunité pour les artisans de « communiquer sur leurs produits et de trouver de nouveaux marchés ». Pour les visiteurs, c’était l’occasion de connaître, voire de participer aux étapes de fabrication de ces produits artisanaux grâce aux ateliers tenus tout au long de la semaine. La Turquie en était l’invitée d’honneur (voir enc.).

Les organisateurs voulaient non seulement montrer la diversité et la qualité de l’artisanat, mais ils souhaitaient aussi montrer le travail et le savoir-faire nécessaires à la réalisation de ces objets. On a vu ainsi le sculpteur Ayman Farghali travailler sur sa planche en bois la sueur perlant de son front sur celle-ci. Malgré un effort à l’évidence pénible, il dit : « J’ai commencé ce métier très tôt dans ma vie. C’est en gravant sur le bois que je transmets mes messages, à travers des scènes créées ». En l’espace d’une heure, il a capté les regards des visiteurs avec des scènes de palmier et de désert, illuminées de la présence d’une gazelle sauvage, ou des scènes de rue alliant l’église à la mosquée.

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Farghali a choisi lui-même les emplacements pour exposer ses oeuvres qui ornaient les escaliers de la maison et la fontaine alors que d’autres artisans se sont adressés aux organisateurs pour choisir leurs emplacements. Au fond de la cour étaient disposés des chandeliers en cuivre sculptés, de formes et tailles très diverses, reflétant l’habileté de l’artisan. L’exposition a consacré également un espace aux sculpteurs, restaurateurs et peintres de Souq Al-Fostat. Les murs de la cour étaient constellés de sacs, portefeuilles, et porte-monnaie en cuir, aux motifs inspirés de l’art pharaonique, de la jeune Monica Mourad. Dans un autre angle de la cour, les visiteurs pouvaient découvrir la finesse des textiles imprimés de Samar Hassanein ainsi que le mobilier décoratif du restaurateur Walid Al-Cherbini.

Distinguer chacune des régions de l’Egypte

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Des artisans venus des quatre coins de l’Egypte exposaient à la maison Al-Sennari : de Foua dans le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, au nord de l’Egypte, à Harraniya dans la banlieue du gouvernorat de Guiza, en passant par Port-Saïd ou l’oasis Siwa.

Un emplacement distinct a été attribué à chacune de ses régions, afin de mettre en exergue les caractéristiques respectives de leur artisanat. « Les scènes sont spontanées. L’artisan ne suit pas à la lettre les mesures et les prescriptions de l’anatomie par exemple. C’est de là que vient la créativité de la scène », expliquait Ali, l’un des artisans de Foua, une région connue pour ses tapis et ses nattes aux motifs ruraux. Selon lui, les artisans sont influencés par l’actualité autant que par le quotidien, ce qui explique qu’on trouve parmi les motifs des scènes de tribunal.

Cette exposition a permis aussi de mieux connaître Harraniya. Cette région a été rendue célèbre par Wissa Wassef, un maître des métiers artisanaux et un spécialiste du tapis. Yasser, fils de l’une des élèves du maître, qui a préféré se consacrer à la poterie, exposait ses ustensiles de cuisine aux formes animales, avec une prédilection pour le dromadaire. « Pour moi, le dromadaire, le palmier et le désert symbolisent l’Egypte », dit-il simplement. Il ajoute avec fierté que tous ces ustensiles sont sans danger pour la santé et adaptés à un usage quotidien : « La glaise utilisée se compose de matières naturelles que je fabrique ».

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Les objets de Port-Saïd étaient parmi les plus intéressants : des pièces décoratives constituées de cailloux et de coquillages ramassés sur la côte. On pouvait admirer un jeune homme debout portant un chapeau avec plus loin deux pigeons tranquillement posés près d’un homme assis. Dans un esprit similaire de recyclage des matériaux à portée de main, le sculpteur Ali Farsy de Port-Saïd, fabrique ses collections d’objets à partir de journaux et de vieux papiers : « Au lieu de les jeter, je les transforme en matériaux utiles et en pièces décoratives ». Dans la quatrième aile de la maison, une mise en scène tout particulièrement chaleureuse affiche partout sur les murs les formules « Khatoi Aziza », « Nawart al-beit » et « Ydoum al-ezz » exposées par les artisans de l’oasis de Siwa. Foulards, nappes et coussins faisaient étalage de la finesse des motifs siwis.

Malgré la richesse des produits artisanaux, les artisans souffrent à cause du recul du tourisme, et certains d’entre eux envisagent même de quitter leur métier. « Les touristes aimaient nos produits et les achetaient », explique Younan Mourad, dont le père fabrique des chefs-d’oeuvre en papyrus. Un avis partagé par l’ensemble les artisans présents au festival. « Nous souffrons à cause de la baisse du tourisme, mais souvent aussi à cause des propriétaires des bazars où nous mettons nos produits en vente. Ils nous imposent des prix qui, très souvent, ne sont pas convenables », déplore Am Nader Al-Nahhas, artisan du cuivre. Pour lui, ce festival est important car il favorise le développement des métiers artisanaux dont certains sont en voie de disparition. « L’Etat a un rôle majeur à jouer pour préserver et sauvegarder l’artisanat », ajoute Am Nader.

Si le festival vise à préserver et protéger les métiers artisanaux qui sont en voie de disparition, il cherche aussi à encourager de jeunes créateurs, telles Hagar Hamdi et Racha Hassanein à présenter leurs produits. Ces deux artistes fabriquent des accessoires en cuivre. Chacune d’elles a son style particulier et unique sur le marché. Malgré les difficultés qu’elles ont à vendre leurs produits, le sourire ne les quitte jamais. « Pourquoi attendre le retour des touristes ? », s’exclame Haguer. Pour elle, l’exposition est une bonne occasion pour se faire connaître du public et exposer ses produits. « Mais le plus important, c’est l’échange d’expériences », reprend-elle. Le festival Men fat Qadimo, tah est une expérience maîtresse à répéter .

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