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Plongée dans le monde du textile égyptien

Nasma Réda, Mercredi, 27 avril 2022

Le NMEC abrite désormais une nouvelle salle consacrée au textile. Y sont exposées des pièces retraçant l’histoire du textile égyptien à travers les différentes époques. Visite guidée.

Plongée dans le monde du textile égyptien
L’art copte est bien représenté.

Avec 650 pièces antiques, la « salle des textiles égyptiens » ouvre ses portes aux visiteurs au sein du Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC), à Fostat, au Caire, un an après l’inauguration officielle du musée en avril 2021. S’étendant sur une superficie de 1 000 m2, cette nouvelle salle abrite une collection riche et variée de textiles et d’objets liés à cet artisanat, reflétant l’habileté des Egyptiens à travers les époques. Cette nouvelle galerie était la salle temporaire du musée lors de son inauguration partielle en 2017. « Elle abrite actuellement presque les trois-quarts des pièces qui étaient exposées à l’ancien Musée du textile, soit 400 pièces, en plus de 250 pièces transférées du Musée égyptien de la place Tahrir, du Musée d’art islamique de Bab Al-Khalq, du palais Mohamad Ali de Manial, du Musée de l’agriculture de Doqqi et des entrepôts du NMEC, afin d’enrichir l’exposition », souligne Sayed Aboul-Fadl, superviseur des affaires archéologiques du musée et directeur de la grande salle du NMEC, ajoutant que le reste de la collection de l’ancien Musée des textiles est conservé dans les entrepôts du NMEC après avoir subi des travaux de restauration.

La collection de tissus et de vêtements remonte à différentes époques : pharaonique, romaine, copte et islamique. Elle était conservée et exposée pendant 10 ans dans un musée spécialisé situé au sabil de Mohamad Ali, dans la rue Al-Moez au Caire historique. « Le Musée du textile a définitivement fermé ses portes en décembre 2020, suite à la dégradation du bâtiment du sabil due à l’humidité causée par cette fontaine et par les pannes continuelles d’électricité ou d’air conditionné qui déstabilisent l’atmosphère dans les vitrines, ce qui peut nuire aux pièces antiques fragiles », explique Moemen Osmane, chef du secteur des musées auprès du ministère du Tourisme et des Antiquités.

Depuis la fermeture du Musée du textile, classé troisième en son genre dans le monde et le premier dans l’art du textile égyptien, sa collection a été transférée au NMEC pour être restaurée et bien conservée. « Au NMEC, cette collection retrouvera une atmosphère convenable pour bien l’exposer », assure Ahmed Ghoneim, président du conseil exécutif de l’Organisme du NMEC, affirmant que cette salle s’ajoute aux deux autres du musée, la grande salle et celle des momies royales, avec le même billet de visite, et elle sera définitive et non pas temporaire. « La salle des textiles égyptiens raconte l’évolution de cet artisanat égyptien à travers les époques. Elle est une prérogative au NMEC qui jette la lumière sur un côté de la civilisation égyptienne », ajoute-t-il.

Muséologie innovatrice

Le comité de muséologie du ministère a innové non seulement dans le choix des pièces variées, mais aussi a essayé de raconter, à travers la collection, l’évolution de ce métier jusqu’à notre ère, ainsi que le processus de la fabrication du tissu depuis l’agriculture des plantes spéciales jusqu’à la fabrication des habits prêt-à-porter ou des étoffes à différents usages. D’après Mahmoud Mabrouk, conseiller du ministre du Tourisme et des Antiquités des travaux muséaux et responsable de la muséologie de cette salle, l’exposition, pour la première fois, d’un groupe de robes en laine datant de l’époque amarnienne montre explicitement comment les Egyptiens ont fabriqué et porté de la laine contrairement à ce qui est raconté. « L’habileté dans la teinture du lin et la mode de chaque classe sociale sont aussi montrées lors de la circulation dans cette salle », dit Mabrouk.

L’itinéraire de la visite de cette salle s’étend sur deux niveaux. Au rez-dechaussée, juste à droite de la porte d’entrée, les pièces et les pancartes explicatives montrent la fabrication du tissu en plissé, ensuite se trouvent des statuettes en bois et en calcaire montrant les couleurs et les modes vestimentaires des ouvriers et des ouvrières. « Les outils, le processus de tissage, les teintures, même l’utilisation des couleurs et leurs connotations telles que le rouge ou le jaune ainsi que la fabrication des tampons formés par des motifs végétaux ou animaux, tout cela est dénoté à travers les pièces », souligne Aboul-Fadl.

Exposées dans 24 vitrines éparpillées dans cette grande salle ou exposées en plein air, les pièces varient en genre et en taille. Parmi les pièces maîtresses de l’époque pharaonique figure le plus grand rouleau de lin jamais trouvé (presque 13 mètres de long), découvert sur le site de la pyramide de Pépi II. De même, des perruques, des souliers, des sandales et des accessoires de différentes dynasties égyptiennes font partie de l’exposition. « Du gréco-romain en passant par le copte jusqu’à l’époque islamique, cet amalgame de tissus avec leurs couleurs fortes et leur finesse ne peuvent pas échapper aux regards des visiteurs ; ils prouvent la richesse de cet art à travers les époques », déclare Aboul-Fadl, indiquant que Kiswat Al-Kaaba (la couverture d’Al- Kaaba à La Mecque), qui est transporté de l’Egypte à l’Arabie saoudite chaque année avant le pèlerinage, remonte au règne du roi Farouq.

L’éclairage et la répartition des pièces ainsi que les couleurs offrent un plaisir visuel qui s’ajoute à l’ambiance. Mais avant de quitter le rez-de-chaussée pour passer au premier étage, et juste au milieu de cette salle, des mannequins représentant des femmes en grandeur nature, exposent les modes vestimentaires contemporaines de différents gouvernorats de l’Egypte, que ce soit de la Haute-Egypte, du Delta, du Sinaï ou des oasis. « C’est une documentation du patrimoine immatériel égyptien en voie de disparition. Alors, le visiteur se sent constamment émerveillé par toutes ces parcelles de tissus, riches par leur histoire antique ou contemporaine », explique Mabrouk. Le premier étage de cette salle est dédié à l’exposition des biens de la famille royale alide. On y trouve des robes appartenant à la reine Nariman, épouse du roi Farouq, accompagnées de son portrait de mariage. « Les bijoux de la famille royale sont exposés dans des vitrines accompagnés d’illustration des reines et princesses portant ces bijoux », reprend Aboul-Fadl. Ce qui est remarquable à cet étage, c’est l’utilisation d’écrans tactiles ainsi que la diffusion de documentaires explicatifs. « Le recours aux moyens innovants d’exhibition accompagnés par un éclairage convenable et une ambiance calme sont devenus indispensables dans les nouveaux musées », assure Ghoneim, indiquant que le NMEC, depuis son inauguration, cherche à promouvoir le tourisme et inciter le plus grand nombre de visiteurs par des activités variées ou d’inauguration de nouvelles salles. A la fin de cette tournée agréable dans le monde du tissu égyptien figure un exemple magnifique des tapis du centre d’Al-Harraniya que Ramsès Wissa Wassef (1911-1974) a fondé, afin de maintenir cet art de tapisserie manuel exprimant le patrimoine aux villages égyptiens. « La salle des textiles égyptiens au NMEC restera classée parmi les plus importants salles ou musées du textile au monde entier », conclut Ghoneim.

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