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La formidable histoire des minarets

Doaa Elhami , Mercredi, 06 avril 2022

Le 1er tome de l’ouvrage Araés Al-Samä, Manarat Al-Qahira Al-Tarikhiya (les perles du ciel, les minarets du Caire islamique) vient de paraître. Il retrace l’histoire de ces monuments qui illuminent le ciel du Caire. Passage en revue.

La formidable histoire des minarets

« La ville aux 1000 minarets ». C’est le nom que l’on donne au Caire étant donné ses innombrables minarets qui forment un paysage fantastique, mais qui ne sont pas toujours faciles à contempler lorsqu’on fait le tour du Caire historique. Ces minarets de différentes époques et styles architecturaux surplombent non seulement les mosquées, mais encore les écoles et les résidences soufies (khankas). L’ouvrage Araés Al-Samä, Manarat Al-Qahira Al-Tarikhiya (les perles du ciel, les minarets du Caire islamique) revient sur ces monuments qui ornent la ville du Caire et qui servent à lancer l’appel à la prière ou Al-Adhaan. Les minarets ont différentes fonctions. Outre l’appel à la prière pour inciter les fidèles à se rendre à la mosquée, ils peuvent servir de tours de contrôle, notamment pendant les guerres. On y attachait les chandeliers pour guider les piétons venant de loin vers la mosquée ou leur indiquer le chemin pendant la nuit. On y attachait aussi les heures de rupture du jeûne pendant le mois de Ramadan afin qu’elles soient visibles à tous. C’est ce qu’explique l’auteure de l’ouvrage, Sara Yousri, dans sa préface. Passionnée de monuments islamiques, Sara Yousri a étudié le journalisme et les mass médias à l’Université d’Al-Azhar. Elle a eu recours à des archéologues comme Mohamad Aboul-Amayem de l’IFAO et le chercheur en histoire des civilisations Mahmoud Abdel-Réhim Abdel-Rahman pour compléter ses informations historiques. Elle revient sur les origines historiques des minarets. « Comme l’obélisque de l’Egypte Ancienne, le minaret a une grande hauteur. Sa base est plus vaste que son sommet. Cela lui donne une certaine ressemblance avec le phare d’Alexandrie qui guidait les navires. Le style architectural des minarets ressemble aux clochers des églises », écrit Sara Yousri.

Deux versions

L’ouvrage est paru en deux versions: papier et PDF. Il s’agit d’un guide touristique où la photo est le principal protagoniste. On peut consulter la version PDF sur son téléphone portable si on fait une tournée au Caire historique. « L’idée du livre est de réunir et documenter les photos des minarets du Caire historique. J’ai travaillé avec Sara Yousri qui a collecté les informations scientifiques nécessaires pour réaliser cet ouvrage », écrit Nadim Fawzi, le photographe qui a pris les photos récentes du livre. L’ouvrage est réparti en 8 chapitres. Chaque chapitre commence par une carte indiquant les lieux des minarets dans les sites historiques. On trouve les minarets de la rue Al-Moez, ceux de la mosquée d’Al-Azhar et ses alentours, ceux de la mosquée d’Al-Hussein, de la rue Al-Gamaliya, de la Citadelle de Salaheddine, de la place Sayeda Aïcha et des rues Abdel-Méguid Al-Labbane, Saliba et Cheikhoun. L’ouvrage présente des photos récentes de chaque minaret, ainsi que d’anciennes photos historiques pour que le lecteur puisse faire la comparaison entre l’état du minaret aujourd’hui et son état dans le passé. Le lecteur peut prendre connaissance de l’époque de chaque minaret, le nom de son bâtisseur, son style architectural, la date de son inauguration, ainsi que les changements et les restaurations qui y ont eu lieu.

Certains minarets d’origine ont été détruits comme le minaret de la mosquée du calife fatimide Al-Zafer, connue sous le nom de mosquée d’Al-Fakahani. Cette mosquée avait été ouverte aux fidèles en 543 de l’hégire (1148). Son minaret a été détruit après un fort séisme qui a frappé l’Egypte sous le règne du sultan mamelouk Mohamad Ibn Qalaoun en 702 de l’hégire (1303).

Toujours à l’époque mamelouke, sous le règne du sultan Joqmoq (844-1442), cette mosquée avait été détruite à deux reprises. Il n’en reste aujourd’hui que les volets des portes ouest et est. Certaines mosquées possèdent plusieurs minarets remontant à des époques différentes comme la mosquée d’Al-Azhar construite par le commandant de l’armée du calife fatimide Al-Moez Lidinillah (359-972). Cette mosquée est surmontée de 5 minarets: le minaret d’Al-Aqboghawiya, érigé par l’émir mamelouk Alaaeddine Aqbogha (740-1340), celui du sultan mamelouk Al-Achraf Qaïtbay (873-1469), celui du dernier sultan mamelouk Qansowa Al-Ghouri (915-1510) qui se caractérise par un sommet à deux croissants. Enfin, il y a les deux minarets érigés par l’émir ottoman Abdel-Rahman Katkhoda (1167-1753) : le minaret de Bab Al-Saaïda et celui de Chorba. Le sommet de ces deux minarets est de forme conique. Dans les photos historiques, on voit clairement le minaret de Bab Al-Chorba qui n’existe plus dans les photos prises récemment.


Les photos montrent comment les minarets ont évolué au fil du temps.

L’ouvrage montre que les minarets surmontent aussi les écoles comme l’école ayyoubide d’Al-Salehiya, érigée par le souverain Al-Saleh Nagmeddine Ayyoub, (648-1249), ainsi que les résidences des soufis (khankas) comme la Khanka de Qani Bey Al-Rammah bâtie par l’émir Qani Bey Al-Rammah (908-1503) dans le style mamelouk.

L’ouvrage souligne la beauté de ce trésor architectural et historique à travers des photos historiques et d’autres contemporaines. Cet ouvrage est le premier d’une série portant sur les minarets du Caire.

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