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Vénérer les défunts, une histoire égyptienne

Nasma Réda, Lundi, 20 décembre 2021

Pharaoniques, coptes, islamiques : des pièces de différentes époques sont actuellement exposées au Musée du Caire autour du même thème : la vénération des morts.

Vénérer les défunts,

Le roi Téti à l’accueil des visiteurs.
Le roi Téti à l’accueil des visiteurs.

Organisée par le Centre de recherche américain en Egypte (ARCE), l’exposition « Esprits exaltés : La vénération des morts en Egypte à travers les âges » retrace la tradition de la vénération des défunts chez les Egyptiens.

Cette exposition, qui se tient au Musée égyptien de la place Tahrir jusqu’au 9 février 2022, montre à travers une quarantaine de pièces et de panneaux ceux qui étaient honorés, pourquoi et comment. « A part les pièces sélectionnées du Musée de Tahrir, on a choisi des pièces du Musée copte et du Musée d’art islamique pour montrer comment cette tradition était pratiquée au cours des siècles dans différents cultes », souligne Sabah Abdel-Razeq, directrice du Musée égyptien, ajoutant que c’est dans la salle des expositions temporaires n°44 que ces pièces sont placées dans des vitrines selon une muséologie innovante qui reflète l’idée de l’exposition.

Une statue en granit du roi Téti, de la VIe dynastie pharaonique, est à l’accueil des visiteurs. Celui-ci connu par son pouvoir de résurrection, sa pyramide à Saqqara accueillit pendant des siècles des milliers d’Egyptiens demandant sa bénédiction.

Si cette vitrine ne contient qu’une seule pièce, d’autres regroupent plusieurs et différents objets. « Afin que l’idée de l’exposition soit claire pour le visiteur, on a regroupé des pièces pharaoniques, coptes et islamiques dans la même vitrine.

Icône du XVIIIe siècle représentant la Vierge Marie et Jésus et où apparaissent les saints honorés d
Icône du XVIIIe siècle représentant la Vierge Marie et Jésus et où apparaissent les saints honorés du christianisme.

On a même varié les pièces en pierre, en verre, en tissu et en bois », explique Abdel-Razeq, assurant la difficulté de choisir des pièces remontant à différentes époques tout en répondant au même thème.

A titre d’exemple, une vitrine renferme cinq pièces dont la statuette d’Imhotep, architecte de la pyramide à degrés remontant à la IIIe dynastie qui devint, à la Basse Epoque, dieu guérisseur et protecteur de la nécropole thébaine. Juste à côté se trouve une icône copte de saint Théodore, connu comme étant le livreur des bonnes nouvelles avec également une « michka », lampe de la mosquée Al-Réfaï, symbole de la lumière divine et celle qui allume le chemin des saints.

Ce n’est pas tout, puisque cette vitrine renferme aussi une partie en bois du tombeau de l’imam Mohamad Al-Chaféï, fondateur de l’une des quatre doctrines islamiques. Aujourd’hui encore, des visiteurs de cette mosquée et son mausolée laissent des lettres demandant son intercession.

Une tradition qui perdure encore

« Qu’il s’agisse de rois de l’Egypte Ancienne, de saints remontant à l’époque chrétienne ou des membres de la famille du prophète, tous ont été vénérés d’une manière ou d’une autre et cette tradition continue jusqu’à nos jours », a expliqué l’égyptologue et professeure Fayza Heikal lors d’une conférence tenue au Ewart Hall de l’Université américaine à la place Tahrir, en marge de l’inauguration de l’exposition.

Au cours de cette conférence, les participants ont montré comment les traditions contemporaines ressemblent tellement aux anciennes. « J’ai toujours été intéressée par le concept de la vénération des morts, car je vois qu’il y a un lien entre les différentes époques et une continuité pratiquée en Egypte.

J’ai donc voulu le souligner dans une conférence et une exposition et faire le lien entre le tangible et l’intangible dans l’idée de vénérer les morts », explique Yasmine Al-Chazli, directrice adjointe de l’ARCE, indiquant que l’exposition est une occasion convenable pour enchérir cette idée, ajoutant qu’« à travers le concept d’éternité et de l’au-delà, les Egyptiens ont toujours été prêts à se connecter avec leurs morts adorés, et avec lesquels ils partagent les détails de leur vie malgré leur absence physique ».

Partie d’un tissu qui couvre la tombe du prophète Mohamad.
Partie d’un tissu qui couvre la tombe du prophète Mohamad.

En effet, la conférence est venue accentuer l’idée de l’exposition sur le fait que le patrimoine immatériel est encore vivant et pratiqué par les Egyptiens à travers de nombreuses traditions et coutumes.

Par ailleurs, l’ARCE donne, à travers l’exposition, des exemples des dieux et des rois de même que les hauts fonctionnaires qui étaient honorés, expliquant que le concept n’a pas changé pendant le christianisme, ce sont juste les noms qui ont changé, puisque les membres de la Sainte Famille et les saints étaient adorés et respectés. Et lors de l’avènement de l’islam, ils ont été remplacés par le prophète Mohamad qui a occupé l’intérêt et l’attention des Egyptiens ainsi que ses proches.

D’autre part, loin des personnalités religieuses, les Egyptiens ont également l’habitude de vénérer les membres de leurs familles décédés. Ils leur construisent des tombes et tiennent à les visiter de façon régulière, surtout pendant les occasions religieuses. C’est pour ces esprits exaltés qu’on leur présente des offrandes, ou leur organise des fêtes ou des mouleds.

Bref, une exposition qui reflète comment les habitudes des Anciens Egyptiens sont encore imprégnées dans les esprits d’aujourd’hui.

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