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Le mausolée Tabataba sauvé des eaux

Nasma Réda, Mardi, 02 mars 2021

Le mausolée de la famille Tabataba, datant de l’époque ikhchidide, sera déplacé de son emplacement d’origine et installé près du Musée national de la civilisation égyptienne.

Le mausolée Tabataba sauvé des eaux
Le mausolée submergé dans l'eau du lac, avant son démantèlement.

Souffrant de dégradation depuis plus de 22 ans, le Machhad Al-Tabataba, le seul monument remontant à l’ère ikhchidide qui reste en Egypte (Xe siècle), quitte son emplacement d’origine pour être installé à côté du Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC) à Fostat dans le but de le sauver. Situé à 230 m au nord du lac de Aïn Al-Sira, le mausolée Tabataba a été submergé par les eaux suite aux travaux d’expansion et de désinfection du lac dans le cadre d’un grand projet de rénovation et de réhabilitation des lieux. « Tabataba a été presque complètement inondé. On ne pouvait voir de loin que ses deux dômes », se lamente Osama Talaat, directeur du secteur des monuments islamiques, coptes et juifs au ministère du Tourisme et des Antiquités. Le mausolée sera placé de l’autre côté du lac, dans les alentours du NMEC situé sur une terre un peu plus élevée.

Depuis 2017, plusieurs études scientifiques et techniques ont suggéré différents moyens pour sauver Tabataba afin d’éviter sa dégradation. « Une des meilleures méthodes de sauvetage du mausolée consiste à l’entourer d’une caisse métallique puis à drainer l’eau en surveillant l’édifice et en le restaurant », explique Mohamed Hamza, professeur et ex-doyen de la faculté des antiquités à l’Université du Caire. Une solution refusée par les restaurateurs du ministère du Tourisme et des Antiquités qui estiment que cette méthode est « très coûteuse » et nécessite plus de temps. Elle comporte aussi des risques car le mausolée peut s’effondrer pendant le processus de drainage de l’eau. Après de longues discussions et d’études approfondies, le démantèlement du monument était la seule issue. « Le démantèlement du monument était la solution la plus appropriée pour le Comité permanent des antiquités islamiques, coptes et juives après de longues discussions avec des archéologues et des ingénieurs qui se sont mis d’accord sur la nécessité de déplacer le mausolée à quelques mètres de son endroit actuel », explique Osama Talaat. Et d’ajouter que les travaux se déroulent selon des méthodes scientifiques modernes. Ce mausolée de la famille Tabataba n’est pas le premier à être déplacé. Le dôme de Farag Bin Barqouq avait été aussi déplacé de son emplacement devant la tour ouest de Bab Zoweila, et a été réinstallé 6 mètres plus au sud pour agrandir une rue secondaire jusqu’à Bab Zoweila.

Bien que la décision du démantèlement et du transfert vers le NMEC soit prise, les responsables du musée ne savent pas encore où cet édifice unique en Egypte sera placé. « On doit garder les vestiges du mausolée, car étant immergé pendant de longues années, le mausolée est saturé d’eau, et par conséquent, il est devenu fragile, et des fissures graves apparaissaient sur ses murs, cela sans oublier que les tombes des défunts n’existent plus, de même que leurs dépouilles », assure l’archéologue Abdel-Hamid Abdel-Kader, se demandant si après le déplacement le monument sera toujours inscrit sur la liste des monuments islamiques, surtout que son état est lamentable. Selon lui, le sanctuaire sera presque rebâti avec ce qui reste des briques et des parties démantelées.

Plus de mille ans d’histoire

Bâti en 943 ap. J.-C., ce sanctuaire appartient à la famille d’un ancien et célèbre orateur musulman, Al-Chérif Tabataba Al-Asghar. Il a été fondé par le premier sultan ikhchidide, Mohamad Bin Tagh Al-Ikhchid (né en 882-mort en 946). A l’est du sanctuaire se trouvent les tombes des autres membres de la famille de Tabataba, sous un édicule élevé, dont l’exemple très fréquent se trouve dans les monuments fatimides et les églises coptes de Haute-Egypte. Il semble que le monument ait été construit pour être non seulement un mausolée, mais aussi une mosquée. Construite en forme carrée, la mosquée était divisée en trois grandes parties (iwan) et était connue pour ses 9 baies et son mihrab antique. « Cette disposition est unique dans les monuments du Caire et on ne trouve d’exemples similaires que dans quelques édifices de Haute-Egypte, par exemple, à la mosquée de Bilal près d’Assouan », explique Dr Hamza.

Ce Machhad a été classé sur la liste des monuments islamiques du ministère égyptien en 1951, et depuis son classement, le comité technique a proposé de réparer le mur de l’enceinte qui entoure l’ensemble : le mausolée, les tombes et la mosquée pour le protéger. Ce qui n’a jamais été fait. Actuellement, il est difficile d’y pénétrer.

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