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Le palais de la sultane, un joyau qui va renaître

Doaa Elhami, Mardi, 17 décembre 2019

Le palais de la sultane Malak, dans la banlieue d’Héliopolis, va enfin retrouver sa gloire d'antan. Le ministère égyptien des Antiquités commencera sa restauration après la fin des travaux du palais du baron Empain.

Le palais de la sultane, un joyau qui va renaître
Vue générale du palais. (Photo : Dr Rafiq Georges)

Bien qu’il soit caché derrière une épaisse muraille, sa tour et sa cou­pole attirent toujours l’attention des passants rue Salah Salem, artère d’Héliopolis. Erigé en février 1908, le palais de la sultane Malak a vu le jour avant même celui du baron Empain situé presque en face. Malgré son importance architecturale et historique, ce palais est tombé dans l’oubli depuis plusieurs décennies et a été marginalisé par les respon­sables. Enfin, aujourd’hui, le ministère des Antiquités a pris la décision de commencer bien­tôt des travaux de restauration et de préservation du palais pour qu’il retrouve sa beauté d’antan.

Le palais a été souhaité par le prince Hussein Kamel. Il avait acheté un vaste terrain de la Société d’Héliopolis et avait confié à l’architecte français, Alexandre Marcel, qui a aussi construit le palais hindou d’Héliopolis, l’édification d’un grand palais. « On lit sur les plans, en français, le palais de l’émir Hussein », souligne Rafiq Georges, chercheur en archéologie moderne, ajoutant que le prince a conseillé qu’après sa mort, le palais revienne à son épouse Malak, bien qu’il ait un fils, le prince Kamal. C’est la raison pour laquelle le palais porte le nom de la sultane Malak.

Différentes inspirations architecturales

Pour les architectes, c’est l’un des joyaux des palais héliopolitains, surtout qu’Alexandre Marcel a réussi ici un mélange entre architecture de style européen et de style arabe.

A l’intérieur se trouvent des cheminées en marbre, des plafonds couverts de scènes légen­daires, alors que les façades sont de style arabo- islamique.

Le palais est divisé en trois bâtiments, l’édifice principal, le salamlek et l’écurie, connectés entre eux par des couloirs. La planification interne du palais suit le style européen. Il se compose d’un sous-sol qui renferme des pièces privées de toute décoration, comprenant la cuisine, la buanderie ainsi que les chambres des serviteurs. « Cet endroit renferme un long couloir, fermé au fond par un mur de pierres plus récent que l’édifica­tion du palais. Derrière ce mur se trouve le début d’une galerie souterraine, qui se trouve non seulement sous le palais, mais s’étend encore plus loin, sous la terre d’Héliopolis elle-même. Il est connu que cette galerie renfermait dans le temps un coffre-fort où la sultane conservait ses bijoux. Le jour de son décès, tout son contenu a été volé », raconte le chercheur Rafiq Georges.

Un escalier en colimaçon conduit le visiteur au rez-de-chaussée du palais qui se distingue par une grande salle de réception riche en motifs décoratifs variés avec des peintures humaines et des panneaux dorés. Des deux côtés de la récep­tion se trouvent des salles, dont l’une se distin­gue par sa grande coupole alors que l’autre comprend deux colonnes en marbre aux chapi­teaux corinthiens, et un plafond orné de scènes colorées. Le premier étage du palais renferme les chambres à coucher aux cheminées et miroirs de style européen.

Le palais est relié à un autre édifice par un corridor menant au salamlek, qui se caractérise par ses chambres aux peintures encadrées et ses calligraphies des versets coraniques sur les murs, la lettre H y est inscrite, référence au prince Hussein.

Pour Rafiq Georges, la tour qui surmonte le palais, la coupole qui couvre l’entrée, les vitres et les colonnes ainsi que les vérandas ornées de motifs botaniques, donnent l’impression qu’il s’agit plutôt d’une mosquée mamelouke et non d’un palais, ce qui en fait sa particularité.

Le palais de la sultane Malak est le témoin de plusieurs époques de l’Egypte moderne, puisqu’il a été construit au cours de l’époque khédiviale, lorsque son propriétaire était encore prince, a connu ensuite la période sultanine vers la fin de 1914, le Royaume égyptien en 1922, et enfin la période nassérienne, suite au déclenche­ment de la Révolution de 1952. Après le décès de la sultane Malak en 1956, le gouvernement égyptien a pris le palais et l’a transformé en école secondaire pendant l’époque nassérienne. Sur la façade du salamlek, on remarque un pan­neau en marbre avec le nom de la directrice de l’école secondaire des filles, Fathiya Achour. A cette époque, le palais a connu des modifications dans le sous-sol. Une part y était occupée pour la prière alors que l’autre avait été transformée en salle de sport et en atelier. Le palais a été ensuite récupéré par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA), qui l’a inscrit aux monuments histo­riques en 2000.

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