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Sibille De Cartier d'Yves : La Belgique et l’Egypte sont des partenaires de longue date qui ont toujours eu des relations gagnant-gagnant

Nasma Réda, Mardi, 19 novembre 2019

Dans un entretien accordé à Al-Ahram Hebdo, Sibille De Cartier d'Yves, ambassadrice de Belgique en Egypte, revient sur le projet de restauration du palais du baron Empain à Héliopolis, financé par Bruxelles, et évoque les relations entre l’Egypte et la Belgique.

Sibille De Cartier d

Al-Ahram Hebdo : Un protocole de coopération a été récemment signé entre Le Caire et Bruxelles pour la restauration du palais du baron Empain à Héliopolis. En quoi consiste-t-il ?

Sibille De Cartier d'Yves : C’est un accord d’échange de dettes. L'Egypte avait une dette de 2,14 millions d’euros envers la Belgique. L’accord consiste à échanger cette dette contre le financement d’un projet socioéconomique. Donc, en accord avec le ministère égyptien de l’Investissement et celui des Antiquités, nous avons mis 2,14 millions d’euros à la disposition de l’Egypte pour soutenir la rénovation du palais du Baron Empain et le ramener à son état d’origine.

— Comment se déroulent les travaux de restauration ?

— En 2009 déjà, la Belgique avait fait une étude technique sur le bâtiment du palais pour voir l’état des matériaux, du béton, etc. Cette étude technique, remise à jour en 2016, a été mise à la disposition du ministère des Antiquités. Bien entendu, le ministère a aussi fait ses propres études. Nous avons remis à l’Egypte tous les documents disponibles ayant trait au baron Empain, mais malheureusement, beaucoup de documents ont disparu. Beaucoup manquent donc, mais il y a aussi les documents qui sont ici en Egypte, à la Compagnie d’Héliopolis notamment.

— Quel est l’intérêt de la Belgique dans cette collaboration, sachant que le coût du projet de restauration s’élève à 100 millions de L.E. ?

— Le bâtiment appartient au ministère égyptien des Antiquités. Nous n’allons pas prendre possession du bâtiment, qui appartient aujourd’hui à l’Egypte, mais on poursuivra la collaboration pour faire revivre l’histoire d’Héliopolis. C’est sur quoi nous sommes en train de travailler aujourd’hui parallèlement à la restauration. Il s’agit de raconter l’histoire d’Héliopolis, et c’est vraiment une collaboration entre experts belges et égyptiens dans le but de mettre ensemble l’expertise relative à cette riche histoire. C’est là qu’intervient le rôle du ministère égyptien pour mettre en place une exposition avec le soutien de nos experts. Nous espérons que la restauration du palais créera un mouvement en vue de la restauration des anciens bâtiments d’Héliopolis, qui ont un caractère spécial et font partie d'un patrimoine historique commun.

— La Belgique joue-t-elle un rôle dans les mégaprojets de construction réalisés en Egypte ?

— Actuellement, il y a beaucoup de nouvelles villes et de nouveaux projets en Egypte. Des entreprises belges fournissent une expertise dans certains cas. De manière générale, la Belgique est présente. Il y a par exemple des entreprises qui ont participé aux travaux d’extension du Canal du Suez. Elles ont fourni l’expertise et des machines de drainage. C’est aussi une entreprise belge qui, aux côtés d’Orascom, construit le nouveau Grand Musée égyptien (GEM). Il s’agit de Besix. Les entreprises belges sont en outre présentes dans différents domaines, comme le chimique, le pharmaceutique, l'énergie, la construction ou les infrastructures. Le nombre d’entreprises belges actives en Egypte augmente. On en compte actuellement environ 70 dans divers domaines.

— Selon vous, comment peut-on promouvoir les relations bilatérales entre l’Egypte et la Belgique ?

— En 2005, on a fêté le centenaire d’Héliopolis, mais les relations entre l’Egypte et la Belgique sont plus anciennes. En 2018, une exposition intitulée « 150 ans de visites royales belges en Egypte » a eu lieu au Musée égyptien de Tahrir, au Caire. Les relations bilatérales entre l’Egypte et la Belgique ont commencé très peu de temps après la naissance de la Belgique. La Belgique est un pays relativement jeune, né en 1830. Dès 1837, elle a eu un consulat à Alexandrie. Nous avons donc des liens très anciens et forts. Nous y travaillons tous les jours et dans tous les domaines. J’ai évoqué le domaine économique et les investissements. Les échanges commerciaux entre l’Egypte et la Belgique se chiffrent à 1,2 milliard d’euros. Au niveau politique aussi, il y a des échanges bien sûr, des dialogues réguliers aux niveaux ministériel et officiel. Quant au domaine culturel, les missions archéologiques belges travaillent en Egypte depuis une centaine d’années. Quatre missions régulières opèrent en Egypte, à Deir Al-Bercha, Al-Cab (la plus ancienne), à Louqsor et à Alexandrie, sur un site gréco-romain. Rappelons que l’égyptologie belge a été créée après la visite de la reine Elizabeth de Belgique en Egypte, suite à la découverte de la tombe de Toutankhamon. L’égyptologie belge a ensuite connu un important essor, et la Belgique possède aujourd’hui l’une des plus grandes bibliothèques d’égyptologie au monde.

Sibille De Cartier d

— Concernant le tourisme, est-ce que l’Egypte compte parmi les destinations favorites des Belges ?

— L’Egypte est une destination importante pour les Belges. On compte un grand nombre de touristes belges en Egypte, surtout pendant les vacances. Ils étaient près de 140 000 en 2018, et il y a une augmentation de 8 % en début 2019. Personnellement, je trouve que l’Egypte a beaucoup à offrir, et c’est un grand privilège d’être ambassadrice dans ce pays. Il y a énormément de choses à découvrir. J’ai beaucoup de chance de pouvoir visiter pas mal d’endroits et j’essaie d’en profiter. En Belgique, on apprend l’histoire des pharaons à l’école ; en revanche, l’histoire islamique et copte de l’Egypte n'est pas assez connue. De nombreux trésors égyptiens ne sont pas connus à l’étranger. Il est important de les faire connaître.

— Vous avez évoqué les échanges commerciaux entre les deux pays. Dans quels domaines se concentrent-ils ?

— La première marchandise exportée par la Belgique vers l’Egypte, et au monde d’ailleurs, ce sont les produits chimiques et pharmaceutiques. En 2e position vient le domaine des machines. En revanche, la Belgique importe d’Egypte des denrées alimentaires, notamment des fruits et des légumes. Dans ce cadre, la Belgique fait partie de l’Union Européenne (UE), et c’est donc l'accord entre l'Egypte et l'UE qui définit les modalités des relations commerciales entre l’Egypte et la Belgique.

— La Belgique est le siège de l’Alliance atlantique (l’Otan) et de l’UE. Dans ce contexte, comment peut-elle contribuer au rapprochement des points de vue entre le monde arabe et l’Europe ?

— L’Otan a un système un peu différent de celui des pays membres. Elle choisit une ambassade d'un pays membre de l'Otan pour deux ans, dont le rôle est de faciliter les relations avec les pays de la région. La Belgique a eu l’honneur d’assumer cette tâche deux fois de suite, jusqu’en 2020, ce qui facilite les visites dans les deux sens et la formation de militaires égyptiens grâce à des programmes de l’Otan. Par ailleurs, cette organisation aide l’Egypte dans ses efforts de déminage dans le désert occidental. Quant à l’UE, il s’agit d’un partenaire très important pour l’Egypte dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation et de la gestion des eaux notamment. Les divers projets en cours lui permettent de soutenir les Egyptiens.

— Quel est votre avis personnel sur la réforme économique en Egypte ?

— La réforme économique en Egypte est un grand chantier, qui a démarré en 2016 et qui est loin d’être terminée. A mon avis, des choses très courageuses ont été faites au niveau macro-économique. Au niveau micro-économique, il reste encore beaucoup de choses à faire, pour que l'ensemble des Egyptiens ressente le bénéfice des réformes engagées. La facilitation du contexte pour permettre le développement des petites et moyennes entreprises et la meilleure distribution des richesses — au niveau géographique également — sont certainement des points importants d'attention pour le futur.

— La Belgique participe-t-elle à la réforme de l’éducation en Egypte ?

— Il y a un programme de l’UE. Sur un plan plus individuel, certains étudiants désirent étudier dans des universités belges. Chaque année, la Wallonie, avec l’Université Senghor, soutient 40 boursiers africains qui étudient à l'Université Senghor, une université de la francophonie à Alexandrie. Il y a également des programmes européens comme l'Erasmus mundi, facilitant les échanges.

— Qu’en est-il du domaine sportif ?

— L’Egypte compte des entraîneurs belges dans diverses organisations sportives et plusieurs joueurs de football égyptiens évoluent dans des clubs belges. Il y a aussi des investissements égyptiens en Belgique, dont un club de foot. Ces échanges se font sur une base privée.

— Quels sont vos plans, à court et à long termes, en Egypte ?

— Continuer d’enrichir les relations aux niveaux politique, économique et culturel ainsi qu’au niveau « People to People », à savoir entre les gens qui participent au renforcement de ces relations bilatérales. La Belgique et l’Egypte sont des partenaires de longue date, qui ont toujours eu des relations gagnant-gagnant. Chacun apporte quelque chose à l’autre, et il y a un échange d’expertise. Mon objectif, en tant qu’ambassadrice, est de continuer à renforcer cette relation dans tous les domaines et de laisser à mon successeur l’opportunité de continuer sur la même voie, comme j’ai pu le faire après mes prédécesseurs.

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