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Le Caire, une ville cosmopolite

Doaa Elhami, Mardi, 02 juillet 2013

Les rues du Caire au XIXe siècle reflètent deux différents modes de vie qui mêlent traditionalisme et modernité.

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Place Soliman Pacha au XIXe siècle. (Photos: Passion égyptienne)

Pendant les dernières années du XIXe siècle, les rues du Caire étaient animées par les Arabes, les juifs, les Européens, les Grecs, les Arméniens, les Nubiens, les Soudanais et les Turcs. Toutes ces communautés cohabitaient en parfaite harmonie. Et malgré cela, les rues du Caire étaient réparties en deux villes : une traditionnelle, érigée par les Fatimides, et une autre moderne, dominée par le style occidental. « Une nouvelle conception de l’urbanisme, privilégiant la perspective et l’alignement, a imposé une nouvelle architecture basée sur des immeubles composés d’appartements standards, ici encore organisés sur un modèle occidental, bien que la tradition locale eût pu fournir, avec le rabee, un type d’habitat collectif indigène », retrace André Raymond, professeur émérite à l’Université de Provence et auteur de nombreux livres et études sur l’histoire du monde arabe et sur les villes arabes.

Tout a commencé en 1863, lorsque le khédive Ismaïl décide de faire du Caire une ville parisienne au style haussmannien. Les festivités de l’inauguration du Canal de Suez, dont les convives n’étaient autres que les rois et les reines d’Europe de l’époque, étaient une raison de plus pour fonder cette nouvelle ville. Tout un réseau de nouvelles rues, reliées par une douzaine de places, est tracé afin de couvrir 250 hectares de terrains. Quelques centaines d’immeubles qui varient entre palais, villas et appartements ont été construits. Aussi une gare est construite, un pont est jeté sur le Nil, outre l’inauguration d’un Opéra. De même, le progrès technique et les innovations de l’époque ont trouvé leur place dans cette ville moderne. En 1865, une compagnie est chargée de l’adduction des eaux, et 1867 voit le début de l’éclairage urbain. La ville est complétée par la construction d’hôtels luxueux comme le Semiramis, ainsi qu’une grande voie menant directement aux pyramides et à l’hôtel Mena House. La ville est alors occupée par les membres de la famille royale, les hauts fonctionnaires de l’Etat ainsi que les citoyens aisés, et ce, sans oublier les Européens.

La fondation d’une ville occidentalisée n’a pas effacé la cité traditionnelle, créée par les Fatimides pendant le Xe siècle. Ses rues voient toujours défiler les porteurs d’ânes et de dromadaires, moyens de transport de la moitié du XIXe siècle qui seront transformés ultérieurement en modestes charrettes. Ces rues étroites forment encore ses quartiers anarchiques et populeux. Les divertissements des habitants sont basés sur les célébrations sociales comme les noces de mariage, sans oublier les festivités religieuses comme les mouleds des saints musulmans ou chrétiens. Sans oublier celui de la naissance du prophète Mohamad et les nuits du Ramadan. A cette occasion, les rues et les minarets sont décorés d’ornementations locales fabriquées par les habitants eux-mêmes. Autre distinction : les rues de la ville traditionnelle renferment des joyaux de l’architecture islamique comme les mosquées avec leurs splendides minarets, les fontaines ou encore les caravansérails et les mausolées. Bref, un musée en plein air.

Deux villes se juxtaposent, mais elles s’unissent au cours de plusieurs occasions de l’année. Celle du Mahmal, ce cortège religieux qui transfère la keswa (couverture de la Kaaba en Arabie, fabriquée par des Egyptiens) unit tous les habitants du Caire, Européens et Egyptiens, aisés et modestes, princes et ouvriers. Les rues du Caire réunissent ces citoyens grâce à ce lien social et religieux très fort.

Les rues du Caire, sujet d'une exposition mondiale

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(Photos: Istivan Ormos)

La distinction des deux villes du Caire juxtaposées était le sujet de plusieurs expositions mondiales dont la plus connue était celle de Chicago en 1893. Elle a été organisée à l’occasion des 400 ans de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492. L’exposition « Rues du Caire » avait été élaborée sous l’égide du gouvernement égyptien, dont les conceptions étaient réalisées par Max Herz pacha, Hongrois, chef des Waqfs (biens religieux) et du Comité de la conservation des arts arabes qu’il dirigeait. L’organisateur, Georges Pangalo, expert financier dans une banque, avait obtenu une superficie de 50 000 pieds carrés (environ 4 646 m2) de terrain afin d’y monter une réplique des « Rues du Caire ». Pour garantir l’apparence authentique des magasins égyptiens avec leurs marchandises, Pangalo cherchait le plus grand nombre possible de moucherabiehs. Il a aussi peuplé ces rues avec 75 personnes (hommes, femmes et enfants), des marchandises, 7 chameaux, 20 ânes, des singes, des serpents et des outils de la vie quotidienne, comme les selles, et tout l’attirail d’un cortège de noces. Le budget relatif à ce projet avait atteint les 225 000 dollars.

« L’exposition Rues du Caire n’était pas selon Herz une réplique fidèle d’une rue particulière au Caire, mais a combiné 26 constructions distinctes de style arabo-islamique dans l’entité harmonieuse qui a donné l’illusion d’une rue réelle », explique le professeur Istivan Ormos, chef du département des monuments arabes à l’université Eötvös Loránd à Budapest, dans son exposé « Max Herz Pasha’s Cairo Street at the World’s Columbian Exposition of 1893 at Chicago ». cette exposition avait reflété la vie cairote avec ses rues dans un monde complètement différent.

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