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Amr Sedqi : Le tourisme doit être un projet national

Dalia Farouq, Mardi, 15 janvier 2019

Dans un entretien accordé à Al-Ahram Hebdo, Amr Sedqi, président nouvellement élu de la commission du tourisme et de l’aviation au parlement, évoque le plan de travail de la commission pour l’actuelle session parlementaire ainsi que la situation du secteur touristique égyptien et comment le relancer.

	Amr Sedqi
Photo: Amir Abdel-Zaher

Al-Ahram Hebdo : Quel est le plan de travail de la commission du tourisme au parlement pour la quatrième session parlementaire qui vient de commencer ?

Amr Sedqi: On travaillera a priori, au cours de cette session, sur la révision et la modification de certaines lois et législations qui régulent le secteur du tourisme, surtout que ces lois sont très anciennes. Elles datent de 1968 et ne tiennent donc plus compte de l’évolution que connaît l’industrie du tourisme aujourd’hui. Il existe, par exemple, de nouveaux genres de tourisme, qui sont de plus en plus répandus en Egypte et dans le monde, mais qui ne sont régis par aucune loi, comme le tourisme électronique ou le tourisme médical. Pour cette raison, nous avons discuté avec la ministre du Tourisme, afin qu’elle nous donne une vision sur une loi unifiée relative au tourisme.

— Mis à part le rôle législatif de la commission, comment celle-ci contribue-t-elle à développer le secteur du tourisme en Egypte ?

— Nous surveillons le gouvernement et les organismes exécutifs. Ainsi, nous discutons avec les responsables du ministère du Tourisme les décisions prises, le budget du ministère et des organismes qui en dépendent, nous suivons les travaux sur le terrain, proposons des solutions et en discutons avec les professionnels du métier, afin d’améliorer la performance de tout le système touristique en Egypte. Cela dit, nous commençons, cette semaine, à évaluer la nouvelle campagne de promotion du tourisme, lancée récemment. Nous discutons aussi avec les gouverneurs des villes touristiques, afin d’éliminer les obstacles entravant les projets touristiques qui s’y installent. Nous essayons toujours de mettre davantage l’accent sur l’importance de ce secteur pour montrer comment il peut se répercuter sur la politique, la culture, la société et pas seulement sur l’économie.

— Quels sont les grands problèmes dont souffre le secteur du tourisme à l’heure actuelle ?

— La détérioration des infrastructures touristiques et le manque de cadres performants sont des problèmes majeurs dont souffre le secteur. Cela sans oublier l’absence de coordination entre les différents ministères en matière de développement du secteur. Le tourisme ne figure pas parmi les priorités de l’Etat, qui ne soutient pas suffisamment cette industrie cruciale pour l’économie du pays.

— Comment l’Etat peut-il soutenir le secteur du tourisme ?

— Le soutien n’est pas nécessairement financier. Le tourisme doit être un projet national, pour lequel le gouvernement, le secteur privé et les citoyens unissent leurs efforts. C’est la seule solution pour les Egyptiens, surtout à l’heure actuelle, où l’économie traverse une période difficile. Si le président se charge personnellement du dossier du tourisme, tous les organismes du pays travailleront sincèrement pour le développement de ce secteur. Il suffirait aussi que les ministères ou organismes qui imposent des taxes aux investisseurs du secteur touristique, sans en discuter avec les responsables et les professionnels du secteur, arrêtent de le faire. Aujourd’hui, les investisseurs du secteur du tourisme doivent payer des frais au ministère des Transports, à celui de l’Irrigation et à d’autres ministères et organismes. La relance du rôle du Haut Conseil du tourisme, qui travaille sous les auspices directs du président de la République, est une nécessité. Ce conseil regroupe tous les ministères en lien avec le tourisme, notamment les ministères de l’Intérieur, de l’Aviation, des Affaires étrangères, du Transport, du Développement local et de l’Environnement. Il a pour objectif de prendre toutes les décisions concernant le secteur après des discussions et une coordination entre toutes les parties.

— Avez-vous des projets que vous comptez présenter au gouvernement dans l’objectif de relancer le tourisme ?

— Nous préparons plusieurs projets, dont un en coordination avec la commission des télécommunications du parlement, à savoir celui concernant la loi sur le tourisme électronique, qui représente l’avenir du tourisme. Quant à la loi sur le tourisme médical, elle doit être établie, puisque la relation entre le tourisme et les établissements médicaux en Egypte doit être réglée. Nous travaillons aussi sur un projet pour le développement de l’éducation touristique, qui doit commencer dès l’école primaire et durer jusqu’à l’université, afin de sensibiliser les petits et les jeunes à l’importance du tourisme pour l’économie et à l’éthique et au bon traitement des touristes depuis leur accueil à l’aéroport jusqu’à leur départ. En outre, nous discutons d’un projet ambitieux concernant la formation des cadres touristiques et le perfectionnement des cadres actuels, afin d’assurer un bon service à la clientèle. Quant à l’aviation, qui est en fait la colonne vertébrale de l’industrie du tourisme, on entend traiter le dossier des compagnies aériennes privées et la coordination qu’il doit y avoir entre elles et la compagnie nationale Egyptair, afin de couvrir tous les cieux en Egypte à l’aide de services et de prix compétitifs.

— Comment évaluez-vous la situation du tourisme en Egypte actuellement ?

— Je pense qu’on est encore loin des chiffres records de 2010, qui étaient d’environ 14 millions de touristes. Même avec la reprise actuelle du mouvement touristique, qui a commencé à la fin de l’année dernière, les chiffres restent modestes et tournent autour des 10 millions de touristes. Sur le plan des revenus, ils sont encore plus modestes et ne dépassent pas les 5 milliards de dollars, contre plus de 13 milliards de dollars, et ce, à cause de la réduction des prix dans le but d’attirer les touristes. Des chiffres très modestes pour un pays touristique de premier rang comme l’Egypte. On a besoin d’une bonne gestion de ce secteur. Il y a sept ans qu’on fait de la promotion et les touristes ne reviennent que peu à peu. On a besoin d’une vision claire pour le développement du secteur et de plus de créativité pour pouvoir faire un bon marketing des atouts touristiques de l’Egypte, qu’ils soient balnéaires, avec plus de 1 300 kilomètres de côtes sur deux mers, ou culturels, avec des milliers de sites archéologiques et des musées relatant l’histoire riche d’un pays où plusieurs civilisations se sont succédé. Et comme je l’ai déjà mentionné, nous attendons les résultats de la nouvelle campagne de promotion du tourisme égyptien pour l’évaluer, en espérant qu’elle aura du succès et permettra le retour en masse des touristes en Egypte.

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