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L’inoubliable campagne

Doaa Elhami, Mardi, 18 septembre 2018

La campagne de sauvetage des monuments de la Nubie a été lancée en 1954 après l’annonce par le président Nasser de la construction du Haut-Barrage. Les travaux n’ont commencé qu’en 1964 et le nouveau site a été inauguré en 1968. Un travail colossal.

L’inoubliable campagne
Les colosses de Ramsès II lors de leur déplacement dans les années 1960.

Les 4 bustes en bronze exposés au centre de documenta­tion des temples d’Abou-Simbel à Assouan rappellent la gigantesque campagne de sauvetage des monuments de la Nubie effectuée le siècle dernier. Ces bustes repré­sentent Sélim Hassan, chef de la mission archéologique chargée d’étudier l’impact de la construction du Haut-Barrage sur les monuments de la région, Sarwat Okacha, ministre de la Culture à l’époque, Mme Christiane Desroches Noblecourt, secrétaire générale du département d’égyptologie au musée du Louvre, et Ahmad Osman, sculpteur et doyen de la faculté des beaux-arts.

L’idée de cette campagne de sauvetage est née en 1954, lorsque le président Gamal Abdel-Nasser a annoncé le projet de construction du Haut-Barrage à Assouan. « Le niveau du Nil était de 120 m avant la construction du Haut-Barrage, il allait s’élever à 180 m. Ceci signifie que la Nubie et tous ses monuments seront submergés sous les eaux du barrage et son lac et seront perdus pour de bon », lit-on dans les rapports scientifiques de l’égyptologue Sélim Hassan. Ainsi, un comité scientifique a été formé par l’Organisme égyptien des anti­quités pour évaluer l’impact de la construction du barrage sur les monuments de la région. Créé en décembre 1954 et pré­sidé par Sélim Hassan, ce comité regroupait des archéologues tels Ahmad Fakhri, Labib Habachi, Moustapha Ahmad, l’ar­chitecte Mohamad Ibrahim, l’ingénieur d’irrigation Youssef Botros et l’ingénieur de surface Mohamad Maher. Un an plus tard, le comité a présenté son rapport intitulé Les Monuments de la Nubie qui pourraient être noyés à cause de la construc­tion du Haut-Barrage. Ce rapport regroupait des cartes géo­graphiques et des récits documentaires sur les sites menacés comme Philae, Daboud, Kertaseia, Kalabsha, Beit Al-Wali, Gabal Adda, Balana et Wadi Halfa ainsi que les temples de Dandour, Gurf Hussein, Dakka, Es Sbouaa, Al-Derr, Ibrim et Abou-Simbel. Le document revient sur les conditions de chaque monument, sa valeur et son importance archéologique, historique et culturelle. Tous ces temples ont été déplacés vers des lieux plus sûrs. Un travail titanesque. Le rapport in­dique un plan d’action pour protéger les monuments. « Sélim Hassan avait conseillé d’utiliser la photogrammétrie. Cette nouvelle technologie était utilisée à l’époque par l’archi­tecte français Clément Robichon dans ses travaux de fouille à l’église Sainte-Chapelle de Paris. Grâce à cette technologie, les temples d’Abou-Simbel ont été démontés et parfaitement remontés », explique Amira Seddiq, chef de projet à la Biblio­theca Alexandrina.

Sarwat Okacha a alors présenté le rapport du comité à l’Unesco pour l’inciter à lancer une campagne internationale visant à sau­ver les monuments de la Nubie.

Après de longues démarches politiques et des problèmes fi­nanciers, et suite à l’intervention de Mme Christiane Desroches Noblecourt, l’appel a été enfin lancé le 8 mars 1960. 35 millions de dollars ont pu être collectés d’une cinquantaine de pays dont la France, l’Angleterre, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne et la Belgique.

Un travail titanesque

Les travaux sur le site n’ont commencé que 4 ans plus tard, soit en 1964. « Vu leur grandeur, seuls les temples d’Abou-Simbel ont pu être documentés grâce à la photogrammétrie », explique Amira Seddiq. Leur sauvetage était d’une ultime importance. Les travaux ont dû faire face à plusieurs difficultés, surtout que les temples d’Abou-Simbel sont sculptés dans la montagne et ne sont pas construits comme les autres monuments de la Nubie. Il a fallu consolider la roche vers laquelle les temples allaient être déplacés, découper les blocs de pierre et les protéger, recons­truire l’entourage et, plus important, garder le positionnement du temple par rapport aux rayons du soleil, ce qui permettrait à ces derniers d’éclairer le sanctuaire sacré deux fois par an, le 21 octobre et le 21 février.

Le travail a commencé par l’installation d’un rideau de pal­planches de 370 m de long pour protéger le site et d’une pompe pour éviter l’infiltration de l’eau. Le grès du nouvel emplace­ment du temple a été injecté de résine époxy pour le consolider. La façade du temple a été découpée en blocs de dix à vingt tonnes chacun. « Pour protéger la pierre, on a utilisé des scies d’acier très fin, puis on a renforcé les surfaces découpées avec des protections en nylon. Les parois et les plafonds des temples ont été protégés par des coffrages. Acheminés sur des camions, 1 042 blocs posés soigneusement sur un lit de sable ont été déposés sur une aire de stockage, à l’air libre, au sommet de la montagne », retrace Mme Noblecourt, dans l’un de ses articles. L’architecture interne des temples a été reconstruite. « C’est ainsi que de nos jours, les monuments se trouvent à 180 m en retrait par rapport à leur emplacement initial et qu’ils ont, en même temps, été surélevés de 64 m », explique Noblecourt. Ainsi, l’éclairage solaire des statues colossales a été décalé de 24 heures : le 22 octobre et le 22 février.

Ce travail titanesque a nécessité la présence de près de 3 000 personnes sur le chantier pendant 4 ans et demi. Le nouveau site a été inauguré le 22 septembre 1968.

Informations pratiques

Visite des temples d’Abou-Simbel

Horaires de visite : De 5h à 17h

Prix des billets :

Etrangers : adultes 175 L.E. — étudiants 93,5 L.E.

Egyptiens : adultes 10 L.E. — étudiants 5,5 L.E.

Prix des billets le 22 octobre et le 22 février :

Etrangers : adultes : 260 L.E. — étudiants : 140 L.E.

Egyptiens : adultes : 20 L.E. — étudiants : 10 L.E.

NB : Augmentation des prix début novembre prochain

Photographie : 300 L.E.

Son et lumière :

Etrangers : 250 L.E.

Egyptiens : 75 L.E.

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