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La reine égyptienne sous toutes ses facettes

Doaa Elhami, Mardi, 20 mars 2018

Le livre Les Reines des pharaons, drame de l’amour et du pouvoir retrace l’histoire de l’Egypte Ancienne à travers la vie de 30 reines. Il s’intéresse particulièrement au rôle et à l’influence de ces dernières à la cour royale, que ce soit en tant que régentes, épouses ou mères.

La reine égyptienne sous toutes ses facettes
La reine Néfertiti et Akhenaton, modèle de l'art réaliste.

C’est au fil de la vie de 30 reines que nous découvrons l’histoire de l’Egypte Ancienne, de l’unification des deux royaumes nord et sud et la fondation de l’époque thinite à la fin de l’époque grecque, avec la défaite de l’armée égyptienne dans la guerre d’Actium et l’invasion romaine. Chacune de ces reines a joué un rôle primordial dans la transition d’une dynastie à l’autre, pour la stabilité du royaume égyptien et sa prospérité, sa victoire ou encore sa décadence. La reine égyptienne jouissait d’une position distinguée dès l’aube de l’histoire dans l’Egypte Ancienne. C’est là l’un des messages du livre, récemment publié, Les Reines des pharaons, drame de l’amour et du pouvoir, d’Al-Hussein Abdel-Bassir, directeur du Musée des antiquités de la Bibliotheca Alexandrina. « Ce livre enrichit la bibliothèque arabe, qui ne compte pas beaucoup de livres sérieux en langue arabe », déclare l’égyptologue éminent Zahi Hawas dans le prologue du livre.

La reine égyptienne sous toutes ses facettes
La tombe de Néfertari, beauté et finesse de reliefs.

Illustré, le livre est réparti en 30 articles, publiés chacun dans le quotidien Al-Masri Al-Youm et consacré chacun à une reine. Si l’unification et la formation de l’Etat égyptien sont réalisées par le roi Mina ou Ménès en 3000 av. J.-C., les débuts de cette unification ont été possibles grâce au mariage du roi du royaume sud, Narmer, avec la princesse du royaume nord, Neith-Hetep, qui a longtemps « combattu et lutté avec son mari pour unifier les deux terres égyptiennes. Mais cet espoir a été accompli avec leur fils Ménès qui a formé la première dynastie », écrit l’auteur dans son ouvrage. Donc l’Etat égyptien, avec ses actuelles frontières, a été formé grâce aux efforts de la reine Neith-Hetep.

La reine Téti-Chéri de la XVIIe dynastie, épouse du roi Senakhten-râ-taâ Ier (1559-1558 av. J.-C.) qui a été tué durant la guerre de libération contre les Hyksos, a, elle aussi, vécu toutes les étapes de lutte contre les envahisseurs. Elle encourageait son époux, suivi de son fils Seqnenrâ Taâ II, puis de son fils cadet Kames. Elle a instruit sa fille Iyah-Hotep et lui a appris la valeur de la patrie pour réaliser et accomplir la libération. Cette dernière a instruit Ahmès, qui a expulsé les Hyksos et fondé la XVIIIe dynastie.

Protectrice du trône

La reine égyptienne sous toutes ses facettes

Prenant souvent un rôle de pionnière, c’est la reine égyptienne qui a inventé le principe de la tutelle. La reine Mérit-Neith, fille du roi Djer (2974-2927 av. J.-C.), est montée sur le trône après la mort prématurée de son époux, le roi Djet, et a conservé le trône pour son fils, Den, qui était sous sa tutelle. Raison pour laquelle, comme le dit le livre, sa tombe est l’unique tombe de reine trouvée à Abydos parmi celles des rois, reflétant ainsi sa particularité et sa position distinguée parmi son peuple.

Le livre explique par ailleurs au lecteur comment la tutelle et la gouvernance se sont répétées dans l’histoire de l’Egypte Ancienne. C’est notamment le cas de la reine Khent Kawos I de la IVe dynastie, qui a régné sur l’Egypte durant l’enfance de son fils Djedf Ptah. Elle était aimée par le peuple en raison de la conservation du trône égyptien. Le même scénario s’est reproduit durant la XVIIIe dynastie (1549-1295 av. J.-C.), avec la fameuse reine Hatshepsout (1479-1457 av. J.-C.), qui est montée sur le trône à la mort de son époux Thoutmosis II, et dont l’héritier légitime était son fils Thoutmosis III (1479-1425 av. J.-C.). « Elle a préservé le trône. Son temple et ses reliefs ont été détruits vers la fin du règne de Thoutmosis III », affirme Zahi Hawas dans le prologue.

Le lecteur découvre encore au fil des chapitres le rôle fondamental des reines pour la transition paisible du pouvoir égyptien et la fondation de nouvelles dynasties. A l’instar de la reine Ni-Maet-Hap, mère du roi Djoser, fondateur de la IIIe dynastie, et épouse du roi Khâsékhemoui (2674-2647), qui avait vaincu le nord. Ou de la reine Hetep-Herès, fille du dernier souverain de la IIIe dynastie, Houni, et qui a pu transférer, de manière pacifique, le trône à la IVe dynastie en épousant le roi Sénéfrou. Elle est aussi la mère du roi Khoufou (Chéops), bâtisseur de la grande pyramide. L’importance de cette reine apparaît encore grâce « à la grandeur et à la beauté de son mobilier funéraire, qui est exposé aujourd’hui au Musée égyptien à Tahrir », précise l’auteur.

Beauté et pouvoir

La reine égyptienne sous toutes ses facettes
Tendresse du couple royal durant la IVe dynastie.

Les reines égyptiennes étaient connues pour leur beauté et, en plus, elles étaient respectées et estimées par les rois. La reine Khâ Merer Nepti II est connue par la double statue qui la représente avec le roi Menkaw-râ (2492/90-2473 av. J.-C.). Conservée au Musée des beaux-arts de Boston, la reine a les mêmes dimensions que son époux. Sa main droite entoure la taille du roi tandis que sa gauche tient son bras. Cette statue reflète l’amour, la tendresse et le lien intense entre le couple royal. « Khâ Merer Nepti II est l’unique reine de l’Ancien Empire dont les égyptologues ont découvert une statue colossale », commente Abdel-Bassir. Parmi les reines connues pour leur beauté, il y a Néfertiti, épouse d’Akhenaton (1353/52-1338 av. J.-C.) de la XVIIIe dynastie, et Néfertari, épouse de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.) de la XIXe dynastie, ainsi que la reine ptolémaïque Cléopâtre VII. Etant toutes les bien-aimées de leur époux, chacune a joué un rôle fondamental dans l’histoire égyptienne. « Connue par son beau buste exposé au Musée de Berlin, Néfertiti a répandu la nouvelle religion lancée par son époux et a encouragé la nouvelle école artistique du réalisme. Elle le soutenait contre les convoitises des prêtres de Thèbes, et était encouragée par sa belle-mère, la reine Tiy », écrit l’auteur.

Les égyptologues ont reconnu la reine Néfertari grâce aux bas-reliefs colorés qui ornent les parois de sa tombe à Thèbes et sa statue colossale au temple d’Abou-Simbel. Quant à Cléopâtre (69-30 av. J.-C.), dont la beauté a subjugué les empereurs comme Jules César et les commandants militaires, à l’instar de Marc Antoine, elle était aussi d’une ultime intelligence, et l’Egypte a connu sous son règne une véritable prospérité économique. Mais la défaite dans la guerre d’Actium a été suivie par le suicide de la reine ptolémaïque d’Egypte et l’occupation romaine.

Le livre de Abdel-Bassir donne l’occasion au lecteur d’en savoir plus sur l’influence que les reines égyptiennes détenaient sur les plans politique et économique. Sans oublier qu’il y a eu des milliers d’autres femmes fortes et influentes.

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