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A l'IMA, la fabuleuse histoire du Canal de Suez

Hala Fares, Mardi, 13 mars 2018

Du temps des pharaons jusqu’au Nouveau Canal inauguré en 2015, en passant par Ferdinand De Lesseps et par la nationalisation sous Gamal Abdel-Nasser, l’épopée du Canal de Suez est retracée dans une exposition-événement prochainement tenue à l’Institut du monde arabe à Paris.

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Inauguration du Canal de Suez. (Photo : Souvenir de Ferdinand De Lesseps et du Canal de Suez/Lebas Photographie Paris)

C’est une grande exposition multidimensionnelle retraçant l’historique du Canal de Suez durant 4 000 ans qu’organise l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris du 26 mars jusqu’au 5 août. L’idée de la tenue de cette exposition remonte à 2015, lorsque l’ancien président français, François Hollande, était venu assister à l’inauguration du nouveau tronçon du canal. « Le 5 août 2015, en assistant aux côtés des présidents des Républiques de France et d’Egypte à l’inauguration du dédoublement du Canal de Suez, je pensais que peu de pays ont, sur une aussi longue durée, pu étonner le monde par le gigantisme de leurs réalisations », avait alors souligné Jack Lang, président de l’IMA, dans son éditorial sur l’exposition intitulée « L’épopée du Canal de Suez, des pharaons au XXIe siècle ». Ainsi après son retour, Lang avait confié la mission à Claude Mollard et Gilles Gauthier, commissaire général et directeur scientifique de l’exposition. Tous les deux devaient penser à une idée originale pour une manifestation culturelle sur le canal. Et d’ici a surgi l’idée de cette exposition qui ne relate pas une histoire française du canal, mais plutôt une histoire franco-égyptienne. « Cela nous a pris deux ans de travail. On a voulu traiter le canal de tous les côtés : du côté technique en montrant comment le canal a été creusé, du côté politique avec les enjeux et les relations étrangères de l’Egypte, aussi du côté culturel et urbaniste », a souligné Gilles Gauthier, directeur scientifique de l’exposition lors d’une conférence de presse organisée à cette occasion à l’Institut français d’Egypte.

Histoire et art

Des pharaons à Ferdinand de Lesseps, du projet de Bonaparte à la nationalisation sous Nasser, cette saga de plus de 4 000 ans est mise en scène dans une exposition-événement réunissant les personnalités puissantes, les défis surhumains, les anecdotes, les temps forts qui ont ponctué l’histoire singulière de ce lieu symbolique, jonction entre trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

Suivant un principe cinématographique, l’exposition propose une entrée en matière directe au visiteur en le plongeant au coeur de l’inauguration du canal en 1869, puis lui fait remonter dans le temps en reprenant le développement historique de cette épopée. « L’exposition commence par l’inauguration du Canal de Suez en 1869 à travers les photos pour faire entrer le visiteur dans le coeur de l’inauguration, une illusion d’assister à l’événement. Ensuite, il y a un retour en arrière en remontant aux premiers temps des tentatives de creusement, celui du pharaon Sésostris III », a expliqué Claude Mollard, commissaire général de l’exposition lors la conférence tenue à l’Institut français d’Egypte. Ajoutant que l’exposition innove dans sa forme en donnant une grande importance aux photos, aux peintures et aux effets cinématographiques. « On raconte l’histoire non seulement à travers les historiens, mais aussi à travers les photographies et peintures comme celle d’Edouard Riou invité par l’impératrice Eugénie pour assister à la cérémonie inaugurale. Il exécute L’Album de l’impératrice : Voyage pittoresque à travers l’isthme de Suez. Cet album rassemblait des aquarelles d’après nature retraçant et commentant l’inauguration du canal », a-t-il expliqué.

Objets archéologiques, maquettes, photographies, archives sonores et visuelles ponctuent le parcours de l’histoire de l’Egypte et celle du monde dans cette exposition, qui part des pharaons pour entraîner les visiteurs jusqu’aux tous derniers travaux contemporains d’extension et de dédoublement avec l’avenir du canal et la zone économique qui se développe à son alentour. L’exposition présente aussi les oeuvres antiques qui montrent l’importance du canal pour l’Egypte. « On montre, au cours de l’exposition, la stèle du roi de Perse, Darius Ier, du Musée de Suez sur laquelle est inscrit le recreusement du canal au Ve siècle. On montre comment l’Egypte était au coeur du monde antique », souligne Gauthier.

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Nasser accueilli par la foule au Caire après la nationalisation du canal. (Photo : DR)

Le visiteur découvre aussi ce que fut l’audace de ce chantier pharaonique pour lequel des machines sont inventées et mises pour la première fois à l’essai. « La décision du khédive Ismaïl et de De Lesseps d’arrêter la corvée et d'utiliser des techniques modernes dans le creusement est aussi manifestée à travers l’exposition. La percée dans le désert est représentée par un plan-relief créé pour l’Exposition universelle de 1878, mais aussi par des modèles réduits des machines et des bateaux de l’époque », raconte Mollard. Le creusement du canal est évoqué dans l’exposition par les nombreuses archives de l’Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez : sculptures, photographies, plans, gravures, peintures, dessins et autres. En fait, le visiteur peut, sur un très beau panorama mobile, traverser le canal comme on le faisait encore en 1920 sur la route des Indes et rêver au charme des voyages au long cours.

Au cours de l’exposition, le visiteur découvre aussi beaucoup de détails à l’exemple de celui de 1858 quand l’ingénieur français Barthoide propose d’implanter à Suez la statue d’une femme avec à la main droite un flambeau, mais la statue n’a pas été réalisée à cause de son prix élevé, Barthoide propose le même projet aux Américains, et aujourd’hui, la statue se trouve à New York, celle de la liberté. « La statue qui devait illuminer le canal illumine aujourd’hui le monde de New York : l’occasion pour montrer les relations entre l’Egypte et la France et l’Egypte et le monde », commente Gauthier.

Vue sur le futur

Si l’inauguration du Canal de Suez prend une grande part de l’exposition, on a consacré aussi un vaste espace à sa nationalisation et la mise en pratique de cette décision avec les souvenirs qu’elle a suscités. « Si le premier temps fort de l’exposition est celui de l’inauguration de 1869, vient ensuite le deuxième temps fort : celui de la nationalisation du canal. C’est l’idée d’opposer le XIXe siècle au XXe dans l’histoire de l’Egypte. Deux grands moments qui ancrent l’exposition », souligne Mollard.

Entre 1975 et 2015, le canal est considérablement élargi, approfondi et modernisé. Il devient l'une des principales sources de devises pour l’Egypte qui, en 2014, se lance dans un nouveau projet, celui du dédoublement, ainsi que la création d’une vaste zone industrielle et d’urbanisation. Ainsi, le film n’oublie pas de parler de la période actuelle du canal comme moyen économique, et du développement qui se déroule autour. C’est cette Egypte du futur que découvre alors le visiteur avant de pouvoir rêver à nouveau d’un grand voyage toujours possible, même si le décor en a changé, tel que le montrent les images filmées qui viennent clore l’exposition, parcourant aujourd’hui les 193 kilomètres de la mythique voie d’eau. L’inauguration de 1869 est commentée par le grand radio-reporteur Frédéric Mitterand, et le visiteur peut aussi faire une tournée audio guidée et commentée toujours par sa voix.

Les pièces en relation avec le creusement du canal et son histoire ont été prêtées de différents musées dont ceux de Turin et du Louvre. Au mois de septembre, l’exposition sera à Marseille. « On a discuté avec les autorités égyptiennes pour que l’exposition soit tenue en Egypte en novembre 2019 au Musée de la civilisation à Fostat », a conclu Gauthier.

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