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Préparer la nouvelle année touristique

Dalia Farouq, Mercredi, 17 janvier 2018

A l'heure où les chiffres témoignent d'une reprise du tourisme, les responsables du secteur insistent sur l'importance de remettre en état les infrastructures et de former le personnel nécessaire au bon accueil des visiteurs.

Préparer la nouvelle année touristique

Conformément aux chiffres du ministère du Tourisme, 8,3 millions de touristes ont visité l’Egypte en 2017, soit 45 % de plus qu’en 2016. Or, malgré l’espoir que suscite cette reprise des mouvements touristiques— qui viennent soit des marchés traditionnels, soit de nouveaux marchés—, les craintes se multiplient quant aux préparatifs nécessaires pour absorber avec succès toute augmentation du nombre de touristes, surtout après des années de crise.

L’enlisement de plusieurs bateaux de croisière la semaine dernière près de Kom Ombo, en Haute-Egypte, qui a ouvert la question de l’aptitude du secteur touristique égyptien à répondre à la hausse du nombre de touristes et à leurs besoins. Ihab Abdel-Al, membre de la Chambre du tourisme, assure que l’enlisement des bateaux était dû au fait que le lit du Nil n’a pas été approfondi depuis plus de cinq ans, les grands bateaux s’étant bloqués suite à la décrue hivernale et à la diminution du niveau de l’eau. « Le lit du Nil doit être approfondi chaque année en vue de la saison touristique d’hiver, durant laquelle les croisières sont très fréquentes. Pendant les vacances de Noël et du Nouvel An, nous avons accueilli un grand nombre de touristes et nous avons été obligés de faire fonctionner de grands bateaux avec des tirants d’eau de plus d’un mètre et demi. Les ports étaient eux aussi dans un état catastrophique, puisqu’ils n’ont pas été aménagés. Les touristes ont été obligés d’utiliser des échafaudages pour atteindre la rive », déclare Abdel-Al.

Or, selon lui, ce n’est pas le seul problème qu’affronte le secteur du tourisme en Egypte à l’heure actuelle. Les infrastructures comme les routes, les réseaux de drainage et les réseaux électriques, notamment sur les sites touristiques et dans les hôtels, ont été négligées depuis 2011, à cause de la crise du tourisme et de la chute des revenus en général en Egypte. « Il sera de plus très difficile de remplacer le personnel bien formé du secteur », reprend Abdel-Al, en assurant que plus de 80 % des employés ont quitté le secteur touristique au cours des dernières années suite à la crise. « Certains hôtels et agences de voyages ont actuellement recours à n’importe qui pour travailler, tandis que d’autres réduisent le personnel de moitié et même de trois quarts pour diminuer les frais de fonctionnement, ce qui affecte beaucoup la qualité du service et nuira, à long terme, à la réputation touristique de l’Egypte », dit Adel Zaki, lui aussi membre de la Chambre du tourisme. Et d’ajouter : « Plus de 150 hôtels ont fermé leurs portes à cause de la période de vaches maigres dans laquelle était plongé le secteur pendant plus de sept ans. Certains hôtels ont fermé partiellement. Les hôtels égyptiens sont ainsi incapables d’absorber la hausse du nombre de touristes ».

Zaki mentionne, par ailleurs, le manque de maintenance des hôtels et des établissements touristiques, toujours pour des raisons financières. « Si nous accueillons un grand nombre de touristes sans être bien préparés, nous aurons des problèmes de fonctionnement susceptibles d’être aussi dangereux pour le secteur que les actes terroristes. De retour dans leurs pays, les touristes raconteront leurs mauvaises expériences sur des sites comme Trip Advisor, ce qui pourrait beaucoup nuire au tourisme », indique Zaki. Selon lui, cela fait plus de quatre ans que les professionnels du secteur lancent des appels au ministère du Tourisme, afin de réorienter une part du budget consacré aux campagnes de promotion à l’étranger vers les hôteliers, pour les aider à remettre en état leurs établissements, à ne pas licencier de personnel et à améliorer leurs services.

Capacités insuffisantes

Pour sa part, Sarwat Agami, président de la Chambre du tourisme de Louqsor, dit que la capacité hôtelière de la ville est actuellement insuffisante et donne l’exemple des bateaux de croisière, dont seuls 50 sont en état de service sur une totalité de 170. Il évoque un autre grand problème dont souffre le secteur, à savoir le manque de maintenance ou de renouvellement— faute de financement, ainsi que des moyens de transport touristiques comme les autocars. « Le gouvernement doit accorder des prêts à intérêts réduits, afin de permettre aux agences de voyages de renouveler leurs flottes et garantir ainsi des voyages sûrs et confortables pour les touristes », explique Agami, tout en ajoutant qu’en plus des problèmes du transport par voies routières, le nombre de vols domestiques a baissé de plus de 70 % en comparaison avec 2010.

Magdi Sélim, ancien vice-ministre du Tourisme, explique que les responsables du tourisme doivent avant tout évaluer la saison touristique et analyser le comportement des marchés émetteurs, pour bien se préparer pour la saison 2018. D’après lui, il faut accorder plus d’importance au développement des infrastructures, notamment des routes, à la construction de trottoirs et à la propreté des rues, qui complètent l’image de toute destination touristique. Sélim regrette la décision du ministère du Tourisme d’annuler le budget pour la formation des employés, qui était de 100 millions de L.E. en 2016. « Les ressources humaines constituent l’un des piliers de l’industrie du tourisme. Nous devons travailler dès maintenant pour réattirer des personnes vers le secteur, afin de profiter de leurs compétences lors de la saison 2019 », souligne-t-il. En conclusion, à condition d’effectuer des investissements importants pour remettre en place un service et une infrastructure de qualité, l’Egypte sera en mesure d’accueillir de nouveau un grand nombre de touristes et de conserver sa réputation de destination touristique de premier rang.

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