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L’Islam avec un grand I exposé

Nasma Réda, Lundi, 24 septembre 2012

Une nouvelle section consacrée à l’art islamique vient d’être inaugurée. 3 000 pièces allant du VIIe au XIXe siècle y sont exposées.

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Les visiteurs du Louvre peuvent désormais admirer une nouvelle collection de chefs-d’œuvre relevant de l’art islamique. Le célèbre musée parisien vient d’inaugurer ses nouveaux espaces consacrés aux arts de l’islam : quelque 3 000 objets, issus de sa précieuse collection, se déploient dans un écrin de béton noir surmonté d’une verrière mordorée. C’est le président François Hollande qui a inauguré la semaine dernière cette nouvelle section du musée parisien après 10 ans de travail dans ce projet qui a coûté près de 100 millions d’euros. Il a été financé à 57 % par le mécénat, notamment du prince saoudien, Al-Walid Ibn Talal (à titre privé), et du roi Mohammed VI du Maroc. L’émir du Koweït, le sultan d’Oman et la république d’Azerbaïdjan ont également financé le projet. « J’ai voulu en faire un véritable département autonome — le huitième du Louvre — car il me semblait inadmissible que les arts de l’islam soient regroupés dans une simple section au sein du département des antiquités orientales », explique le président-directeur du Louvre, Henri Loyrette. Il ajoute qu’avec ce nouveau département, qui balaie 12 siècles d’Histoire, c’est la reconnaissance d’une civilisation dans sa diversité, du rôle qu’elle a joué en irriguant dans un va-et-vient constant le monde occidental.

Sans toucher aux façades anciennes, les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti ont conçu le département sur 2 niveaux (rez-de-chaussée et sous-sol) surmontés d’une verrière protégée d’une résille de métal doré et argenté. Des fenêtres de la salle, où sourit la Joconde, on peut voir ce voile ondulant qui semble porté par le vent. La collection des arts de l’islam dispose désormais de 3 000 m3 pour déployer ses objets parfois monumentaux. « Nous avons triplé nos espaces », déclare Sophie Makariou, directrice du département. Riche de 15 000 pièces, la collection d’art islamique du Louvre disposait auparavant d’espaces exigus et peu mis en valeur. Ces derniers ont été fermés en 2008 pour permettre l’inventaire minutieux de la collection et la restauration de certaines pièces. Le nouveau département s’est également enrichi de 3 000 pièces déposées par les arts décoratifs voisins, ce qui lui permet de montrer des tapis et des éléments décoratifs de toute beauté.

« Il s’agit de montrer l’Islam, avec un grand I. En langue française, cela désigne la civilisation qui a étendu son influence sur un territoire immense, de l’Espagne à l’Inde, et qui a englobé des peuples non musulmans », souligne Sophie Makariou. « Le propos n’est pas de se centrer exclusivement sur l’islam avec un petit i, qui désigne la sphère religieuse », relève-t-elle. « Le mot Islam, il faut l’assumer, lui redonner sa grandeur, il faut le porter, il ne faut pas le laisser aux djihadistes », ajoute-t-elle.

Le rez-de-chaussée, baigné de lumière naturelle, accueille les pièces datant du VIIe au XIe siècle (voir encadré). Le sous-sol, baptisé « parterre », présente les œuvres du XIe à la fin du XVIIIe siècle. En vedette, le Lion de Monzon, bouche de fontaine réalisée en Espagne au XIIe ou XIIIe siècle, semble prêt à bondir. Le Baptistère de Saint-Louis, qui a servi à baptiser plusieurs rois de France, s’avère être un bassin mamelouk en cuivre incrusté d’or et d’argent, réalisé au XIVe en Egypte ou en Syrie. Un porche égyptien du XVe siècle, qui dormait en pièces détachées dans des caisses depuis plus d’un siècle, a été remonté patiemment. Enfin, un mur de céramique ottomane a été reconstitué. Sur 12 m de long, plus de 570 carreaux colorés au décor raffiné, du XVIe au XIXe siècle, ont été remontés comme un puzzle.

Dalia Farouq (avec agences)

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