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Wadi Al-Oyoune : Un non-sens dans le désert

Caroline Odoz, Mardi, 12 mars 2013

Au Fayoum, le mur de Saint-Makarios met en péril le tourisme du safari et le patrimoine naturel de la région. Les autorités conscientes n’ont pas les moyens d’intervenir.

10 km de mur interdisent, depuis la révolution, l’accès au Wadi Al-Oyoune, site des sources dites « magiques », parce qu’elles sont les seules sources d’eau fraîche de la région. Un seul accès sur ces 10 km de béton et de briques, et il porte le nom du « monastère Saint-Makarios de Wadi Al-Rayan ».

Wadi Al-Oyoune, situé entre les deux mon­tagnes Manakeer, est l’un des joyaux de Wadi Al-Rayan. A côté de Wadi Al-Hitan, de Qasr Al-Arab, de Dimayh Al-Siba et de Dgebel Qatrani, c’est la région du lac Qaroun : un éco­système unique au monde d’une beauté épous­touflante qui se perd ensuite dans l’immensité du Désert Occidental.

En termes d’écotourisme et de safari, cette région réunit tous les critères internationaux. Raison pour laquelle elle vient d’être choisie comme région-pilote en Egypte des projets de géo-tourisme. Grâce à « sa combi­naison exceptionnelle de ressources biologiques, géologiques et cultu­relles », ce parc naturel, créé en 1989, a été classé au Patrimoine mondial de l’humanité en 2006 par l’Unesco.

Allégations fantasques

Le ministère de l’Environnement a estimé en 2012 que 110 km2 sont concernés et que l’accès au site est bloqué, même pour les autorités. Malgré les allégations du monastère sur une autorisation pour le passage des touristes — information démen­tie par le ministère du Tourisme — Wadi Al-Oyoune a tout simplement disparu de la carte touristique. Comme l’indiquent les guides, les safaris ne s’y rendent plus.

Les membres du groupe local « Le mur doit tomber » (Bring Down The Wall) et les habi­tants mettent en avant les dommages écolo­giques provoqués et la nuisance au tourisme dans cette région. Leur avis est corroboré par nombre d’experts. Une telle construction pour­rait ruiner la réputation de la réserve auprès de la clientèle internationale.

Les études de l’Organisation mondiale du tourisme montrent, en effet, que le tourisme est en pleine expansion. Les milieux les plus riches en biodiversité sont les plus attractifs et l’éco­tourisme a désormais le plus fort potentiel de croissance. Le respect de l’environnement est devenu un critère principal du choix de séjours. Le G20 même vient de reconnaître le tourisme durable comme moteur principal du développe­ment économique mondial à venir.

Intervention difficile

Le ministère du Tourisme est pleinement conscient de ces enjeux, mais « il est difficile d’intervenir, parce que les institutions de l’Etat qui doivent coordonner leur action pour résoudre ce problème sont en plein remaniement », explique Magdi Sélim, conseiller au ministère du Tourisme.

« Notre désert est riche et nous avions réussi à bâtir une excellente réputation auprès des clients européens », poursuit Sélim.

Enfin, des études nationales et internationales montrent que les trésors naturels de l’Egypte qui restent, même hors temps de crise, dans le peloton de queue du tourisme international (1,5 % du flux mondial) sont largement sous-exploités.

Les safaris représentent aujourd’hui moins de 10 % des revenus égyptiens du tourisme. « Nous prévoyons de grandes campagnes de promotion des sites naturels et la mise de tout le sec­teur à niveau. Cependant, nous avons déjà de lourdes tâches sur notre agenda », précise Sélim.

Wadi Al-Rayan incarne cette sous-exploitation. « Il n’y a que 40 agents de voyages dans cette région », indique le conseiller au ministère. Ceux-ci reçoivent 190 000 visiteurs par an. La crainte est désormais que le mur ne fasse baisser ce chiffre.

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