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Le musée Rokn Farouq retrouve sa fraîcheur

Nasma Réda, Mardi, 09 août 2016

Après cinq ans de rénovation, le musée Rokn Farouq a rouvert ses portes. Située à l'extrémité sud de Hélouan et construite en 1943, cette grande villa sur le Nil était l'un des lieux de reposdu roi Farouq.

Le musée Rokn Farouq retrouve sa fraîcheur
Vue générale de la salle à manger ainsi que du poste de radio (à gauche). (Photo : Amir Abdel-Zaher)

C’est à seulement 30 minutes de voiture, au sud du Caire, que se situe la résidence royale Rokn Farouq (le coin de Farouq), donnant sur la corniche du Nil à 6 km au sud de la ville de Hélouan. Les emblèmes de la famille royale ainsi que le nom du roi de l’Egypte et du Soudan, Farouq Ier, surmontent le portail d’entrée en fer forgé. Une fois ouvert, le parfum de la belle époque des années 1940 saute au visage. Sur un vaste terrain de 11 600 m2, l’on remarque au centre un nombre infini de manguiers et de plantes rares remontant à l’époque du roi Farouq, avec une fontaine en marbre blanc de type classique, entourée de quatre sculptures tenant un coquillage entre les mains d’où jaillit l’eau. La verdure entoure la villa royale construite sur 440 m2, dans un style moderne simple en forme de yacht qui donne sur la rive du Nil. « Bien que le roi Farouq ait ordonné en 1939 de fonder ce lieu de repos, sur la rive Est du Nil, il apparaît qu’il n’y résida que deux ou trois fois », indique Elham Salah, directrice du secteur des musées au ministère des Antiquités.

Sur trois étages, cette résidence royale est construite pour des moments de repos, mais aussi des célébrations privées du roi et de sa famille. Le rez-de-chaussée est consacré aux domestiques, aux cuisines et aux chambres des serviteurs. Un petit escalier mène vers la porte d’entrée de la bâtisse dédiée à la tranquillité. Une statue représentant une harpiste est à l’accueil des visiteurs au premier étage. Avec son visage brun et ses vêtements typiquement pharaoniques, le visiteur est agréablement immergé au coeur de ce musée contenant plus de 400 pièces. « Le premier étage constitue la partie essentielle du musée. Il comprend trois grands pavillons dont les salles de réception, une salle à manger, des chambres à coucher », explique Soheir Sabri, directrice du musée. De nombreuses statues pharaoniques, ainsi que des tables incrustées d’ornementations pharaoniques en ivoire sont réparties dans les lieux. Quant aux armoires, elles renfermaient les cadeaux offerts au roi Farouq, venant des quatre coins du monde. Des étoiles dorées, décorant les murs de la réception, étincellent sous la lumière des lanternes historiques. Dans le salon, une importante collection de répliques du mobilier de Toutankhamon s’offre aux yeux. Elle comporte une cheminée moderne en albâtre, une console en marbre ainsi que des tableaux du roi Farouq, de son père, le roi Fouad, et d’autres portraits de toute la famille royale. Deux autres salles consacrées à la réception des amis, dans l’aile Est et ouest de la villa, sont décorées de statuettes de femmes nubiennes dont l’une d’elles porte une robe au style pharaonique. L’une des autres robes portées est typiquement romaine. « Elles tenaient une flamme (une lampe) à la main dans un signe montrant que le roi Farouq était bien le roi de l’Egypte et du Soudan », souligne la directrice du musée.

La salle à manger comprend, elle aussi, de nombreuses pièces antiques. Elle renferme une table pour 10 convives de style Louis XVI, avec deux buffets sur lesquels se trouvent des coffrets incrustés d’ivoire, en plus de quelques statuettes et une boîte à cigarettes en argent. Le plus intéressant est cette peinture rare et précieuse d’un mariage pharaonique sur le mur droit de la salle.

Les temps de loisirs demandent de même des jeux d’échecs, de trictrac, avec un magnifique gramophone. « Je me souviens de mon enfance lorsque j’ai visité ce musée. Ces pièces antiques sont gravées dans ma mémoire. Aujourd’hui, j’invite les Egyptiens, surtout les plus jeunes, à venir voir une partie concrète de leur histoire », souligne l’écrivaine et membre du parlement, Lamis Gaber, invitée le jour de l’inauguration.

Le musée Rokn Farouq retrouve sa fraîcheur
La fontaine est entourée d'un grand jardin renfermant des plantes rares. (Photo : Amir Abdel-Zaher)

Plus loin, la terrasse ouest comprend cinq balcons en courbe donnant sur le Nil, avec trois embarcadères. « Fasciné par la civilisation égyptienne, le roi Farouq a installé tout au long de cette aile une longue table portant une maquette de l’Allée des sphinx, ainsi que celles du temple de Karnak et de Louqsor », dit Elham Salah. Hormis cette pièce antique, cette aile abrite les chambres à coucher du roi et de la reine avec leurs salles de bains. Le couloir menant à ces pièces est décoré des photos des filles du roi ainsi que d’un tableau en cire commémorant les onze ans du pouvoir royal de Farouq, le 6 mai 1947. Une pièce antique décore la grande chambre portant la photo du mariage de Farouq avec sa seconde épouse Narimane : le lit du petit roi Ahmad Fouad. Au-dessus du lit de la deuxième chambre est accrochée la photo du roi pendant sa jeunesse. Le plus surprenant est que la salle de bains conserve aujourd’hui encore ses effets personnels tels que son rasoir.

Au bout de ce couloir se trouve une salle unique. « C’est là que le roi pouvait prendre un bain de soleil, c’est aussi un lieu de massage », explique un conservateur du musée. Il s’agit d’une salle semi-cylindrique, entourée de vitres colorées en jaune renfermant un canapé couvert de blanc. Avant d’accéder au troisième étage, trois lits identiques à ceux du roi-enfant Toutankhamon se trouvent dans la salle de réception face à l’escalier. En montant les marches, des appliques modernes se mêlent aux tableaux. Quant aux vitraux, ils représentent un tableau multicolore magnifique d’une maison de la campagne égyptienne. « C’est au troisième étage que la famille royale pouvait profiter d’une grande partie de la ville de Hélouan ainsi que d’une vue agréable du Nil », affirme la directrice du musée. Le confort était en effet le maître-mot de ces relais destinés au repos du roi. Dans Rokn Farouq, le visiteur découvre le mode de vie intime du roi et de sa famille avec des pièces authentiques aussi luxueuses que majestueuses. Aujourd’hui, le lieu invite toujours à la détente loin de l’agitation de la ville.

Informations pratiques :

Horaires d’ouverture :

Tous les jours de 9h à 15h

Prix du ticket :

5 L.E. pour les adultes égyptiens, 50 L.E. pour les étrangers

3 L.E. pour les étudiants égyptiens, 25 L.E. pour les étudiants étrangers

50 L.E. pour un appareil photo.

Une restauration minutieuse

Rokn Farouq, lieu de repos de la famille royale alaouite, a été remis au gouvernement égyptien après la Révolution de 1952, et placé en 1976 sous la direction du Conseil suprême des antiquités qui l’a transformé en musée. Selon Elham Salah, directrice du secteur des musées, « nous avons maintenant installé des caméras de surveillance et introduit de nouvelles cartes explicatives ». Par ailleurs, des pièces antiques ont subi des travaux de restauration minutieuse telles que la statue de la harpiste. « La rouille avait atteint les parties métalliques de la harpe et quelques cordes avaient été endommagées », explique Soheir Sabri, directrice du musée. A noter que le sculpteur français Cordier a fabriqué cette statue de bronze de 167 cm en 1874, sur une base en marbre. Des tables en bois incrustées d’ivoire et de coquilles ont subi également des travaux de restauration pour réparer les parties manquantes des tables et renforcer les tranches détachées afin qu’elles retrouvent leur beauté d’antan. En outre, le transistor et le gramophone, fabriqués en bois de noix turc, ont subi des travaux de nettoyage et de peinture : « des pièces exceptionnelles de décoration », souligne Soheir Sabri. Ce n’est pas tout, « les jardins de cette résidence royale ont enfin été développés et réaménagés afin d’être proposés pour des célébrations culturelles », affirme Salah.

Le voyage de Hâpy

A la suite de son inauguration, le ministère des Antiquités a décidé que le musée de Rokn Farouq sera inscrit sur le trajet d’un projet plus large intitulé « Le voyage de Hâpy ». Celui-ci a été lancé par le ministère il y a deux ans. L’objectif est de relier des sites situés sur les rives du Nil dans un circuit facilitant leur visite. Ce trajet commencera par le Musée égyptien de la place Tahrir en passant par le Palais de Mohamad Ali et le Palais de Monasterli à Manial, jusqu’au Rokn Farouq à Hélouan, surtout que cette résidence possède trois ports. « Une fois la restauration de tous ces joyaux historiques terminée, ce circuit sera inauguré et commercialisé auprès du grand public », conclut Elham Salah, directrice du secteur des musées au ministère des Antiquités.

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