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Initiative : La cité de toutes les époques

Doaa Elhami, Mardi, 19 février 2013

Parmi les sites les plus renommés de la Nouvelle Vallée se trouve la cité Al-Qasr. Elle se dresse toujours majestueusement aux environs de l’oasis Dakhla. Visite.

Al-Qasr
Les maisons ottomanes sont surmontées de fenêtres d'aération.

Mosquée avec son minaret, quartiers d’habitation, moulins, tribunal et pressoir à olives sont quelques-uns des éléments du site archéologique d’Al-Qasr, un mot arabe qui signifie palais. « C’est une vraie ville avec tous ses détails et bâtiments. Les vestiges témoignent de sa prospérité au cours des différentes époques », explique Magdi Atiya, guide touristique de l’oasis de Dakhla.

Al-Qasr est l’une des destinations touristiques les plus renommées de toute la vallée de l’oasis. Les vestiges de cette cité se dressent majestueusement sur la route pavée qui va de Kharga à Dakhla. Al-Qasr est située à une trentaine de kilomètres de l’oasis Dakhla, l’une des oasis du gouvernorat de la Nouvelle Vallée qui occupe 44 % de la superficie de l’Egypte.

Bien que les vestiges de cette cité remontent à diverses époques islamiques, les origines d’Al-Qasr sont romaines, bien que les premiers habitants doivent s’y installer avant notre ère.

D’après les documents dégagés récemment par des fouilles, les constructions islamiques de la cité ont été bâties sur les vestiges ensevelis d’une forteresse romaine, dont on peut encore voir les ruines d’une muraille.

Des poteries datant des IVe et Ve siècles, ainsi que des ostraca coptes y ont été trouvés, témoignant de l’identité des premiers occupants de la ville. Les constructions islamiques portent, elles aussi, des traces prouvant qu’Al-Qasr remonte à une période plus reculée que l’époque romaine. On y trouve encore des hiéroglyphes gravés sur les linteaux de certaines maisons, révélant ainsi l’âge reculé de l’occupation de la cité.

Selon les experts, au lieu de se rendre aux carrières pour ciseler les pierres d’édification, les bâtisseurs de l’époque ottomane ont utilisé celles d’un temple ptolémaïque qui se trouvait à proximité. La maison d’Abou-Nafir, récemment restaurée et ouverte au public, fut érigée avec un nombre considérable de blocs en provenance du temple ptolémaïque. Cette richesse architecturale issue de plusieurs époques rend Al-Qasr unique en son genre.

Commerce et prospérité

Selon les archéologues, cette cité était un carrefour pour les caravanes commerciales qui partaient de la Vallée du Nil pour l’oasis de Kharga et celles qui venaient du Soudan. Al-Qasr accueillait une diversité de productions et d’activités qui lui ont permis d’assurer sa prospérité des siècles durant. Al-Qasr produisait notamment du blé et du maïs qui étaient ensuite concassés dans les moulins de la cité.

« Le visiteur peut toujours voir un ancien moulin à maïs, bien conservé, avec deux grandes meules et un axe en bois », poursuit Atiya. Selon lui, la cité était répartie en quartiers nommés selon les activités des habitants : quartier des menuisiers, des forgerons, des potiers ...

Mais la richesse de la cité suscitait la convoitise des maraudeurs et des autres tribus. La ville fut fortifiée par des murailles à l’ouest et au sud. Les quartiers étaient aussi organisés en étroites ruelles qui pouvaient être fermées pendant la nuit.

Demeure des pachas

Pendant l’époque ottomane, la cité est devenue la demeure des pachas et des notaires. Apparaissent alors des quartiers de nobles à l’instar de Chihabiya. Ce quartier se compose de maisons datées des époques mamelouke et ottomane. Les travaux de conservation de la plupart de ces bâtisses ont été achevés récemment. La plus importante est Beit Al-Qorachi.

La mission archéologique néerlandaise y a découvert des centaines de documents juridiques et comptables datés du XVIe au XXe siècle. Ces documents suggèrent la longévité de l’occupation de cette maison et du village alentour, déserté en 1940, selon les témoignages d’habitants de la région. Toutes les constructions de ce quartier sont, elles aussi, bâties avec des éléments architecturaux provenant du temple ptolémaïque.

Deux de ces maisons restaurées sont actuellement utilisées en tant que bazars par les citoyens de l’oasis de Dakhla. Les autres maisons sont équipées de réseaux sanitaires et de cuisine, afin d’encourager les villageois des alentours à les utiliser pour eux-mêmes.

Mosquée unique

Le quartier de Chihabiya renferme aussi l’ancienne mosquée de la cité. Bâtie en brique crue, cette mosquée a été édifiée en l’an 50 de l’hégire lorsque les premiers musulmans parvenaient aux territoires de Dakhla. Elle était alors une construction de forme carrée avec une cour des deux côtés. A l’intérieur, on peut encore voir les fondations de six colonnes. Les fouilles ont dégagé un linteau qui indique que la mosquée a été rénovée en 1717.

Il paraîtrait que la mosquée fut partiellement construite sur le mur de la citadelle romaine. Les fouilles ont aussi dévoilé des fondations d’autres bâtiments plus anciens. A l’extérieur, une structure carrée pourrait être celle d’un vieux puits.

La cité comprend une autre mosquée, plus récente : celle de Nasreddine avec son minaret. Elle fut bâtie pendant l’époque ayyoubide, soit au XIIe siècle. Selon les experts, cette date correspondrait aussi à la fondation de toute la cité actuelle. La mosquée aurait été rénovée au XIXe siècle, selon les inscriptions gravées sur le linteau de la porte d’entrée. Le plafond est en bois d’acacia, de palmier et d’olivier.

La mosquée comprend aussi le mausolée de Nasreddine lui-même. Quant au minaret, il est l’unique indice de style ayyoubide encore dressé de toute la cité antique. Le minaret, dont la longueur atteint les 21 mètres, se compose de trois étages. Derrière la mosquée se dresse une ancienne madrassa qui fonctionne encore jusqu’à nos jours. Cet emplacement sert aussi aux réunions publiques.

Vaste tribunal

Si Al-Qasr est connue par la mosquée Nasreddine et les maisons du quartier de Chihabiya, la ville est aussi renommée par son tribunal, la maison de son juge et son pressoir à olives. Le tribunal est un vaste bâtiment voûté. A l’entrée, une plaque en bois rouge indique l’entrée du tribunal : « signe du respect, de la sagesse et de la justice », souligne le guide.

Au sein de l’édifice se trouve une cour où les juges et leurs adjoints s’installaient pour rendre leur jugement. Derrière eux se dresse toujours une étagère où étaient arrangés les dossiers des procès. L’édifice est annexé d’un échafaud. Le tribunal de la cité antique était un complexe qui servait à toutes les procédures législatives.

Globale, la cité était un modèle sur bien des points. Les experts affirment que ce genre de cité était répandu dans d’autres régions. Mais Al-Qasr est la seule qui nous est parvenue.

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