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Dahchour: Une question de degrés

Nasma Réda, Lundi, 28 janvier 2013

C'est à Dahchour qu'ont été développées les règles mathématiques pour construire des pyramides à faces lisses. Témoin des recherches d'antan : la pyramide rhomboïdale et la pyramide rouge.

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La pyramide rouge.

L’Histoire a donné deux noms différents à la pyramide située au plus près du village de Dahchour, près de Saqqara. Son premier nom est égyptien et signifie, une fois traduit en français, « celle qui brille au sud ». Son second nom provient des mathématiques : la pyramide rhomboïdale. Elle doit cette appellation moderne à une déformation géométrique. Sa moitié supérieure a été construite selon un plus petit angle que sa partie inférieure. Le résultat donne une pyramide presque bouffie, possédant deux pentes aux inclinaisons différentes.

L’aspect particulier de cette pyramide provient d’un changement de plan durant sa construction. Lorsqu’il réfléchit à la conception de l’édifice, le roi Snéfrou et les ingénieurs décident de lui attribuer une pente lisse d’environ 60°. Suite à des doutes concernant la stabilité de la structure, et plus précisément la fragilité de la base, les architectes sont obligés d’abaisser l’angle original à 54°.

Persuadés que la pyramide allait s’écrouler sous son poids, ils ont changé une nouvelle fois l’angle d’inclinaison à mi-chemin de la construction. Le reste sera donc construit selon une pente de 43°. Lorsqu’elle fut terminée, celle-ci avait une base de 188 m et une hauteur de 107,5 m au lieu des 150 m prévus au départ.

La structure interne de la pyramide est aussi innovatrice que son aspect extérieur est étrange. « Celle qui brille au sud » possède deux chambres funéraires accessibles par deux entrées différentes. L’une est située sur la face nord et l’autre sur la face ouest. Cette architecture ne possède pas d’équivalent dans l’Ancien Empire.

Un édifice dangereux

De par sa forme curieuse, le bâtiment attise les curiosités sans pour autant les satisfaire. La pyramide est, comme à l’époque, peu stable. Plusieurs salles souterraines se sont d’ores et déjà effondrées. En réaction aux nombreuses pierres qui s’en détachent, Mohamad Youssef, archéologue et égyptologue, a prévenu les autorités. Mais ces dernières ont fait la sourde oreille, arguant que c’était dû à la vieillesse de l’édifice.

Aujourd’hui, la pyramide rhomboïdale est fermée aux visiteurs, alors qu’elle était accessible en 2009. « Sa structure interne est trop compliquée et le sol pas assez stable pour accueillir des hommes. C’est trop dangereux », déclare le directeur de la nécropole de Saqqara, Kamal Wahid. Selon lui, la pyramide a besoin d’énormes travaux de restauration « de l’intérieur comme de l’extérieur, ainsi qu’un système d’éclairage ».

La grande soeur rouge

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La pyramide rhomboïdale.

Les problèmes rencontrés lors de la construction de la pyramide rhomboïdale ont amené Snéfrou à faire bâtir une autre, un peu plus loin au nord. Son nom actuel, « la pyramide rouge », provient de la teinte de sa pierre. Avant, lorsqu’elle avait encore son enveloppe de calcaire, les Egyptiens avaient l’habitude de l’appeler « la brillante ». Il s’agit de la troisième plus grande pyramide d’Egypte.

Sa base de 221,5 m est supérieure de 32 m de plus que celle de la pyramide rhomboïdale. Sa hauteur est de 104,40 m est, elle, quasi identique à la pyramide rhomboïdale. Elle possède une pente de 43°, tout comme sa petite soeur. Sa base plus large a permis aux architectes d’éviter les problèmes de structure qui avaient temporairement stoppé les travaux sur la pyramide rhomboïdale.

Aujourd’hui, son bon état de conservation lui permet d’être ouvert au public. Les visiteurs peuvent y découvrir des « couloirs ainsi que ses chambres bien préparées et bien éclairées », dit l’archéologue Kamal Wahid. Elle est la seule pyramide dont les chambres sont entièrement situées au-dessus du niveau du sol. L’entrée est localisée à 28 m de hauteur sur sa face nord. Un couloir descendant mène à un autre couloir horizontal assez court. Celui-ci est suivi de deux antichambres en pierres de calcaire et couvertes de voûtes en encorbellement sur deux faces.

La « Rouge » est très importante dans l’histoire de l’Egypte antique. Au-delà d’être le tombeau de Snéfrou, elle est la première pyramide à faces lisses. C’est elle qui servira d’exemple aux futurs monuments de Guiza.

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