Tourisme > Voyages >

Trois musées, trois chantiers

Nasma Réda, Lundi, 14 décembre 2015

Les trois plus importants musées égyptiens ont récemment fait l’objet de divers travaux de rénovation et d’agrandissement. Etat des lieux à l'occasion de la conférence sur Les Grands Musées du Caire, qui s’est tenue le 6 décembre dernier à l’Institut français.

Les 3 musées

Témoin d’une civilisation remontant à plus de 6 000 ans, le musée de la place Tahrir abrite plus de 160 000 pièces d’antiquités remontant toutes à la civilisation pharaonique. Aujourd’hui, il est question de rénover le musée. « Un million de L.E. ont été consacrées au réaménagement de ce musée, le troisième au monde, affirme Elham Salah, directrice du secteur des musées au ministère des Antiquités. Cette somme permettra de faire des travaux de nettoyage et quelques réparations en urgence, de même qu’elle permettra de rembourser quelques dettes ».

Des travaux de réaménagement avaient débuté l’année dernière dans la partie est du premier étage abritant la collection du jeune pharaon Toutankhamon, en coopé- ration avec le gouvernement allemand et l’Union européenne. Objectif : nettoyer les vitrines et restaurer les murs du musée pour les ramener à leur état d’origine. « Le travail avance lentement. Pour finir les rénovations de toutes les salles du musée, nous avons besoin d’au moins 5 ans de travail continuel. Le musée retrouvera son style architecturel néoclassique datant de 1902, lorsque le bâtiment a été créé par l’architecte fran- çais Marcel Dourgnon », explique Mahmoud Al-Halwagui, directeur des musées provinciaux et ex-directeur du Musée égyptien.

Le Musée égyptien.
Le Musée égyptien.

Le travail en cours consiste à créer un nouvel espace pour l’exposition des pièces avec de nouvelles pancartes explicatives en arabe et en anglais. « Nous devons au départ diminuer le nombre des pièces exposées », affirme Salah. « Il faut donner au visiteur un espace pour qu’il puisse admirer les pièces », ajoute-t-elle. Une étape qui se réalisera au cours des prochaines années, lorsqu’un grand nombre de pièces exposées ou déposées dans les entrepôts du musée seront emmenées au nouveau Musée de la civilisation à Fustat ou au Grand Musée situé près du plateau des Pyramides actuellement en cours de construction. Bien que très encombré, le Musée du Caire est le plus visité d’Egypte. Outre les travaux de rénovation, il est question d’introduire des techniques modernes en matière de muséologie, afin d’attirer les visiteurs et être à la hauteur des récentes évolutions. « Les huit départements du musée opèrent depuis 2007 une documentation très détaillée, afin de faciliter le travail des chercheurs », explique Yasmine Al-Chazli, responsable au bureau de documentation du Musée du Caire.

Le site Internet du musée sera relancé et proposera aux internautes une visite en 3D au sein des différents pavillons du musée. Il est également question de mettre en place une nouvelle application sur téléphone portable, afin de permettre aux navigateurs d’accéder aux informations relatives à chaque pièce exposée. « Nous avons déjà changé le système d’éclairage et le système de sécurité dans toutes les salles du musée », assure le nouveau directeur du musée, Khaled Anani. En effet, il était impératif de renforcer le système de sécurité, surtout que le musée a vécu, au cours des quatre dernières années, des moments difficiles après la révolution de janvier 2011. Aujourd’hui, toutefois, il poursuit son rôle pour approfondir les connaissances et enseigner l’histoire de l’art.

Le Musée d’arts islamiques

Le Musée islamique
Le Musée islamique.

Fermé depuis janvier 2014, après l’explosion d’une voiture piégée qui l’avait gravement endommagé, lui et quelque 2 500 pièces exposées, le Musée d’arts islamiques va bientôt rouvrir ses portes. « Dans un mois ou deux, les portes du musée vont rouvrir et des nouveautés vont émerveiller les visiteurs », a annoncé Ahmad Al-Choki, directeur du musée, lors de la conférence. Ce dernier explique, par ailleurs, que les travaux de restauration et de réaménagement du musée n’ont commencé qu’un an après l’attentat, faute de financement suffisant.

Tout a changé : un nouveau système d’éclairage, de sécurité et d’aération a été mis en place. La présentation des pièces a été modifiée et de nouvelles salles ont été ajoutées. « Nous allons exposer les pièces différemment pour les mettre plus en valeur. Le musée exposera pour la première fois 4 000 pièces, dont 300 nouvelles », souligne Al-Choki. Selon lui, le musée veut se tourner vers l’avenir et attirer non seulement les chercheurs, mais aussi les jeunes et les enfants.

De nouveaux catalogues, livres et panneaux explicatifs ont été rédigés en trois langues.

« L’entrée et la salle Mohamad Ali ont été complètement modifiées », ajoute-t-il. Le musée aura une salle spéciale pour les expositions temporaires, et la salle 22 permettra de diffuser des documentaires ou, à des universitaires, de faire des conférences ouvertes au public. « Puisque nous visons un large public, nous avons fait ces documentaires en cinq langues. Les enfants ont été un élément important qui a été pris en compte pour élaborer le réaménagement et le développement du musée. Pour aider les enfants, le personnage d’Aladin de Walt Disney a été choisi pour leur fournir des explications sur les différents départements du musée, à travers des dessins animés », indique-t-il.

Inauguré le 28 décembre 1903, ce musée abrite l’une des plus importantes collections d’art islamique du monde, avec des collections d’objets datant du VIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Le Musée copte

Le Musée copte.
Le Musée copte.

Le musée copte fêtait ses 100 ans en 2010. Rénové et développé en 2006, il a déjà accueilli 225 000 visiteurs cette année, comme l’affirme Atef Naguib, son directeur. Placé au sein du complexe religieux du Vieux-Caire, ce musée a subi plusieurs réaménagements et restaurations. Dernièrement, les deux bâtiments constituant le musée ont été reliés par une annexe, « et on a installé une salle pour accueillir des expositions spécifiques où l’art copte joue un rôle. Par exemple, en mai dernier, on a célébré la Journée du patrimoine mondial en exposant des pièces uniques de l’art copte », explique son directeur. Le Musée copte possède plus de 16 000 oeuvres et manuscrits de grande valeur.

Mais les trois grands musées du Caire font face à d’importants défis qui remettent partiellement en cause leur développement. Hormis le manque de financement, les responsables sont peu qualifié. « Les visions des gens qui travaillent dans les musées égyptiens manquent de créativité. Ce sont des fonctionnaires inaptes à produire de nouvelles idées », se plaint Elham Salah. Elle ajoute que la muséologie est aujourd’hui une science centrale dans le développement des musées mais qu’elle n’existe pas en Egypte. Selon lui, tant que les musées seront incapables d’employer un personnel dirigeant, formé et visionnaire, les musées égyptiens stagneront.

Ces compétences n’existant pas pour l’instant en Egypte, notamment faute de programmes universitaires dédiés, la seule solution est de faire appel à un personnel étranger. Mais le ministère est loin d’en posséder les moyens. Ce cercle vicieux fait que les musées vont probablement rester dans leur jus un peu désuet avec des aménagements minimaux et un peu de nettoyage de temps en temps.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique