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Comment les pharaons se chaussaient

Nasma Réda, Mardi, 27 octobre 2015

Une exposition sur les souliers de l'époque pharaonique, qui se déroule du 11 octobre au 31 décembre 2015 au Musée du Caire, met en avant certains détails de la vie quotidienne des Anciens Egyptiens.

Comment les pharaons se chaussaient

« Des pas à travers le temps : Les chaussures en Egypte Ancienne ». C’est le thème de l’exposition tenue au Musée du Caire jusqu’au 31 décembre 2015. L’exposition retrace un côté peu connu de la vie quotidienne des Egyptiens, celui des souliers, à travers 47 pièces de différentes époques, allant du début du Moyen Empire (2033-1786 av. J.-C.) à la période gréco-romaine (332 av. J.-C. — 395 de notre ère). Lors de l’inauguration, le ministre égyptien des Antiquités, Mamdouh Al-Damati, a souligné que cette exposition met l’accent sur la vie quotidienne en Egypte Antique et sur le choix vestimentaire des gens du peuple, des prêtres, des hauts responsables et des pharaons. Cette exposition est le fruit d’une recherche approfondie de l’Institut hollandais, présidé par André Veldmeijer (chercheur invité à l’Université américaine du Caire), en collaboration avec les conservateurs du Musée égyptien. Ce projet couronne 10 ans de travail sur les chaussures et les sandales dont les détails sont peu connus. Il montre que les chaussures jouent un rôle important dans la connaissance des sociétés puisqu’elles reflètent les différentes classes sociales, allant du paysan le plus humble au roi. Ces objets non seulement servaient à la protection des pieds mais avaient aussi une signification socioéconomique. Outre la connaissance du développement de la confection des souliers — tailles et formes — qui a évolué à travers le temps, l’étude a fourni des informations précieuses sur ces chaussures et explique les multiples aspects de la vie économiques et culturelle de la société égyptienne de l’époque. Le visiteur peut ainsi naviguer dans le temps et admirer le génie de la civilisation égyptienne, souligne Al-Damati.

Comment les pharaons se chaussaient
Curieusement, sur les statues, les sandales sont souvent portées à la main.

L’exposition montre différents matériaux et couleurs utilisés dans la confection des sandales. Certaines sont en paille, en cuir rouge ou marron, parfois brodées ou illustrées d’inscriptions, alors que d’autres sont en or, en bois ou même en métal. « Parmi les objets exposés il y a la statue du roi Toutankhamon portant des sandales en or, ainsi que la statue d’un serviteur de l’Ancien Empire tenant ses sandales en main », souligne Sabah Abdel-Razeq, directrice générale des expositions temporaires au Musée du Caire. Pour sa part, Veldmeijer explique que sur les parois des temples se trouvent des textes et des inscriptions montrant bien qu’il y avait, à l’époque, des ateliers de fabrication de chaussures avec des superviseurs. « Ce qui m’a paru étrange c’est que la plupart des inscriptions montrent les gens tenant leurs souliers en mains sans les porter », dit Veldmeijer.

Le visiteur peut trouver dans une seule vitrine trois genres de sandales fabriquées avec des matériaux semblables, mais ayant chacune une valeur différente, et reflétant un niveau social différent. D’après l’archéologue, cela sert à montrer la différence entre famille royale, hauts fonctionnaires ou prêtres. D’autres pièces sont exposées selon la fréquence de leur utilisation : celles que l’on portait d’une façon quotidienne, et celles que l’on portait dans les occasions sociales comme lors des fêtes et des célébrations. Enfin, l’époque de conception de ces chaussures est un autre critère important. La fabrication des souliers ou plutôt des sandales et pantoufles diffère d’une période à une autre. L’exposition montre justement la différence de fabrication et d’utilisation entre l’Egypte Ancienne et les époques ptolémaïque et romaine. Les Romains ont d’ailleurs contribué à la fabrication des sandales lors de l’ère chrétienne.

Moyens de fabrication

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Certaines sandales sont réservées à des occasions spéciales.

« En plus des pièces exposées, on trouve des panneaux expliquant comment ces chaussures étaient fabriquées, et où il est aussi indiqué les sites où les archéologues ont découvert certaines sandales », souligne Sabah Abdel-Razeq. La plupart des sandales sont fabriquées avec des branches de palmiers ou de papyrus tressés et décorées de matériaux précieux. « Une paire en cuir avec des boutons dorés a également été trouvée dans la tombe de Toutankhamon. Fort heureusement, ces objets gardent leurs couleurs en bon état depuis leur découverte », souligne Veldmeijer.

Un autre panneau revient sur le développement de la fabrication des souliers à l’époque islamique puis sous les Ottomans. A cette époque, cette industrie était basée sur l’utilisation du cuir comme matériel simple et facile. Les rubans étaient davantage utilisés pour le décor. L’exposition montre également l’influence des expéditions et des invasions étrangères sur la fabrication des chaussures égyptiennes. « Cette exposition n’est que le début d’une série d’autres qui aborderont l’évolution des objets quotidiens à travers le temps : habits, accessoires, ustensiles de cuisine entre autres et qui donnent une idée plus approfondie sur la civilisation égyptienne. Fin décembre, sera tenue au Musée national de la civilisation à Fostat une exposition des métiers et des industries à travers le temps », affirme Khaled Anani, superviseur général du Musée du Caire et directeur du Musée de Fostat.

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