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Préserver les antiquités, un acte antiterroriste

Nasma Réda, Mardi, 19 mai 2015

Réunis en Egypte, des responsables de dix pays arabes et de l'Unesco ont appelé à lutter contre les « destructions sans précédent » de vestiges de l’Antiquité par le groupe Etat Islamique (EI) qui s’adonne à ce pillage pour financer les guerres. Ils se sont entendus pour coordonner leur lutte contre le trafic d’antiquités et pour la protection de leur patrimoine archéologique.

Préserver les antiquités, un acte antiterroriste
Irina Bokova en visite à la mosquée de Amr Ibn Al-Ass.

Les attaques et les menaces contre les sites archéologiques dans le monde arabe s’accroissent jour après jour. Cette triste réalité était le sujet d’une conférence internationale tenue cette semaine au Caire. Intitulée « Propriété culturelle sous la menace : l’impact culturel, économique et sécuritaire du pillage d’antiquités au Moyen-Orient », cette réunion a pour objectif de mettre en place un système de coopération pour la protection du patrimoine culturel. La conférence a regroupé une dizaine de pays arabes dont le patrimoine est menacé, de même que plusieurs organisations internationales, avec l’Unesco en tête. « Lors des dernières années, le vol, le pillage des sites archéologiques et la destruction des antiquités dans la région sont devenus une tactique de guerre au Moyen-Orient. Le commerce illégal des pièces antiques finance les actes criminels de guerre et devrait donc constituer un crime de guerre », a déclaré Irina Bokova, directrice générale de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Selon Bokova, qui a participé à la conférence, il est temps que tous les gouvernements arabes s’unissent, afin de conserver leurs édifices et monuments antiques. Plusieurs propositions ont été lancées lors de cette conférence, pour arrêter ou minimiser autant que possible ces menaces. « Il faut traquer les sources de financement des groupes terroristes comme Daech qui détruisent des civilisations entières pour financer leur guerre », a souligné Adel Fadh Al-Chirchab, ministre iraqien du Tourisme et des Antiquités. En effet, les fouilles clandestines et le trafic des antiquités ont pris une grande part des discussions lors de la conférence.

L’Egypte est l’un des pays les plus touchés par les fouilles illégales et la contrebande des monuments. Le Soudan en souffre aussi. D’après Mohamad Abdel-Karim Al-Had, ministre soudanais du Tourisme et des Antiquités, « des mesures concrètes doivent être prises pour assurer la protection des temples, des palais, … et tous les monuments qui témoignent de la grandeur de nos ancêtres ». Les participants à la conférence se sont également penchés sur les vestiges sous-marins. « Il est tout aussi important de prêter attention aux fouilles illicites sous-marins », affirme Chéhab Abdel-Hamed, co-secrétaire général des musées et des antiquités au Koweït.

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La directrice générale de l'Unesco et le ministre des Antiquités lors de l'ouverture de la conférence. (Photo : AP)

En Syrie, pays qui n’était pas représenté à la conférence, les autorités ont recensé plus de 6 200 objets antiques pillés par des groupes militants et de contrebande au cours des 4 dernières années. « Entre 2011 et 2013, le trafic des antiquités provenant de cinq pays du Moyen-Orient a augmenté de 86 % », selon le ministre iraqien du Tourisme et des Antiquités. Lors de la séance d’ouverture, Deborah Lehr, présidente de « Antiquities Coalition », un groupe d’experts et d’archéologues rassemblés pour lutter contre les destructions du patrimoine à travers le monde, a recommandé d’unifier les efforts, surtout entre les pays arabes, pour contrer ces menaces et sauvegarder le patrimoine culturel à travers des solutions pratiques. Lehr a salué dans ce contexte les efforts égyptiens, surtout au cours des deux dernières années, pour récupérer ses antiquités à l’étranger.

Récupérer les pièces sorties illégalement

Hamdi Loza, ministre égyptien adjoint des Affaires étrangères pour l’Afrique, a annoncé que durant les trois dernières semaines, l’Egypte a réussi à récupérer près de 500 pièces antiques qui se trouvaient notamment aux Etats-Unis et en France. Il affirme que des négociations sont en cours pour la récupération d’autres pièces antiques égyptiennes au Royaume-Uni, en Australie et en Allemagne. « L’Egypte a signé des accords bilatéraux avec un certain nombre de pays, dont les Etats-Unis, pour faciliter la restitution de ces monuments », affirme à son tour le ministre des Antiquités, Mamdouh Al-Damati.

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Bokova a rendu visite au complexe religieux du Vieux-Caire.

Al-Damati réclame la modification de certains articles de la convention de l’Unesco élaborée en 1970. « L’article 6 de cette convention permet d’admettre n’importe quel certificat concernant la pièce antique en question, alors qu’il ne faut reconnaître que les papiers émanant des autorités du pays propriétaire de ce monument », dit-il. Pour l’article 9 qui assure les pays en conflit de la solidarité de l’Unesco, Al-Damati veut que ladite solidarité soit également accordée aux pays qui souffrent de la détérioration de leurs conditions sociales et économiques. Selon lui, les conditions économiques difficiles représentent, tout comme la guerre, un vrai danger pour le patrimoine.

A la clôture de cette conférence de deux jours, les pays arabes participants se sont entendus pour coordonner leur lutte contre le trafic d’antiquités et pour protéger leur patrimoine archéologique. Mme Bokova voit qu’il est important d’avoir la même collaboration entre les ONG et le secteur privé.

Parmi les recommandations figure celle de la création d’un comité de spécialistes et d’experts arabes des antiquités. Ces deniers feront des visites périodiques dans les pays de la région pour sensibiliser les citoyens aux moyens de protection de leur patrimoine. Les pays arabes se sont promis de tenir ce genre de conférence de manière périodique.

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