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Dollar : La recette amère de la relance

Névine Kamel, Mardi, 27 janvier 2015

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a donné la semaine dernière le feu vert à la dépréciation du dollar, dans le but de relancer l’économie. Le taux officiel a augmenté de 25 piastres en une seule semaine.

Le dollar
La BCE vise à réduire le fossé entre le prix officiel du dollar et son prix au marché noir.

Les citoyens égyptiens ont fait la queue devant les bureaux de change, la semaine dernière, pour se procurer du dollar. La cause : le prix officiel du dollar devrait atteindre 7,50 L.E. avant la tenue du Sommet économique, prévu en mars pro­chain, comme le confirme Hani Guéneina, directeur des recherches auprès de la banque d’investissement Pharos Securities. Une hausse qui entraînera par la suite une hausse du prix du billet vert au marché noir. Il pourrait dépasser facilement les 8 L.E. en tenant compte du fait qu’il s’est déjà approché du seuil des 8 L.E. la semaine dernière.

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) permet la dépréciation de la monnaie nationale vis-à-vis du dollar. Elle a permis 5 hausses successives lors de ses enchères hebdomadaires, la semaine dernière. Le dollar a été échangé pour la première fois depuis 7 semaines à 7,39 L.E. jeudi dernier. Les banques ont, par conséquent, adopté une hausse plus grande. Le dollar s’échange actuellement à 7,44 L.E., contre 7,18 auparavant, soit 25 piastres de hausse en une seule semaine.

« La hausse, cette fois-ci, n’est plus liée à la baisse des réserves en devises étrangères. Le gouvernement a fina­lement décidé de baisser le prix de la L.E. vis-à-vis du dollar progressive­ment, avant la tenue du Sommet éco­nomique, afin de transmettre un mes­sage de confiance aux investisseurs étrangers », explique Guéneina.

Et cette hausse ne sera pas la der­nière, selon Guéneina, qui prévoit une nouvelle hausse du dollar à 7,50 L.E. avant la tenue du Sommet écono­mique, et à 8 L.E. au cours du 2e semestre de 2015.

La banque d’investissement Pharos avait, en fait, prévu dans une étude, publiée en novembre dernier, une dépréciation proche de la L.E. vis-à-vis du dollar. Cette étape était prévue selon le rapport avant la fin 2014. « La valeur de la L.E. s’est dépréciée vis-à-vis des autres monnaies, à cause de sa liaison au prix du dollar. Une réalité qui a eu de mauvaises réper­cussions sur la performance des exportations », révèle Guéneina.

Paul Jarvis, chef de la mission du Fonds Monétaire Internationale (FMI) avait partagé, lors d’une récente visite au Caire, cette même opinion. Selon lui, l’Egypte va béné­ficier de l’adoption d’un régime de taux de change flexible, en vue d’atti­rer plus d’investissements étrangers et de créer de nouveaux emplois.

A noter que globalement, le prix du dollar augmente vis-à-vis d’autres monnaies, telles que le yen japonais, qui a perdu 26 % de sa valeur face au dollar depuis janvier 2013. L’intention du gouvernement de lancer des obli­gations en dollars au cours du premier trimestre de l’année en cours a, selon le directeur du département des études à la banque d’investissement Pharos, précipité cette décision. « Cette décision a beaucoup tardé et heureusement elle pourrait avoir des effets positifs sur la classification de l’économie égyptienne », plaide Guéneina, qui exclut comme réper­cussion d’une telle décision le taux d’inflation en Egypte. « Le dollar s’échange actuellement à 7,80 L.E. au marché noir. Il n’y aura pas de grande différence donc, si les com­merçants le vendent à ce prix », dit-il, en affirmant que la hausse du prix officiel du billet vert maintiendra l’équilibre entre les deux marchés, officiel et noir, et n’engendrera pas de hausse parallèle sur le marché noir.

Les prévisions de Guéneina sem­blent pourtant erronées car, suite à la hausse du prix officiel, le prix du dollar sur le marché noir a atteint 8 L.E.

Des banques d’investissement, telles que Beltone, EFG-Hermes, ont fait des publications soutenant cette décision et énumérant ses effets posi­tifs sur l’économie égyptienne.

Qui payent la facture de la hausse ?

Si les analystes financiers applau­dissent la dépréciation de la L.E. vis-à-vis du dollar, les investisseurs sont plus prudents et les consommateurs s’y opposent fortement. « Nous sommes bien au courant de la néces­sité d’une telle décision pour l’inves­tissement et l’économie. Et une telle décision pourrait avoir des effets limités, si la BCE s’exprime avec transparence. Nous voulons savoir le plan futur de la dépréciation de la monnaie pour pouvoir faire nos comptes », explique Walid Hilal, homme d’affaires et PDG de l’entre­prise Al-Hilal wal Negma pour l’élec­troménager. Il ajoute : « La hausse, en soi, a des effets positifs, comme la hausse de la valeur des exportations, mais les hausses successives nous inquiètent, surtout que la BCE n’ar­rive pas à contrôler le marché noir. Un bond du prix du dollar sur le mar­ché noir entraînera une hausse du coût de la production ».

Le gouverneur de la BCE avait assuré fin 2014 que la BCE prendrait des « mesures techniques » pour faire disparaître le marché noir du dollar d’ici 6 mois à un an, sans préciser ces mesures. Or, jusqu’à présent, la BCE n’a rien entrepris. Par contre, elle n’a pas allégé les restrictions imposées depuis janvier 2011 sur l’octroi du dollar, que ce soit pour les passagers ou pour les hommes d’affaires. En fonction de ces régulations, le passa­ger doit présenter le passeport et le billet d’avion pour pouvoir acheter le dollar au prix officiel. La somme allouée diffère d’une banque à l’autre. De même, la BCE a fixé le montant autorisé des transferts des particuliers à l’étranger à 100 000 dollars annuel­lement. Quant aux entreprises, la priorité est exclusivement donnée aux biens stratégiques, notamment le pétrole et le blé.

Ahmad Al-Zeini, président de la Chambre des matériaux de construc­tion auprès de l’Union des indus­tries, est plus sévère dans son juge­ment. Selon lui, les industriels et les commerçants vont, comme d’habi­tude, abuser d’une telle hausse pour augmenter les prix et accumuler leurs profits. « Le prix d’une tonne de fer à béton dépasse de 100 L.E. le prix international. Et ce, bien que les banques procurent aux usines le dol­lar au prix officiel », se lamente-t-il. Al-Zeini s’attend à une hausse des prix des produits importés sur le marché égyptien, tels que le blé, les voitures, ainsi que les produits locaux comptant sur les matières premières importées. « Bref, le consommateur sera la victime », conclut-il .

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