Economie > Economie >

La pilule amère du dollar cher

Gilane Magdi, Mardi, 02 décembre 2014

La Banque Centrale d'Egypte permet la dépréciation de la monnaie nationale vis-à-vis du dollar pour ne pas épuiser ses réserves.

La pilule amère du dollar cher
La Banque Centrale a récemment fermé 14 bureaux de change accusés de manipulation (Photo:AP)

Ayman, un importateur des biens d’équipements, peine à se procurer auprès de sa banque le montant nécessaire en dollars pour partir à l’étranger : « J’ai rassemblé 6 500 dollars seulement auprès de deux banques au prix officiel, soit 7,17 L.E. Alors que j’ai acheté 2 500 dollars auprès d’un bureau de change pour 7,65 L.E. par dollar », se plaint-il. Et d’ajouter que c’est la première fois que cela lui arrive depuis six mois.

Cet importateur est l’exemple des milliers d’hommes d’affaires qui, depuis deux mois, rencontrent des difficultés à trouver du billet vert et endurent la hausse de son taux de change ainsi que celle des coûts de production qui l’accompagnent. Ce qui a amené de nombreux investisseurs à revoir à la baisse leurs importations.

Officiellement pourtant, le taux de change est resté inchangé : le prix de vente du dollar est de 7,14 L.E. et le prix d’achat 7,17 L.E. La chaîne de télé Bloomberg a estimé la semaine dernière que l’écart entre le prix officiel et le prix du dollar sur le marché parallèle s’élevait à 8 %. Rien que le mois dernier, le prix du billet vert sur ce marché est passé de 7,50 à 7,68, soit un bond de 2,4 %.

La première cause directe de la hausse du prix du dollar est liée au remboursement, le 28 novembre, d’une dernière tranche de 500 millions de dollars du dépôt qatari (2,5 milliards de dollars versés à l’Egypte sous le régime des Frères). Le gouvernement actuel a décidé de restituer cette somme sans puiser dans les réserves internationales auprès de la Banque Centrale d'Egypte (BCE). « Il est vrai que le Koweït a accordé au nouveau gouvernement un dépôt d’un milliard de dollars, mais les dépenses publiques dépassent les ressources », explique Hany Guéneina, directeur des recherches auprès de Pharos Securities. Il souligne notamment les imports en blé ainsi que les créances cumulées que l’Organisme public du pétrole doit rembourser aux sociétés étrangères et qui s’élèvent à 6 milliards de dollars.

La deuxième raison est le besoin des entreprises à se fournir en matières intermédiaires importées. Avec la reprise de l’économie, les pressions exercées par ces entreprises pour obtenir le dollar augmentent. Dans son rapport publié par le 26 novembre, la maison Pharos Securities affirme que la majorité des sociétés qu’elle couvre payent de 60 à 70 % de leurs besoins en dollars, obtenus grâce au marché parallèle. L’exemple le plus évident est celui des sociétés de fer et de ciment, selon le même rapport.

Pour sa part, la BCE fait porter la responsabilité aux bureaux de change, dont la majorité serait gérée par les Frères musulmans. Ce sont donc ces derniers qui sont accusés de manipulation. La BCE a récemment fermé 14 bureaux de change sur un total de presque 150. « Nous les avons avertis plusieurs fois et il n’y avait plus d’autre solution que la fermeture », a affirmé le gouverneur de la BCE, Hicham Ramez, en marge de la conférence de l’Union des banques arabes tenue à Beyrouth il y a près de deux semaines.

La tendance

se maintiendrait en 2015

Ramez a assuré que la BCE prendrait des « mesures techniques » pour faire disparaître le marché noir du dollar dans une période de 6 mois à un an, sans préciser ces mesures. Or, jusqu’à présent la BCE n’a pas allégé les restrictions imposées depuis janvier 2011 sur l’octroi du dollar, que ce soit pour les passagers ou pour les hommes d’affaires. En fonction de ces régulations, le passager doit présenter le passeport et le billet d’avion pour pouvoir acheter le dollar au prix officiel. La somme allouée diffère d’une banque à l’autre : la banque libanaise Bloom ne donne que 1 000 dollars alors que la Qatari National Bank fournit jusqu’à 5 000 dollars. De même, la BCE fixe le montant de transfert des particuliers à l’étranger à 100 000 dollars annuellement. Quant aux entreprises, elles peuvent transférer la somme qu’elles souhaitent à condition de disposer d’un compte en dollars, couvrant cette somme et de fournir les documents d’importations nécessaires. Mais pour ceux qui ont besoin d’acheter des dollars auprès des banques pour payer leurs importations, la priorité est exclusivement donnée aux biens stratégiques, notamment le pétrole et le blé.

Malgré un discours officiel qui se veut rassurant, la dégringolade de la Livre Egyptienne face au dollar se maintiendra selon toute vraisemblance au moins pendant l’année prochaine. Le rapport de Pharos prévoit le recours du gouvernement à dévaluer la Livre en 2015. « Le cours officiel du dollar pourrait atteindre 7,50 L.E. en mars et 8 L.E. fin 2015 », prévoit Hany Guéneina. Selon lui, le gouvernement serait obligé de prendre cette mesure pour ne pas perdre ses marchés d’exportations. « Au niveau global, le prix du dollar augmente vis-à-vis d’autres monnaies telles que le yuan japonais qui a perdu 26 % de sa valeur face au dollar depuis janvier 2013. L’Egypte va bénéficier de l’adoption d’un régime de taux de change flexible, en vue d’attirer plus d’investissements étrangers et de créer de nouveaux emplois », a noté de son côté Paul Jarvis, chef de la mission du Fonds Monétaire Internationale (FMI) lors d’une récente visite au Caire .

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique