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Les télécoms d’Egypte peinent à percer

Dahlia Réda, Lundi, 01 décembre 2014

Un rapport onusien souligne le recul de l’Egypte dans le domaine des télécoms et classe le pays 8e de la région arabe, déjà en retard par rapport au reste du monde. Explications.

Les télécoms d’Egypte peinent à percer

Infrastructuresinappropriées, faiblesse des salaires et de l’économie ont fait reculer l’Egypte de deux places sur l’indice du développement des technologies de l’information et de la communication (IDI). Mais le gouvernement n’a pas fait connaître officiellement les raisons de cette détérioration. Le sixième rapport de l’Union Internationale des Télécommunications (International Telecom Union ITU), publié en coopération avec le bureau de représentation des Nations-Unies, souligne en effet ce recul de l’Egypte, passée de la 87e position en 2013 à la 89e en 2014, sur un total de 166 pays dans le monde.

La moyenne de la région arabe à laquelle appartient l’Egypte, sur l’indice IDI, est de 4,55 pts, un chiffre en deçà de la moyenne internationale (4,77 pts). Les pays arabes sont classés au 5e rang, après l’Europe (7,14), les pays de l’Est de l’Europe (5,33), l’Amérique (4,86) et l’Asie (4,57). Bref, les pays arabes ne devancent que les pays d’Afrique (2,31). Et dans le cadre régional, l’Egypte est classée au 8e rang parmi les pays arabes, devancée par Bahreïn, les Emirats arabes unis en tête de liste suivis du Qatar, de l’Arabie saoudite et d'Oman.

Le ministre égyptien des Télécommunications, Atef Helmi, blâme la détérioration de l’infrastructure, soulignant que « 85 % de l’infrastructure technologique a besoin de rénovation ». C’est pourquoi le gouvernement créera une nouvelle société pour moderniser l’infrastructure et introduire la 4G sur le marché. Le gouvernement peine depuis quelques mois à convaincre les trois opérateurs de portable ainsi que Telecom Egypt (public) d’y participer. « Il existe encore quelques petits problèmes pour que la nouvelle entité puisse voir le jour », souligne Helmi.

Le rapport, intitulé Guide intenational de mesure d’évaluation de développement technologique, note en outre une chute du nombre d’abonnés de lignes fixes de l’ordre de 9 % dans la région. L’Egypte ne fait guère exception. Mohamad Kamal, chef du département des relations aux investisseurs auprès de Telecom Egypt, explique que la croissance de la téléphonie portable a affecté le nombre d’abonnés de lignes fixes, ayant connu un recul à 6,8 millions d’abonnés actuellement contre 7,08 millions début 2014 et 13 millions quelques années plus tôt.

En ce qui concerne la vitesse des échanges des données sur Internet, le rapport souligne une déficience au niveau de la bande passante par utilisateur en Egypte. « Celle-ci ne dépasse pas les 15 000 Mbit/par utilisateur annuellement, contre un record régional aux Emirats arabes unis de 52 000 bit par utilisateur », note Karim Abdel-Ghani, coordinateur régional de l’ITU. Et d’expliquer que la présence de plusieurs câbles sous-marins permet aux Emirats d’avoir une part très élevée des bandes passantes internationales.

Les télécoms d’Egypte peinent à percer

« Initiative nationale du PC »

L’Egypte compte toujours un nombre limité d’ordinateurs personnels. Le nombre de ménages possédant des ordinateurs ne dépasse pas les 8 millions (sur 82 millions d’habitants), dont 2,9 millions seulement sont connectés à Internet. Cela donne le tiers du taux régional moyen de 46 %. Ahmad Al-Oteifi, professeur de technologie à l’Université d’Aïn-Chams, appelle à répéter l’expérience adoptée il y a une dizaine d’années, quand le gouvernement a subventionné l’achat d’ordinateurs. Il souligne que « le pays a besoin d’une initiative nationale pour le PC, cela peut être fait à travers un programme d’aide sociale accordée aux cycles primaires et préparatoires dans le but de booster l’entrée des PC dans les gouvernorats du pays. Il faudrait, de plus, encourager les fournisseurs d’accès à l'Internet à présenter des offres à prix très bas, consacrés à la sensibilisation des écoliers dans le cadre de leur programme de responsabilité sociale ».

La saturation du marché des portables (les lignes opérationnelles couvrent quelque 115 % de la population) a entraîné une amélioration du nombre d’utilisateurs d’Internet des portables atteignant 46,2 millions de personnes, salue le rapport. De plus, le nombre d’utilisateurs d’Internet mobile est en amélioration puisque le nombre de tablettes connaît une hausse. Mais le rapport montre aussi que ce taux d’accès à l’Internet à travers le portable est de 40 %, « un taux considéré comme proportionnellement bas, par rapport aux autres pays de la région », affirme Karim Abdel-Ghani. Et d’expliquer : « L’accès à l’Internet à travers le portable est un service très cher en Egypte, ne convenant pas aux niveaux de salaires très bas du pays ».

Le ministère des Télécommunications s’est défendu en déclarant un plan visant à attirer 120 milliards de L.E. d’ici à 2020. Le tiers de cette somme sera destiné à l’amélioration de l’infrastructure, selon le ministre des Télécommunications, Atef Helmi. Ce plan reposera sur la mise en oeuvre de 20 initiatives, dont la plus importante vise à étendre un réseau d’infrastructure qui servira à accroître les services d’accès à Internet, pour un coût d’investissement de 45,1 milliards de L.E. Le ministre des Télécommunications a souligné qu’un plan pour créer 7 nouveaux parcs technologiques dans différents gouvernorats est déjà entamé, avec un investissement total de 16 milliards de L.E.

Le rapport, rendu public le 24 novembre dernier, mesure le degré de développement de la technologie de l’information et des télécommunications (ICT International Development Index, IDI) sur le cadre mondial. Le rapport observe aussi l’équité technologique dans le monde, notamment l’égalité dans les services TIC présentés dans les zones rurales comme urbaines. Il note également qu’une analyse a été introduite pour la première fois cette année dans le rapport, liant l’accès à Internet, sa pénétration et son coût, aux évolutions de plusieurs conjonctures du marché, et qui affectent le classement des pays. Pour Karim Abdel-Ghani, « les trois dernières années d’instabilité politique ont énormément affecté les plans de réforme que le ministère des Télécoms devait normalement prendre pour développer son infrastructure ». Sans dire qu’il faut, pour avancer, des réformes économiques et sociales au-delà de celles qui touchent simplement les télécoms .

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