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Les Egyptiens financent l’expansion du Canal

Névine Kamel et Salma Hussein, Lundi, 18 août 2014

Le financement du projet d'expansion du Canal de Suez sera assuré à travers des certificats d'investissement remboursables au bout de 5 ans et offrant un taux d'intérêt de 12 %.

Les Egyptiens
(Photo : Mohamad Abdou)

Il s’agit de faire d’une pierre deux coups. Le gouvernement égyptien a opté pour les certifi­cats d’investissement, un outil d’endettement public longuement oublié (voir encadré), pour financer le projet d’élargissement du Canal de Suez. Ainsi, il accélère le processus qui lui permet de réunir la somme nécessaire en très peu de temps.

Le premier ministre, Ibrahim Mahlab, a annoncé lors d’une confé­rence, jeudi, que le creusement et l’approfondissement du Canal coû­teront 60 milliards de L.E. Le finan­cement sera assuré par le biais de certificats d’investissement rem­boursables après 5 ans. Ils seront émis par les banques égyptiennes à partir du 24 août. La décision a été prise lors d’une réunion du président Sissi avec le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), le premier ministre et les ministres de la Coopération internationale, des Finances et de l’Investissement. La souscription sera gérée par 3 banques publiques.

Le choix le plus aisé

Les certificats d’investissement sont le choix le plus aisé. D’une part, ils n’exigent ni de longues procé­dures, ni de modifications de lois. Cela évite donc les plus longues pro­cédures des obligations, dont le lan­cement doit être précédé d’un pro­cessus d’évaluation. De plus, les obligations ne sont pas accessibles aux particuliers, mais aux institu­tions financières, égyptiennes et étrangères.

Le gouvernement a également écarté l’idée proposée par certains experts financiers, même partielle­ment, le projet par le biais d’actions, fermant ainsi la porte à un débat hou­leux sur une possible privatisation du Canal. Le gouverneur de la Banque Centrale, Hicham Ramez, a dit dans des déclarations aux médias: « Nous avons changé d’avis pour des rai­sons sécuritaires. C’est un projet qui concerne une des ressources impor­tantes du pays et nous avons décidé d’éviter tout risque ».

Il s’agit en fait, comme l’affirme l’ex-directeur du fonds d’investisse­ment de la banque Al-Ahly, Essam Khalifa, d’un moyen garanti d’em­prunt pour le gouvernement, ainsi que d’un moyen d’investissement hautement rentable pour les citoyens. « Contrairement aux actions et aux obligations, les certificats ne sont pas échangeables sur le marché financier », dit-il.

Opération séduction

Les certificats seront émis en 3 catégories, 10, 100 et 1000 L.E., pour mobiliser les petits et les grands épargneurs. Il y en aura en livres égyptiennes sur le marché local et en dollars pour ceux qui travaillent à l’étranger. Les taux d’intérêt sont fixés à 12% sur les certificats en monnaie locale et à 3% pour ceux en dollar. Les intérêts sur les certificats seront payés trimestriellement.

Selon la banque d’investissement Beltone, ce taux est plus élevé que celui des autres outils d’épargne sur le marché. « C’est 100 à 150 points de base de plus que le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires d’une durée similaire ». A titre de comparaison, le taux d’intérêt sur le certificat d’épargne Platinium, émis par la Banque Al-Ahly, l’un des certificats à intérêt le plus élevé sur le marché, offre un rendement de 10,5% sur un dépôt de 3 ans. Par ailleurs, les certi­ficats Diamond, émis par la même banque, offrent un taux d’intérêt de 1,89 % sur les dépôts de 3 ans en dollar. « Le gouvernement a choisi de cibler les larges segments de petits investisseurs qui peuvent se per­mettre d’acheter ces certificats, sans même détenir des comptes bancaires (10% seulement de la population en possèdent un) » explique Riham Al-Dessouqi, experte économique.

Un plan B

La tâche n’est cependant pas aussi facile qu’elle le semble. Car il faut la contribution de 60 millions d’Egyptiens, si chacun verse 1000 L.E., pour pouvoir couvrir la somme requise. Si le coût du projet n’est pas couvert, Hicham Ramez dit que d’autres banques privées peuvent être appelées à une nouvelle sous­cription. Ramez prévoit aussi une réunion avec les hauts responsables des banques publiques et privées pour mettre en place un prêt conjoint visant à assurer les besoins du finan­cement si la souscription des certifi­cats ne couvre pas le montant solli­cité. Le gouverneur de la BCE a confirmé que seules les banques nationales au début seront en charge de l’opération, et que deux banques, à savoir la banque qatari QNB et HSBC, seront exclues totalement pour des raisons politiques. Ramez a ajouté: « Il s’agit en fait d’un lance­ment limité, qui durera un mois au maximum, pour collecter les sommes nécessaires au financement. Le gou­vernement ne peut pas continuer longtemps à émettre des certificats d’investissement car il n’aurait alors pas les moyens de payer les taux d’intérêt ». Il a ajouté que les taux d’intérêt de la première année seraient payés à partir des revenus annuels du Canal.

Le premier ministre a clairement fait savoir que l’émission des certifi­cats aura lieu dimanche prochain. Face aux craintes d’une intervention étrangère dans le projet, un respon­sable au ministère des Finances, qui a préféré garder l’anonymat, assure que « les certificats seront émis seu­lement aux particuliers et aux insti­tutions égyptiennes». Il ajoute: « le lancement de cette souscription ne signifie pas que les gens posséde­ront des actions dans le Canal de Suez. Le gouvernement emprunte au peuple ». La source nie l’incapacité du gouvernement à payer les intérêts sur les certificats du Canal de Suez, soulignant que le gouvernement a « décidé d’allouer une partie des revenus du Canal pour le rembour­sement des intérêts ».

Qu'est-ce qu'un certificat d'investissement ?

Un certificat d’investissement est un outil d’endettement public lancé depuis les années 1960 pour financer les projets nationaux hors du budget. La Banque d’investissement national (la banque du gouvernement)

émet des certificats et la banque Al-Ahli s’occupe de leur gestion, moyennant une commission. D’après la loi, les particuliers, les secteurs public et privé peuvent se procurer des certificats. Dans le passé, offrir des certificats d’investissement en cadeau était une pratique très en vogue.

Aujourd’hui, les Egyptiens sont appelés à renouveler cette tradition pour financer le projet du développement du Canal de Suez.

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