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Bourse  : Par là vient la croissance

Gilane Magdi, Mardi, 13 mai 2014

Le gouvernement égyptien, en coordination avec le secteur privé, envisage la vente des parts de sociétés publiques et privées en Bourse. Les liquidités dégagées permettraient de raviver l’activité économique. Le plan ouvre cependant le débat sur le retour de privatisation. Dossier page 9 et 10.

Bourse
Le secteur agroalimentaire est prometteur en Bourse.

Dans la salle luxueuse d’un hôtel 5 étoiles, des investisseurs, des responsables et des cadres supérieurs de banques commerciales sont réunis. On se croirait dans l’une de ces conférences que le gouvernement Nazif avait coutume d’organiser pour tonifier la croissance. L’idée est d’inciter les entreprises publiques et privées à lancer des parts de leur capital en Bourse. D’où la décision de rassembler des responsables et de potentiels acheteurs et intermédiaires. « Le moment est propice pour lancer de nouveaux titres en Bourse. Notre économie a connu une croissance de 2% seulement au cours des trois dernières années. Il faut donc injecter de nouveaux investissements, chose qui ne peut être faite qu’à travers le marché financier », déclare le président de la Bourse égyptienne Mohamad Omrane, en inaugurant la première conférence des offres publiques initiales en Bourse, tenue le 6 mai.

La conférence a célébré le lancement en Bourse de la société Ciment Al-Arabiya dont le capital est détenu majoritairement par une société espagnole. « Le lancement privé des actions (59 millions de titres) de ce groupe a été couvert 11,3 fois alors que le prix fixé de l’action pour l’offre publique initiale a été fixée à 9 L.E. », selon un communiqué de presse de la société le 11 mai dernier. Le groupe envisage de collecter 120 millions de dollars de la Bourse en lançant entre 22,5% et 30 % de son capital en offre publique initiale. L’action Ciment Al-Arabiya sera échangée officiellement en Bourse le 21 mai.. C’est la première offre publique initiale d’achat depuis 4 ans. L’opération sera gérée par le groupe financier EFG-Hermes et la maison de courtage CI Capital. Quatre banques d’investissement ont révélé lors de la conférence le lancement en Bourse de 10 autres sociétés privées. « Il s’agit d’injecter du sang neuf dans trois secteurs : l’agroalimentaire, l’énergie et l’immobilier », révèle à l’Hebdo Alaa Saba, directeur exécutif de la banque d’investissement Beltone Financial. Et d’ajouter que le premier et le troisième secteurs ont connu des taux de croissance très élevés malgré le ralentissement économique, alors que le deuxième jouit d’un fort potentiel de croissance en Egypte en raison de la libéralisation attendue des prix de l’énergie par le gouvernement.

L’ambition de réunir des fonds pour développer les entreprises existe aussi bien dans le secteur public que privé. Ainsi, les responsables gouvernementaux multiplient les appels aux banques d’investissement pour qu’elles encouragent les petits investisseurs à créer des fonds d’investissement. Le but est, à travers ces investissements, de restructurer les sociétés du Secteur public des affaires. « Nous étudions la création d’un fonds souverain pour les sociétés du Secteur public des affaires. Le financement seraobtenu à travers le lancement des parts de sociétés en Bourse », a déclaré le ministre du Commerce, de l’industrie et de l’Investissement, Mounir Fakhri Abdel-Nour.

De même, les ministères du Transport et des Télécommunications ont présenté à l’issue de la conférence différents projets publics que le gouvernement veut financer à travers le marché financier (voir encadré). Lancer une société en offre publique initiale d’achat est une opération qui consiste à vendre au public une partie ou l’intégralité des actions d’une société. L’offre est proposée à toutes les personnes qui veulent investir en Bourse et devenir détentrices d’actions dans une ou plusieurs entreprises, qu’il s’agisse de particuliers ou d’investisseurs institutionnels comme les banques d’investissement, les banques commerciales ou autres entreprises.

Les sociétés ont recours à cette mesure pour réunir les fonds nécessaires à leur expansion ou pour répondre à leurs engagements financiers sans s’endetter auprès des banques. De même, le lancement des nouveaux titres en Bourse va secourir l’économie en fournissant les liquidités nécessaires aux sociétés privées et publiques. C’est pourquoi, le marché financier a bien accueilli la nouvelle ces introductions en Bourse après un arrêt de quatre ans. « Le marché est assoiffé de nouveaux produits. Il y a un problème de manque d’offres en Bourse », lance Mohamad Omrane, qui fait allusion à la sortie de la société OCI (Orascom Construction and Industries), de Mobinil et de la banque NSGB (National Société Générale Bank). Selon lui, une étude a montré que dans un marché financier actif, 0,5 % de nouveaux produits augmentent de 1 % la croissance du PIB.

Long et coûteux

Mais les procédures des OPA ne sont pas aisées. Les sociétés publiques et privées doivent se préparer préalablement pour répondre aux critères de cotation en Bourse, ce qui est long et coûteux. « La société qui veut émettre des actions en Bourse au cours du 4e trimestre doit commencer aujourd’hui à se préparer à la cotation.

Habituellement, certaines sociétés mettent au moins 2 ans pour se préparer, alors que d’autres ont besoin de restructuration avant leur introduction en Bourse qui nécessite au moins 6 mois », explique Karim Awad, directeur exécutif du groupe financier EFG-Hermes, en ajoutant que cette phase est plus longue pour les sociétés publiques. Par exemple, la société d’agroalimentaire Domti a révélé son intention de lancer ses actions en Bourse au cours des deux prochaines années. Cette société, dont le capital est possédé majoritairement par la famille Damati doit appliquer certaines règles dont l’intégration de 3 conseillers extérieur à la société au sein du conseil d’administration du groupe. La préparation des sociétés ne se limite pas à l’application des critères de gouvernance et de transparence. Elle doit aussi adopter une stratégie bien définie pour mieux attirer les investisseurs. Certains affirment que pour les sociétés publiques, les problèmes sont plus difficiles. Tout d’abord, il y a le refus public de revenir à la privatisation (voir page10). De plus, la plupart des entreprises publiques dont une part minoritaire a été lancée en Bourse ne sont pas plus performantes. Car la direction est restée la même. « C’est vrai que le lancement des sociétés publiques comme Telecom Egypt et Amoc ont eu un grand succès depuis 6 ans. Aujourd’hui, la situation est différente. Les sociétés du Secteur public des affaires ne réalisent pas de profits », explique Moustafa Badra, expert financier. Et d’ajouter que les petits investisseurs sont méfiants envers l’investissement dans ces sociétés, pour ne pas perdre leurs capitaux. Mais le gouvernement a bien préparé le terrain quant à ces craintes. La meilleure preuve est l’adoption de nouvelles règles de cotation des sociétés en Bourse il y a 4 mois par l’Organisme public du marché financier. La condition d’avoir réalisé au minimum deux ans de profits pour être coté en Bourse a été abandonnée dans le cas des holdings. Ce qui signifie que les sociétés déficitaires peuvent désormais être cotées à condition que l’actionnaire détenant la majorité du capital ne vende pas sa part jusqu’à ce que la société réalise des profits.

Le prochain lancement en Bourse d’une partie du capital de Ciment Al-Arabiya sera un test sur la viabilité de la nouvelle orientation politique.

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