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Balance des paiements : L’Egypte maintient l’équilibre

Gilane Magdi, Mercredi, 09 décembre 2020

Le déficit de la balance des paiements a augmenté durant l’exercice 2019-2020 sous l’effet du coronavirus. Mais les transferts des Egyptiens à l’étranger ont permis de rétablir l’équilibre. Explications.

Balance des paiements : L’Egypte maintient l’équilibre
L’excédent de la balance des services a baissé du tiers avec le recul des revenus touristiques. (Photo : AFP)

La pandémie du Covid-19 a lourdement pesé sur la balance des paiements. Selon le bilan annuel publié par la Banque Centrale d’Egypte (BCE), la semaine dernière, le déficit de la balance a fortement augmenté passant à 8,5 milliards de dollars en 2019-2020 contre 102 millions de dollars en 2018-2019. « Bien que le solde des transactions courantes soit resté quasiment stable, les autres balances ont subi une dégradation en raison de la chute des revenus en devises étrangères et de la sortie des capitaux sous l’effet de la pandémie du coronavirus », explique à l’Hebdo Alia Mamdouh, directrice du département de recherche à la banque d’investissement Beltone Financial.

La balance des paiements mesure notamment l’ensemble des flux économiques (biens, services, capitaux, etc.) entre un pays et le reste du monde au cours d’une année. Elle inclut 3 indicateurs principaux, à savoir la balance des comptes courants, la balance des capitaux et la balance financière.

La balance des comptes courants, qui recense les échanges internationaux des biens et des services ainsi que les revenus du travail et du capital et les transferts courants, a été la moins affectée. Son déficit a connu une légère hausse passant à 11,2 milliards de dollars en 2019-2020 contre 10,9 milliards de dollars l’année précédente. « L’économie égyptienne a absorbé l’impact du choc financier mondial résultant de la crise sanitaire, et les transactions courantes de l’économie égyptienne avec le monde extérieur ont été stables au cours de l’exercice 2019-2020, dont la seconde moitié a connu des répercussions négatives dues au coronavirus », souligne le communiqué de presse de la BCE. Cette dernière a expliqué que la hausse du déficit du compte courant avait été modeste grâce à la bonne performance de la balance commerciale ainsi qu’à la hausse des transferts des Egyptiens à l’étranger, compensant ainsi la baisse dans l’excédent de la balance des services, lourdement affectée par la baisse des revenus du tourisme.

L’excédent de la balance des services a baissé de 31,5 % pour atteindre 8,9 milliards de dollars en 2019-2020 contre 13 milliards de dollars en 2018-2019. Et ce, suite au recul des revenus provenant du secteur du tourisme (9,8 milliards de dollars en 2019-2020 contre 12,5 milliards de dollars en 2018-2019). Mona Bedeir, analyste économique à la banque d’investissement Prime Holding, explique que les indicateurs du quatrième trimestre de 2019-2020 reflètent les répercussions de la pandémie du coronavirus. « Entre avril et juin, l’excédent de la balance des services a chuté de 83 % enregistrant seulement 550 millions de dollars en raison du déclin des revenus du tourisme de 90 % à 305 millions de dollars. Cette chute énorme est la pire depuis l’accident de l’avion russe en 2015 qui avait lourdement affecté les vols à destination de l’Egypte », note-t-elle, en assurant que le secteur du tourisme ne reprendra pas son niveau d’avant la crise qu’après la disponibilité d’un vaccin.

Fonds rapatriés, la bouée de sauvetage

Alors que la chute des revenus touristiques a exercé des pressions sur la balance des paiements, les rapatriements de fonds par les Egyptiens de l’étranger et la performance de la balance commerciale ont rétabli l’équilibre. « La hausse des transferts des travailleurs à l’étranger et le recul du déficit de la balance commerciale non pétrolière ont apaisé les pressions dues à la crise sanitaire sur la balance des paiements », note le communiqué de presse de la Banque Centrale. Les transferts des Egyptiens à l’étranger sont toujours la source principale des revenus en devises. Ils ont augmenté de 10,3 % pour atteindre 27,7 milliards de dollars en 2019-2020 contre 25,1 milliards de dollars l’année dernière. « Ce chiffre dépasse largement nos prévisions qui étaient de 24 milliards de dollars », indique Alia Mamdouh. Elle prévoit une hausse plus modeste l’année prochaine. Ces prévisions vont de pair avec celles de Mona Bedeir qui assure que l’impact de la pandémie du coronavirus sur les transferts des Egyptiens à l’étranger ne sera significatif que durant le premier trimestre de 2020-2021. « L’impact de la situation sanitaire n’est pas encore ressenti sur les transferts. Nous prévoyons une baisse considérable dans les années à venir. La demande sur la main-d’oeuvre égyptienne dans les pays du Golfe devrait baisser pour deux raisons. D’une part, le ralentissement économique prévu dans ces pays par les institutions internationales, de l’autre, l’intensification des efforts de nationalisation de l’emploi dans les pays du Golfe, ce qui va réduire leur dépendance par rapport à la main-d’oeuvre étrangère », prévoit-elle.

La performance de la balance commerciale s’est améliorée malgré la pandémie avec une baisse du déficit de 5,2 % (36 milliards de dollars en 2019-2020 contre 38 milliards de dollars en 2018-2019). Ce recul est justifié en grande partie par la hausse des exportations non pétrolières à 17,8 milliards de dollars contre 16,9 milliards de dollars l’année précédente, compensant partiellement le recul des exportations pétrolières de presque le quart. De même, les importations pétrolières ont baissé, passant à 8,9 milliards de dollars contre 11,5 milliards de dollars l’année précédente.

Recul des flux financiers

« La crise sanitaire a largement influencé le mouvement des capitaux dans le monde car les capitaux sont sortis des marchés financiers », affirme la Banque Centrale qui note la baisse annuelle des rentrées nettes d’Investissements Etrangers Directs (IED) de 9,7 % (7,4 milliards de dollars en 2019-2020 contre 8,2 milliards de dollars en 2018-2019). Cette baisse a affecté le compte financier qui retrace l’ensemble des opérations financières relatives aux IED. Les rentrées nettes de flux financiers du compte du capital (qui recense les opérations d’achat ou de vente d’actifs non financiers ainsi que les transferts de capitaux comme les remises de la dette) et du compte financier ont baissé de moitié (5,3 milliards de dollars en 2019-2020 contre 10,5 milliards de dollars en 2018-2019). « La chute était significative pendant le quatrième trimestre de l’année (11 %) pendant lequel les IED ont atteint 1,5 milliard de dollars seulement », affirme une note de Prime Holding. Le communiqué de la Banque Centrale note aussi le recul majeur des investissements dans le secteur pétrolier (qui représente 60 % du total des IED) de 68,2 % pour atteindre 1,1 milliard de dollars en 2019-2020. « L’état d’incertitude, qui règne dans le monde sous l’effet de la pandémie du coronavirus, a incité les multinationales pétrolières à réviser leurs plans d’investissement dans les marchés émergents, y compris l’Egypte. Les investissements étrangers directs subiront d’autres baisses durant la prochaine période », prévoit Mona Bedeir. Quant à l’investissement de portefeuille, il a connu des sorties nettes de capitaux de 7,3 milliards de dollars durant l’exercice financier actuel contre des rentrées nettes de capitaux de 4,2 milliards de dollars en 2018-2019. La note de Prime Holding affirme que cette chute énorme de l’investissement de portefeuille a eu lieu durant le dernier trimestre (80 %). Celui-ci se situe désormais autour de 637 millions de dollars seulement.

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