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Des sukuk pour attirer de nouveaux investisseurs

Marwa Hussein, Mercredi, 11 novembre 2020

L’Egypte pourra bientôt émettre ses premiers sukuk souverains, afin d’attirer les investisseurs islamiques. Un pas de plus dans le plan de diversification de la dette publique.

Des sukuk pour attirer de nouveaux investisseurs
Les investisseurs dans les sukuk viennent des pays qui préfèrent les transactions islamiques comme la Malaisie et l’Arabie saoudite.

Le conseil des ministres a approuvé, mercredi 4 novembre, une nouvelle loi pour émettre des sukuk souverains (bons islamiques) qui sera soumise au parlement pour approbation, puis au président Abdel-Fattah Al-Sissi pour ratification. Une fois que le parlement et le président auront approuvé la loi, le pays émettra ses premiers sukuk souverains, a indiqué le ministère des Finances. « Cette décision introduira l’Egypte dans le monde de la finance islamique, qui a enregistré 2,7 billions (trillions) de dollars de transactions à la fin du mois de juin dernier », a déclaré le ministre des Finances, Mohamed Maeit. Dans le budget de l’Etat, le gouvernement avait prévu d’émettre des sukuk d’une valeur de 400 millions de dollars.

Le projet de loi sur les sukuk permettra au ministère d’attirer des investisseurs qui cherchent à investir conformément aux principes de la charia islamique. « En émettant ce type de sukuk, l’Egypte va attirer de nouveaux segments d’investisseurs qui injecteront des fonds et des liquidités supplémentaires sur le marché financier gouvernemental égyptien et contribueront à réduire le déficit budgétaire public de l’Etat », a souligné Maeit. Le ministre a déclaré que les sukuk souverains autoriseront l’utilisation des actifs détenus par l’Etat selon le système du droit bénéficiaire (usufruit). Il a ajouté que le ministère des Finances avait rédigé le projet de loi après avoir consulté les ministères concernés, les entités et les banques islamiques qui ont une expérience à cet égard pour s’assurer que les sukuk respectent la charia. Le ministère n’a cependant pas encore révélé les actifs qui vont soutenir ces sukuk.

« Les investisseurs dans les sukuk viennent des pays qui préfèrent les transactions islamiques comme la Malaisie et l’Arabie saoudite, qui sont parmi les pays les plus actifs dans ce domaine », explique Mona Bédeir, économiste auprès de la banque d’investissement Prime. L’émission des sukuk fait partie du plan du gouvernement de diversifier ses sources d’emprunt et de financement loin des méthodes traditionnelles, afin de financer le déficit budgétaire et de restructurer la dette publique. En octobre, l’Egypte est devenue le premier pays au Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à émettre des obligations souveraines vertes sur la Bourse de Londres, d’une valeur de 750 millions de dollars. « Le plan de réduction de la dette du gouvernement exige la diversification du portefeuille de dette. L’idée est d’attirer de nouveaux secteurs d’investisseurs et d’équilibrer les taux d’intérêt et la maturité des dettes », explique Mona Bédeir.

Objectifs à moyen terme

L’objectif initial de la dette publique dans le budget de l’Etat pour l’exercice 2020-2021 était d’atteindre 83 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Cependant, ce taux devrait atteindre 88 % en raison des répercussions économiques de la pandémie. Mais le gouvernement est déterminé à réduire la dette par rapport au PIB sur le moyen terme. Le ratio devrait commencer à baisser à partir de 2021-2022 pour atteindre 87,8 %, atteignant 77 % en 2024-2025, selon un rapport du Fonds Monétaire International (FMI). A travers la diversification et la restructuration de sa dette, l’Egypte a réussi à allonger la maturité de sa dette à 3,2 ans en juin dernier, contre 1,3 an en juin 2013. On s’attend à ce qu’elle s’allonge à 3,8 ans à compter de juin 2021, selon le ministre des Finances. L’Egypte s’est engagée à allonger la maturité de ses dettes afin de réduire les vulnérabilités de la dette dans le cadre d’un accord de financement de 5,2 milliards de dollars signé avec le FMI en juin. Cet accord représente un moyen de diversification et de restructuration de la dette. « Avec les sukuk, les obligations vertes, les bons de trésors, les Eurobons, les accords de financement multilatéraux et bilatéraux, le gouvernement a créé une grande diversification des sources d’endettement, permettant de mieux gérer la dette », affirme Mona Bédeir.

L’endettement local fait également partie du plan du gouvernement, le ministère des Finances a annoncé qu’il émettrait 26 appels d’offres pour des bons du Trésor et des obligations, d’une valeur totale de 196,5 milliards de L.E., en novembre 2020. La décision du ministère s’inscrit dans le cadre d’un plan d’Etat, à travers lequel le gouvernement vise à emprunter 640 milliards de L.E. sur le marché local.

Le marché des sukuk est en pleine expansion. Selon l’agence de notation Fitch Ratings, les volumes d’émission de sukuk au cours de l’année 2020 devraient être similaires aux niveaux de 2019, malgré le stress sans précédent lié à la pandémie du coronavirus. « A mesure que les conditions du marché se redresseront, l’offre des sukuk devrait augmenter avec l’augmentation des besoins de financement », prévoit l’agence de notation, estimant que les sukuk souverains devraient rester les principaux contributeurs aux volumes globaux de sukuk, tout en prévoyant que les émissions des sukuk par les institutions financières et les entreprises devraient également augmenter.

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