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Budget 2020-2021 : Priorité aux salaires

Amani Gamal El Din, Mardi, 07 avril 2020

Le ministre des Finances a publié le budget préliminaire 2020-2021. Bien que les chiffres ne soient pas encore définitifs, l’accent est mis sur la réforme des grilles salariales, notamment celles du personnel soignant, et sur une meilleure protection sociale. Décryptage.

Des mesures exceptionnelles sont  annoncées, notamment une hausse de  75 % des primes destinées aux
Des mesures exceptionnelles sont annoncées, notamment une hausse de 75 % des primes destinées aux médecins et aux infirmiers qui travaillent pour contrer le coronavirus.

Malgré la crise du Covid-19 et une récession économique mondiale menaçante, le ministre des Finances, Mohamad Maeit, a publié le budget préliminaire pour l’année fiscale 2020-2021, affirmant qu’il s’agit du « plus grand budget de l’histoire du pays ». « L’Egypte vise, pour l’année fiscale à venir, une croissance de 6,4 % du PIB et une réduction du déficit budgétaire à 6,3 % du PIB, soit de 400 milliards de L.E. », a déclaré le ministre. Il prévoit un accroissement du PIB en 2020-2021. Celui-ci devrait atteindre 7,15 trillions de L.E., contre 6,16 trillions de L.E. au cours de l’année fiscale 2019-2020. Le surplus primaire de 2 % devrait être maintenu.

« La réalisation de ces chiffres constituera un défi pour le gouvernement, vu les effets de la pandémie de Covid-19 qui a frappé la croissance mondiale », explique Mona Bédeir, macroéconomiste auprès de la Banque d’investissement Prime. Selon les projections de Capital Economics, les chiffres relatifs à la croissance dans le monde entier connaîtront une baisse de 1,3 %. Selon la même source, la croissance en Egypte devrait se chiffrer aux alentours de 5 %.

Selon toute vraisemblance, le ministère des Finances a publié les prévisions budgétaires d’avant la crise du coronavirus. « Le budget préliminaire n’a pas pris en compte les conséquences attendues du coronavirus, et a maintenu les chiffres publiés pendant les deux derniers mois. Le gouvernement veut envoyer un message pour rassurer la population », dit Mohamad Abou- Bacha, directeur du département de la recherche auprès de la banque d’investissement EFG-Hermes. Un avis que partage Mona Bédeir, surtout à la lumière de la récession attendue au niveau mondial. « Les prévisions affirment que l’année 2020-2021 sera marquée par un recul des recettes fiscales à cause de la baisse des bénéfices des entreprises, des revenus du Canal de Suez et de l’Organisme du pétrole. Mais les réformes engagées il y a trois ans ont donné au gouvernement l’espace fiscal nécessaire pour manoeuvrer dans les moments de crise », dit la macro-économiste. Et d’ajouter : « Le gouvernement semble vouloir dire que les réserves budgétaires peuvent combler les lacunes financières et couvrir des plans d’urgence pour quelques mois encore ». Mona Bédeir pense que la remise du budget sous cette forme était une exigence de pure procédure et de délai légal, d’autant plus qu’il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de l’épidémie de coronavirus.

Mesures d’urgence

Partout dans le monde, comme l’indique Capital Economics, les responsables des politiques publiques ont pris des mesures draconiennes au niveau du budget pour contrer les effets du Covid-19. Si Maeit n’a pas changé les chiffres, il a porté un intérêt particulier aux grilles salariales, notamment celles des médecins. Le montant des dépenses dans le budget préliminaire pour l’année fiscale 2020- 2021 est de 1,7 trillion de L.E., contre 1,3 trillion de recettes. 335 milliards de L.E. sont consacrés aux salaires des employés de l’Etat, soit une hausse de 34 milliards de L.E. (11,3 %). Cela inclut l’augmentation des salaires de base de 7 % pour les employés concernés par la loi du service civil, et de 12 % pour les autres employés, non concernés par la loi, avec un seuil minimum de 75 L.E. et des primes supplémentaires se situant entre 150 et 375 L.E. sur les salaires nets.

Des mesures exceptionnelles sont par ailleurs annoncées, notamment une hausse de 75 % des primes destinées aux médecins et aux infirmiers qui travaillent pour contrer le coronavirus, soit un total de 2,25 milliards de L.E. « Ainsi, la prime minimum sera de 700 L.E. au lieu de 400 L.E. et la prime maximum passera de 700 L.E. à 1 225 L.E. Quant aux professeurs des hôpitaux universitaires dépendant des facultés de médecine, ils bénéficieront des hausses normales sur les salaires de base soit 7 % ou 12 % », a déclaré Maeit.

Une autre évolution au niveau des primes a été annoncée par Maeit concernant les 12 000 médecins diplômés en 2019 et des médecins résidant auprès des hôpitaux universitaires y compris ceux de l’Université d’Al-Azhar. Ils verront leurs primes, situées entre 400 et 700 L.E., augmenter à 2 200 L.E. mensuels. Ces hausses devraient totaliser 316 millions de L.E. « 100 millions de L.E. ont été débloqués immédiatement pour le Conseil suprême des hôpitaux universitaires afin de financer les augmentations destinées aux nouveaux médecins résidents. Les augmentations destinées aux équipes de médecins et d’infirmiers entreront en vigueur ce mois-ci et seront financés par le fonds public Tahya Masr, en attendant le déblocage du budget de la nouvelle année fiscale en juillet prochain », explique Mona Bédeir. Et d’ajouter : « L’Egypte doit se concentrer sur les secteurs qui peuvent être des moteurs de croissance en temps de crise, comme la consommation privée, les équipements médicaux et pharmaceutiques ainsi que les loyers résidentiels ».

Plus de sécurité sociale

Selon le ministre, le montant des subventions s’élèvera à 100,2 milliards de L.E., 8 milliards seront alloués au soutien des exportations. Les sommes dédiées aux assurances sociales connaîtront une hausse également et s’élèveront à 326,3 milliards de L.E., dont 19 milliards pour les fonctionnaires retraités et au programme Takafol wa Karama. 170 milliards de L.E. iront à l’Organisme général des assurances et des retraites pour payer une partie des sommes dues par la trésorerie de l’Etat à l’organisme. Cela inclut les primes de 14 % qui doivent être débloquées pour les retraités ainsi que les hausses des allocations consacrées aux logements subventionnés à hauteur de 5,7 milliards, avec un taux de croissance de 70 % afin d’élargir la base des bénéficiaires. Un plan d’urgence a été mis en place par le ministère de la Solidarité sociale pour les familles et les personnes vulnérables, car dépendantes d’un travail journalier. Les travailleurs journaliers et les familles dont le gagne-pain a été interrompu sont appelés à remplir un formulaire pour recevoir une aide mensuelle de 500 L.E. « Ces sommes viendront des allocations de Takafol wa Karama », explique Mona Bédeir.

Une autre initiative, baptisée « Vie décente », a en outre été lancée par les partenaires du développement de la société civile, le secteur privé et le gouvernement pour élargir l’ombrelle de la protection sociale. 2 milliards de L.E. ont été débloqués en 2019-2020 en faveur de cette initiative. Celle-ci se focalise sur la création d’emplois et l’autonomisation économique à travers les 375 villages parmi les plus pauvres, dans les gouvernorats d’Assiout, de Sohag, de Minya et de Béheira.

Pour l’instant, il est trop tôt pour procéder à une évaluation précise de la situation. Il serait sage d’attendre le plan détaillé de répartition budgétaire, avec une réactualisation des chiffres, fin mai, heure à laquelle on connaîtra aussi mieux les conséquences de la crise du coronavirus sur l’économie l

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