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L’emploi, un gage d’avenir

Chérine Abdel-Azim et Névine Kamel, Mardi, 10 décembre 2019

La lutte contre le chômage est un grand défi pour les gouvernements africains, afin d'assurer un avenir stable aux jeunes du continent. Comment relever ce défi ? Les participants de la 14e Conférence économique africaine 2019, du 2 au 4 décembre, à Charm Al-Cheikh, ont tenté d'apporter des réponses.

L’emploi, un gage d’avenir

Charm Al-Cheikh,

De nos envoyées spéciales —

Identifier les besoins du marché du travail, réformer le système éducatif et restructurer l’économie sur le continent africain, tels sont les défis principaux auxquels font face les gouvernements du continent pour lutter contre le chômage. C’est ce qu’ont affirmé les participants de la 14e Conférence Economique Africaine (CEA) 2019, qui s’est déroulée du 2 au 4 décembre à Charm Al-Cheikh.

La conférence, dont le thème était « Emplois, entreprenariat et développement durable pour la jeunesse africaine », était co-organisée par la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique et le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Les participants — ministres, PDG des compagnies privées, des experts, des professeurs d’économie et des chercheurs — ont discuté des obstacles empêchant les gouvernements du continent africain de fournir des emplois aux jeunes. Or, ils conviennent qu’il ne s’agit pas simplement d’offrir des emplois, mais de créer des emplois décents et d’assurer un niveau de vie convenable.

Les chiffres relatifs au chômage et à la capacité des différentes économies africaines à fournir aux jeunes des emplois sont alarmants. La ministre égyptienne de l’Investissement et de la Coopération internationale, Sahar Nasr, a appelé les décideurs politiques africains à faire preuve d’audace. Lors de la séance plénière d’ouverture de la CEA, elle a exhorté les responsables africains à prendre des mesures pour réduire les lourdeurs bureaucratiques et les coûts élevés pour tout entrepreneur qui souhaite lancer son activité. « Les jeunes sont les principaux moteurs de notre continent et notre espoir pour une nouvelle Afrique. Nous devons réfléchir à une stratégie et planifier des actions en faveur des jeunes », a ainsi déclaré la ministre.

Pour le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Tareq Amer, qui est également le gouverneur représentant l’Egypte auprès de la Banque africaine de développement, « il s’agit d’une question qui intéresse tous les décideurs politiques du continent : nous avons tous l’ambition de créer des emplois et de stimuler l’entreprenariat. La question est de savoir comment convertir cette ambition en réalité ».

Selon Charles Leyeka Lufumpa, économiste en chef par intérim et vice-président de la Banque africaine de développement, le déficit d’emplois chez les jeunes — une population en pleine croissance — est devenu une considération socioéconomique et politique inquiétante, qui nécessite des solutions urgentes et pragmatiques, tournées vers l’avenir. « L’inactivité peut entraîner des agitations et des conflits », a-t-il averti. Et d’ajouter : « Avoir un emploi décent est un élément essentiel de la dignité humaine. L’absence d’emploi peut menacer notre tissu social et notre cohésion ».

L’important rôle du secteur privé

Pour atteindre les objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 des Nations-Unies, la question de la productivité des jeunes est cruciale pour la compétitivité de l’Afrique. Selon Adam Elhiraika, directeur de la Division macroéconomie et gouvernance de la CEA, les gouvernements devraient inclure dans les programmes éducatifs des modules d’entreprenariat pour les étudiants des établissements secondaires, des écoles techniques et des universités.

Les gouvernements africains et les partenaires du développement doivent aussi aider les jeunes entrepreneurs à identifier les plans d’aide financière, notamment les programmes de subvention, pour des idées novatrices comportant des avantages multiplicateurs, les fonds renouvelables et les fonds de garantie. « L’Afrique doit travailler dur pour faire de ses villes des moteurs de croissance, qui, à leur tour, généreront des emplois pour les jeunes et assureront une croissance équitable sur le continent, sans laisser quiconque de côté, comme c’est énoncé dans l’Agenda 2030 des Nations-Unies pour le développement durable », a soutenu Adam Elhiraika.

Selon une étude présentée par Haroon Bhorat, professeur d’économie et directeur de l’unité de recherche sur les politiques de développement à l’Université de Cape Town, 41,4 % des jeunes vivent sur le continent africain. Or, le taux de chômage en Afrique s’élève à 11,9 %. Pire encore, 37,7 % des employés sur le continent africain ont un travail à bas revenu. « Le problème est que le secteur public représente environ 60 % des emplois sur le continent africain. Le gouvernement n’est plus capable d’assumer un tel fardeau. Le secteur privé doit jouer son rôle. Une telle restructuration est urgente », a indiqué Haroon Bhorat. Le professeur d’économie a également mentionné un autre point important : « L’agriculture n’est plus capable de fournir des emplois à bons revenus. Les services de même. L’industrie doit acquérir une plus grande part dans la croissance économique, étant le secteur le plus capable de fournir des emplois décents ».

Un avis partagé par Hanan Morsy, directrice du département des politiques macroéconomiques, des prévisions et de la recherche de la Banque africaine de développement. Selon elle, le continent doit s’appuyer davantage sur les secteurs à productivité élevée. C’est le seul moyen de fournir des emplois décents. « Le continent africain a réussi, au cours des dernières années, à réaliser un taux de croissance de 4 %. Or, ce pourcentage — bien élevé — ne s’est pas reflété sur le marché du travail. Les opportunités d’emploi demeurent limitées. Pour changer cette situation, le secteur privé doit jouer un rôle plus efficace dans la création d’emplois », a-t-elle souligné.

Répondre aux besoins de l’industrie

Pour Adam Elhiraika, le problème n’est pas seulement le manque d’emploi, mais aussi le fait que 76,5 % des jeunes qui travaillent en Afrique sont menacés, puisque la grande majorité des emplois se situent dans le secteur agricole. « Le continent africain doit élaborer une stratégie pour lutter contre le chômage. Cette stratégie doit se baser sur la diversification des secteurs économiques ainsi que sur la restructuration du système éducatif », a-t-il résumé.

L’absence de compétences capables de répondre aux besoins du marché du travail sur le continent constitue un autre problème qui aggrave celui du chômage. A cet égard, le ministre égyptien de l’Education, Tareq Chawqi, a présenté l’expérience égyptienne. « Nous avons complètement transformé le système éducatif en Egypte », a-t-il dit, précisant que le gouvernement et le secteur public ont lancé une initiative commune pour former les jeunes de manière à répondre aux besoins de l’industrie. Il s’agit d’écoles techniques travaillant en coopération avec le secteur privé et qui procurent une formation allant au-delà de la théorie. Les jeunes passent ainsi deux jours au sein d’usines pour mettre en pratique les leçons théoriques. « Ce système commun, financé par le secteur privé, fournit à l’industrie de jeunes compétents », a indiqué le ministre. La coopération entre les gouvernements et le secteur privé s’avère ainsi être le mot-clé pour lutter contre le chômage en Afrique.

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