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Vers un doublement du prix de l'essence

Névine Kamel, Mardi, 02 octobre 2012

Le gouvernement envisage de réduire drastiquement les subventions sur l’essence et le gaz. Il souhaite accorder 70 milliards de L.E. à ces aides contre 115 l’année dernière. Mais la crainte d’une grogne sociale pourrait remettre à plus tard ces décisions.

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Photo: AP

Les propriétaires de voiture éprouvent tous une vive inquiétude ces jours-ci. La raison en est bien connue : le gouvernement a confirmé la restructuration prochaine des subventions accordées à toutes les catégories d’indice d’octane : 80, 90, 92 et 95. Le gouvernement vise en fait, dans le nouveau budget, une baisse des subventions de quelque 7 milliards de L.E., pour atteindre 13,742 milliards.

Plusieurs alternatives ont été présentées, mais rien n’a encore été tranché. « Il est temps d’entreprendre cette réforme. L’Egypte paie cher la facture de ces subventions : beaucoup de citoyens sont privés d’éducation et de traitement médical à cause de l’absence de ressources financières étatiques adéquates. Et pour ajouter à la catastrophe, ces subventions profitent aussi bien aux riches qu’aux pauvres », confie Ossama Kamal, ministre du Pétrole, à l’Hebdo. La part des subventions accordées à l’énergie s’élevait à 115 milliards de L.E. du budget 2011-2012, la part de l’essence représentant 24 % du total, soit 21 milliards, selon les chiffres du ministère des Finances. « Une petite tranche de la population, appartenant dans la grande majorité à la classe moyenne, profite de ces subventions. Les classes démunies en Egypte ne possèdent pas de voiture », ajoute le ministre. Selon les chiffres provisoires du gouvernement, le nombre de citoyens qui possèdent une ou plusieurs voitures ne dépasse pas les 10 millions. Le gouvernement a élaboré un avant-projet pour la restructuration des subventions accordées à l’essence, sans fixer de date pour sa mise à exécution. Il s’agirait de supprimer l’octane 80 pour le remplacer par un octane d’indice 85, plus cher. Le prix de celui-ci n’a cependant pas encore été fixé. L’octane 90, quant à lui, passerait de 1,75 actuellement à 3 L.E. par litre. Il resterait toujours subventionné, sachant que son coût de production s’élève à 4,58 L.E. par litre. Le prix du litre d’octane 92 passerait à 3.25 L.E. contre 1,85 actuellement, pour un coût de production de 4,76 L.E. Les subventions accordées à l’octane 95 seraient, elles, totalement supprimées, et il serait vendu à 5,77 L.E. le litre contre 2,75 actuellement. « Cette restructuration fournirait 8 milliards supplémentaires au budget de l’Etat », confirme le ministre du Pétrole.

Comment le gouvernement mettrait-il en place cette restructuration ? L’affaire n’est pas encore tranchée, en particulier pour les indices d’octane 90 et 92. Le ministre du Pétrole a dévoilé la distribution des coupons à chaque citoyen qui possède un permis de conduire, ouvrant droit à 1 800 litres par an, toute consommation supplémentaire étant traitée selon les nouveaux prix. Le gouvernement avait annoncé précédemment le chiffre de 1 500 litres. Ces coupons ne concerneraient que les voitures de moins de 1 600 cc. Une autre alternative est en cours d’étude : celle des cartes intelligentes. Cependant, comme le confirme Amr Hammouda, expert pétrolier, « ce système sera plus compliqué à mettre en place parce qu’il nécessite des procédures et des technologies qui coûtent cher ». Quelle que soit la méthode choisie, « les résultats seront médiocres », explique-t-il, pour ajouter que « nous parlons ici d’une somme de 8 milliards de L.E. Presque rien. En particulier parce que l’impact négatif de cette réforme sera beaucoup plus grave. Une hausse du prix de l’essence ne permettra qu’une faible hausse des ressources financières de l’Etat, qui sera immédiatement absorbée par une série de hausses des prix d’autres produits très importants ». Un saut du taux d’inflation est, en effet, logiquement à prévoir en parallèle. Il conclut qu’« avant de modifier l’économie du marché interne de l’essence, et afin de garantir que ces modifications aient l’effet souhaité, il faut mettre en place un système de surveillance et de contrôle sévère du marché. Sinon, c’est le simple citoyen qui paiera encore une fois la facture ». Le jeu ne paraît pas en valoir la chandelle l

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