Economie > Economie >

Où et comment investir son argent en Egypte ?

Gilane Magdi, Mardi, 18 juin 2019

Alors que les ménages égyptiens font face à la hausse générale des prix, les choix d’investissements sont dictés par deux facteurs spécifiques : un rendement optimum et une facilité de liquidation. Tour d’horizon des bons et des mauvais plans.

Où et comment investir son argent en Egypte ?
Le dollar a perdu 87% de sa valeur depuis le début de l'année, mais les cours pourraient revenir à la hausse. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Or, dollar, dépôts bancaires, immobilier ou Bourse, les outils d’investissements sont multiples et bien connus. Le tout est de savoir dans quoi investir. La question est d’autant plus préoccupante par les temps qui courent à cause de la hausse des coûts de la vie. Les experts et les analystes interviewés par Al-Ahram Hebdo ont tous insisté sur l’importance de diversifier le portefeuille d’investissement pour limiter les risques en recourant à des outils d’investissements faciles à transformer en liquide. « Il ne faut pas mettre tous les oeufs dans un seul panier. Il faut diversifier le portefeuille en se basant sur deux critères importants : la facilité de liquidation au moment de besoin et le meilleur rendement », explique Mona Bédeir, économiste senior auprès de la banque d’investissement Prime Securities. Selon elle, si l’on se base sur ces critères, l’investissement en or arrive en tête de liste : l’or garde sa valeur comme refuge en moment de crise pour les investisseurs, soit au niveau mondial ou national. Opinion partagée par Hany Tawfik, ex-président de l’Union arabe pour l’investissement direct, qui a conseillé de partager le portefeuille d’investissement à égalité entre l’or et les dépôts bancaires.

Les cours du métal jaune ont fluctué dès le début de l’année entre hausse et baisse, tant au niveau national qu’au niveau mondial. Mais le recul des cours du billet vert a maintenu la tendance à la baisse au cours des trois derniers mois.

« La baisse des cours du dollar en Egypte, qui est passé de 18 L.E. à 16,97 L.E. ces six derniers mois, a influencé les cours de l’or qui ont eux aussi baissé de 7 % au cours des trois derniers mois. Pourtant, malgré la baisse des prix, le marché de l’or souffre de récession, et ce, à cause des mauvaises conditions économiques des citoyens », a souligné à la presse Wasfi Wassef, président du département de l’or au sein de l’Union des chambres de commerce, tout en précisant que le gramme d’or 21 carats est passé de 656 L.E. à 608 L.E., quant au gramme d’or 18 carats, il est passé de 563 LE à 521 L.E. Un recul que Mona Bédeir considère comme une opportunité d’achat pour les investisseurs, d’autant plus que, selon toutes les prévisions, les prix vont à nouveau grimper dans l’avenir au niveau mondial et, par conséquent, en Egypte. « L’affaiblissement de l’économie américaine pourrait pousser la Banque fédérale américaine à abaisser ses taux directeurs pour donner un coup de pouce à la croissance. Cela rend le dollar et les obligations moins rémunérateurs, et les investisseurs ont alors tendance à se rabattre sur l’or, autre valeur refuge mais qui ne propose pas de dividendes », explique le journal français Le Figaro dans son numéro publié le 14 juin.

Les dépôts bancaires attirants à court terme

L’investissement dans les dépôts bancaires arrive au deuxième rang après le métal jaune. Bédeir conseille d’investir dans les certificats d’investissements à un taux d’intérêt fixe (remboursable sur 3 ans ou 5 ans) en raison de la baisse prévue du taux d’intérêt d’ici à la fin de l’année. Opinion partagée par Esraa Ahmad, une analyste économique auprès de la banque d’investissement Shuaa Capital, qui donne le même conseil aux investisseurs en prévoyant la baisse des intérêts pendant le mois de novembre ou de décembre prochains.

« Les dépôts bancaires sont un bon choix à l’heure actuelle en raison de la hausse des intérêts, qui vont probablement baisser dans la période à venir », souligne-t-elle. La baisse de l’inflation reste l’objectif majeur de la politique monétaire de la Banque Centrale d'Egypte (BCE). Celle-ci a baissé les taux d’intérêt une seule fois en février dernier avec le recul de l’inflation. Les taux d’intérêt sur les dépôts et les emprunts atteignent actuellement 15,75 % et 16,75 % respectivement. Le dernier rapport publié par la banque d’investissement Shuaa Capital la semaine dernière prévoit la stabilisation des taux d’intérêt durant l’été. « La BCE entend maintenir les taux d’intérêt sur la position actuelle pour maintenir la valeur de la livre et réduire la vague inflationniste », note le rapport. Esraa Ahmad a déclaré que le taux d’inflation se situerait entre 15,8 % et 16 % au cours du premier trimestre du prochain exercice fiscal 2019-2020.

Le retour du dollar à la hausse

L’investissement dans le billet vert arrive en troisième position après l’or et les dépôts bancaires. « C’est une grande opportunité d’acheter le billet vert aux prix actuels. Certes, la tendance à la baisse du dollar se prolonge — le billet vert a perdu environ 87 piastres depuis le début de l’année —, mais elle n’est pas durable et nous prévoyons le retour des cours à la hausse de nouveau », explique Mona Bédeir, qui prévoit un taux de change aux alentours de 17,9 L.E. jusqu’à la fin 2019. Mona décrit ce recul comme étant une tendance non durable en prévoyant le retour du billet vert à la hausse. « La chute du dollar revient à la hausse des influx en dollars provenant du tourisme, des transferts des Egyptiens travaillant à l’étranger et enfin, des investissements des étrangers dans les bons de Trésor », souligne-t-elle. Selon la BCE, les recettes du tourisme ont augmenté de 36,4 % dans la première moitié de l’année fiscale 2018-2019, atteignant 6,8 milliards de dollars, contre 4,9 milliards de dollars pendant la même période en 2017-2018.

Selon le ministère des Finances, les investissements étrangers dans les titres publics ont atteint, au mois d’avril, 16,7 milliards de dollars, contre une moyenne de 12 milliards en 2017-2018. Et d’après la BCE, en février dernier, ils se chiffraient à 14,3 milliards de dollars, contre 13,2 milliards en janvier. Mais Bédeir assure qu’à long terme, le billet vert va reprendre sa force face à la monnaie nationale. « A la fin de l’année, la BCE va baisser ses taux d’intérêt de 2 % à 4 %. Cela va inciter les milieux des affaires à emprunter des banques, ce qui va augmenter par la suite la demande sur le dollar en raison de la hausse des importations de biens d’équipements. Le dollar reprendra ainsi son envol », renchérit-elle. Donc, l’investisseur pourra réaliser des profits résultant de la différence entre le prix de vente et d’achat.

Les nouvelles entreprises publiques émises en Bourse, une opportunité

Pour ce qui est de la Bourse, la difficile phase que traverse le marché financier entrave les petits investissements en Bourse. Cependant, Issa Fathi, vice-président du département des titres financiers au sein de l’Union des Chambres de commerce, estime que l’investissement dans les titres financiers représente malgré cela une opportunité pour les petits investisseurs, avec le lancement des nouvelles entreprises gouvernementales dans le cadre du programme gouvernemental d’introduction en Bourse connu sous le nom d’Initial Public Offering (IPO) lancé depuis deux ans. « D’après le plan gouvernemental, entre 20 et 30 % de la Banque du Caire seront lancés en Bourse d’ici la fin de cette année. Ce genre d’introduction est une opportunité pour les petits investisseurs pour réaliser des gains similaires à ceux réalisés du lancement de télécommunications Telecom Egypt », souligne-t-il.

Il y a deux ans, le gouvernement avait lancé le programme d’IPO qui consiste à lancer 23 entreprises publiques en Bourse, soit en introduisant des entreprises pour la première fois, soit à travers l’augmentation des parts des entreprises déjà cotées en Bourse. Durant cette période, la Bourse égyptienne est passée par une phase de fluctuation de ses indices boursiers qui étaient dans le rouge la plus grande partie du temps, et de baisse du niveau de liquidités quotidiennes, qui variaient entre 200 000 et 600 000 L.E., contre 1,5 million auparavant. Opinion partagée par Hany Tawfik qui ajoute que l’investissement dans les bons de Trésor gouvernementaux représente aussi un outil d’investissement plus rentable.

L’immobilier, un mauvais choix

Pendant longtemps, investir sans le secteur d’immobilier était considéré comme une valeur sûre. Ce n’est plus le cas, disent les spécialistes. « Bien que l’investissement dans l’immobilier soit rentable à long terme, ce n’est pas un bon choix à court terme en raison de l’état de récession frappant le secteur, la hausse des prix et la difficulté de liquidation », explique Mona Bédeir. Mais Tarek Fathi, président de la Chambre de développement immobilier, conseille les investisseurs de profiter de la longue période de remboursement offerte par les entreprises d’immobilier. « Au cours des deux dernières années, les entreprises immobilières ont allongé les périodes de remboursement à 8 et 9 ans contre 3 ans auparavant. Cet avantage ne va pas durer longtemps et les entreprises vont baisser les périodes de remboursement de nouveau dans deux ans », explique-t-il.

Le marché immobilier était un excellent refuge pour l’épargne après la décision de flottement du dollar vis-à-vis de la livre égyptienne prise en novembre 2016. Mais le secteur fait face à de nouvelles variables associées aux difficultés de revente d’individu à individu dans le marché dit secondaire.

Ainsi, prévue en juillet prochain, l’annulation des subventions à l’énergie, qui, elle-même, provoquera une hausse des prix des matériaux de construction tels que le fer à béton et le ciment, conduira à une augmentation du prix de l’immobilier. « Cette hausse sera d’à peu près 30 % », estime Hany Al-Assal, vice-président de la Chambre de développement immobilier au sein de l’Union des industries, au journal Al-Shorouk, il prévoit également « un recul de la demande de 20 % d’ici la fin de cette année ».

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique