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Sanctions américaines contre l’Iran: Le marché pétrolier peut s’adapter

Claire Fages (RFI), Dimanche, 27 mai 2018

Les nouvelles sanctions américaines contre Téhéran ne bouleverseront pas le marché pétrolier. Celui-ci peut en effet s’adapter, estiment les experts.

Les cours du pétrole ont parlé: après avoir frôlé les 80 dollars jeudi dernier, suite à l’an­nonce des sanctions américaines contre Téhéran, le prix du baril de Brent s’est replié vendredi à un peu plus de 77 dollars. Une accalmie en phase avec l’appréciation des experts selon lesquels les sanctions contre l’Iran ne devraient pas perturber outre mesure le marché pétrolier mondial. L’Iran est pour­tant redevenu un exportateur majeur de pétrole. Le numéro trois de l’Opep a doublé ses ventes à l’étranger depuis la levée des précédentes sanctions, il y a près de deux ans et demi. L’Iran exporte un million de barils supplémentaires par jour (à 2,5 millions de barils par jour).

Pourtant, les nouvelles sanctions améri­caines devraient davantage ébranler le régime de Téhéran que ses exportations pétrolières. Tout d’abord, l’Europe n’est pas associée aux sanctions. A moins qu’elle le décide plus tard, pour pousser l’Iran à réviser son programme balistique et sa politique au Moyen-Orient. L’Union européenne peut continuer à acheter le pétrole iranien si elle le fait en euro, et en passant par des intermé­diaires qui n’ont pas d’intérêts majeurs aux Etats-Unis.

Les clients asiatiques, qui représentent plus de 70% des débouchés du pétrole iranien, devraient de leur côté pouvoir négocier de larges exemptions de Washington, s’ils mon­trent leur bonne volonté en diminuant un peu les achats à l’Iran, ce qu’ils ont déjà com­mencé à faire. Les Américains n’ont aucun intérêt ni à tourmenter le Japon et la Corée du Sud, leurs grands alliés, ni à titiller l’allié instable qu’est la Turquie. Ils ne pourront rien imposer à la Chine. Pékin se fera un plaisir d’éviter le dollar et d’utiliser le yuan. Quant à l’Inde, elle a rodé lors des précédentes sanc­tions un système de troc et de paiement en roupies, sa monnaie locale, avec l’Iran.

Riyad, le grand gagnant

L’impact concret des sanctions américaines sur le marché pétrolier mondial pourrait donc être mineur. Elles entraîneront une diminution des exportations iraniennes de 500000 barils par jour, peut-être, estime Vera Deladoucette, une analyste d’IHS Markit, soit 0,5% des besoins mondiaux. Or, l’Arabie saoudite s’est déjà dit prête à fournir les barils manquants. C’est finalement la grande gagnante des nou­velles sanctions américaines contre l’Iran !.

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