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L’or perd du terrain

Marwa Hussein, Dimanche, 10 septembre 2017

La situation économique pousse les Egyptiens à délaisser l'or comme valeur refuge au profit des produits de première nécessité.

L’inflation qui passe de record en record a réduit considérable­ment le pouvoir d’achat des Egyptiens. L’or était traditionnelle­ment la valeur refuge préférée d’une partie importante de la population. Cependant, cette fois-ci, le marché de l’or n’a pas bénéficié de la crise. Au contraire, les ventes ont baissé à en croire différents témoignages. « Le marché a stagné jusqu’à la der­nière semaine du mois du Ramadan », indique Wasfi Amin Wassef, prési­dent de la division de l’or auprès de l’Union des chambres de commerce. Avant d’ajouter que le marché a repris légèrement les jours du petit Baïram, vu qu’il s’agit d’une saison de mariage. « Toutefois, malgré la reprise saisonnière, le niveau de vente reste incomparable à celui des années précédentes, surtout avant la révolution. Si les ventes ont légère­ment augmenté avec le grand Baïram, autre saison de noces, le niveau reste faible », renchérit Wassef, qui souligne que les Egyptiens donnent actuellement la priorité aux produits de première nécessité et non au maintien de la valeur de leurs biens. Même son de cloche du côté des vendeurs. « Les gens ont réduit leurs achats, même pour le mariage. Celui qui achetait de l’or à 10 000 L.E., par exemple, n’en achète plus qu’à 5 000 L.E. et ainsi de suite », raconte un bijoutier à Khan Al-Khalili.

Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation. Premièrement, les gens ne possèdent pas un surplus de liqui­dités. En effet, la libéralisation des taux de change en novembre 2016, l’imposition de la taxe sur la valeur ajoutée et la baisse des subventions à deux reprises depuis octobre 2016 ont entraîné des taux d’inflation records. En juillet, le taux d’inflation annuel a battu un nouveau record, puisqu’il a atteint 33 %, malgré la décision de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) le même mois d’augmenter les taux d’intérêt direc­teurs de 2 %. Cette décision n’a pas permis de juguler l’inflation, mais a rendu les dépôts bancaires plus attrayants pour les petits investis­seurs. « Les gens vendent l’or qu’ils possèdent plus qu’ils n’en achè­tent », dit un vendeur au Sagha de Khan Al-Khalili, principal marché d’or en Egypte pour les classes popu­laires. La situation est pareille dans les magasins d’or à Abdel-Khaleq Sarwat, au centre-ville, et même à Zamalek qui visent les classes les plus aisées.

Les prix de l’or sur les marchés internationaux sont un autre facteur déterminant : actuellement en hausse, ils n’encouragent pas à l’achat. « Les prix sont à la hausse et subissent des fluctuations quotidiennes, ce qui fait hésiter les acheteurs », explique un vendeur de la rue de Abdel-Khaleq Sarwat. « Comme le prix du dollar a légèrement baissé face à la livre égyptienne au cours des deux der­niers mois — une tendance qui devrait perdurer au cours des pro­chains mois —, l’or, dont le prix est déterminé en fonction du dollar, n’est pas très attrayant », ajoute-t-il.

La Bourse en profite
« Si l’or et le dollar étaient des investissements lucratifs avant la dévaluation, lorsque leurs prix aug­mentaient, ils ne le sont plus aujourd’hui, notamment sur le court et moyen terme », explique Mohamad Abou-Bacha, économiste en chef auprès de la banque d’investissement EFG Hermes. Il explique que la hausse des taux d’intérêt a détourné une partie des Egyptiens de l’or comme valeur refuge en faveur des dépôts bancaires dont le taux d’inté­rêt dépasse parfois les 20 %. « Les achats d’or pourraient augmenter vers la fin de l’année avec la baisse prévue des taux d’intérêt sur les dépôts, puisqu’une partie des ache­teurs pourraient utiliser l’argent des dépôts atteignant leur échéance pour acheter de l’or », espère Abou-Bacha. Pour le moment toutefois, les dépôts bancaires de trois ans semblent plus lucratifs. « Les taux d’intérêt actuels de 16 % à 20 % pour trois ans sur les dépôts ban­caires représentent un investisse­ment mieux garanti que l’or », explique Abou-Bacha. Il en est de même pour les obligations gouver­nementales.

Selon les économistes, la Bourse pourrait aussi attirer plus d’investis­sements dans un futur proche, sur­tout que plusieurs appels d’offres publics sont prévus prochainement. « D’habitude, la Bourse réagit aux réformes plus rapidement que d’autres secteurs. Beaucoup d’in­vestisseurs attendent les appels d’offres publics à venir. Les achats des investisseurs étrangers sont déjà en train d’augmenter et les écono­mistes prévoient un indice boursier à la hausse », estime Noaman Khalid, macroéconomiste auprès de CI Capital Holding. Tout comme le dollar, l’or figure pour le moment à la fin de la liste des investissements lucratifs, à moins d’une évolution des prix sur les marchés internatio­naux ou d’un changement des taux de change en Egypte qui pourrait les rendre attrayants une nouvelle fois .

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