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Procès : Le prix de la lutte contre la corruption en Egypte

Névine Kamel, Mardi, 26 mars 2013

La Cour pénale égyptienne vient d’annuler la décision du procureur général de geler les avoirs de 23 hommes d’affaires accusés de délit d’initié. Mettre fin à la corruption sans faire fuir les investisseurs, voilà le nouveau défi politique auquel l’Egypte doit faire face.

Fils Moubarak
Les deux _ls Moubarak ont offert de rembourser 45 millions de L.E. pour se réconcilier dans le procès. (Photo: Reuters)

Poursuivis pour corruption dans la privatisation de la banque égyptienne Watani, 23 hommes d’affaires se sont vu geler leurs avoirs bancaires jusqu’à la fin de l’investigation.

Cependant, la loi ne permet pas ce gel d’avoirs tant que l’investigation n’est pas terminée et que le cas de corruption n’est pas encore avéré. C’est pourquoi 48 heures plus tard, la Cour pénale a été contrainte d’annuler le verdict.

Le fait que la justice revienne sur son verdict envoie des signaux négatifs sur le climat d’investissement en Egypte. Les 23 accusations concernent les deux fils du président Moubarak, la femme du fils aîné Haïdi Rassekh, 5 hommes d’affaires saoudiens et Anas Al-Fiqi, ancien ministre de l’Information, actuellement en prison.

Elles visent également des hommes d’affaires égyptiens dont le PDG de la banque en cause, son secrétaire qui était membre du conseil d’administration ainsi que deux responsables financiers, membres du conseil d’administration à cette époque. La liste inclut des personnes renommées et des dirigeants de secteurs d’activités importants en Egypte.

Il y a quelques mois, le procureur avait déjà décidé de geler les fonds de 9 responsables mis en examen dans cette affaire, avant de repousser sa décision jusqu’aux conclusions de l’enquête.

Une volte-face qui a pesé très lourd sur l’économie. La revente des actions en Bourse avait alors atteint 3 milliards de dollars en deux jours.

Solutions diverses

Les analystes divergent sur les solutions à adopter. Si certains dénoncent un coup porté aux investissements par des attaques ciblant les hommes d’affaires, d’autres soutiennent ces tentatives d’assainir le climat d’investissement en Egypte.

Hani Tewfiq, président de l’association des investisseurs arabes, fait partie du premier camp. Pour lui, « l’attaque contre les investisseurs constitue un obstacle aux investissements dans le pays. Les hommes d’affaires ont tous peur d’être condamnés. Cette décision envoie des signaux négatifs sur le climat d’investissement en Egypte.

C’est pourquoi aucun investisseur n’a actuellement ni le courage, ni le désir de venir investir en Egypte ».

En effet, bon nombre d’investisseurs, surtout des Saoudiens de renom tels Abdel- Rahman Al-Charbatli ou Soliman Aba Nomay, viennent d’annoncer leur boycott du marché égyptien. « Il semble difficile actuellement d’envisager de nouveaux projets. Les intérêts se contredisent et les hommes d’affaires sont devenus les boucs émissaires du moment. Il fallait établir un climat propice aux investissements afin de relancer l’économie, au lieu de viser les hommes d’affaires », affirme l’homme d’affaires saoudien Abdel- Rahman Al-Charbatli, révélant la suspension de son nouveau projet en Egypte.

Pas de compromis

Les militants et les experts du marché ont une toute autre vision. Selon eux, Il faut d’abord mettre un terme à toute sorte de corruption afin d’assainir le climat d’investissement, affirme Khaled Ali, candidat à la dernière présidentielle.

Cet avocat, qui a intenté plusieurs procès pour corruption dans des affaires de privatisation effectuées sous l’ère Moubarak, assure que les hommes d’affaires proches de l’ère Moubarak ont accumulé d’énormes gains aux dépens du peuple égyptien. « Le temps est venu pour payer la facture. Ils le savent bien, c’est pourquoi nombre d’entre eux cherche un accord à l’amiable, afin d’éviter l’inculpation », expliquet- il. Il souligne l’exemple des deux fils de Moubarak accusés dans ce procès, qui ont proposé une somme d’argent conséquente, afin de mettre un terme à leur accusation. « N’est-ce pas une confession de corruption ? », s’interroge l’avocat. La corruption a atteint son apogée au cours de l’ère Moubarak. En 2009, avant la révolution du 25 janvier, le classement de l’Egypte avait régressé pour la troisième année consécutive, et elle occupait la 151e place sur 180, selon le rapport de l’Organisation sur la transparence internationale. Ainsi, l’Egypte était située dans les derniers parmi les pays arabes.

« Il faut maintenant nettoyer la maison de l’intérieur. C’est-àdire mettre fin à toutes les formes de corruption et commencer un environnement d’affaires sain et fort. Cela n’est pas facile et coûtera de l’argent au pays, mais sur le long terme, le climat d’investissement sera plus attractif », explique un responsable de l’organisation internationale, qui a préféré garder l’anonymat.

Une opinion partagée par Ahmad Farouq, directeur général de l’entreprise égyptienne de courtage. « La décision n’est pas facile, surtout qu’elle touche des hommes d’affaires de poids sur le marché égyptien. Mais sur le long terme, l’économie égyptienne en récoltera les fruits. Nettoyer le climat d’investissement des spéculations et de la corruption encouragera un nouveau genre d’hommes d’affaires à investir sur le marché. Ces derniers hésitaient à franchir le pas en raison des complots et des arrangements qu’il fallait faire avec les favoris de l’ancien régime », explique Farouq. Un sacrifice qui sera payant à long terme .

Parmi les inculpés ...

Abdel-Rahman Al-Charbatli et son fils Hassan

Hommes d’affaires saoudiens, partenaires du plus grand mall en Egypte, City Stars.

Issa Eleich

PDG et membre délégué de l’entreprise égyptienne pour les services pétroliers et maritimes, Maridive, créée en Egypte en 1978.

Amr Al-Qadi

Directeur général de l’entreprise ASCOM pour les travaux miniers présente en Egypte depuis 1999.

Ahmad Naïm Badr

Membre délégué du groupe financier Naïm Holding, l’une des plus importantes entités financières, établie en Egypte en 2005.

Soliman Aba Nomay

Milliardaire saoudien et l’un des plus grands investisseurs arabes en Bourse égyptienne.

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