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Banque centrale : Un manque d’objectivité

Dahlia Réda, Lundi, 11 février 2013

Un rapport officiel vient de confirmer les réalisations de Farouq Al-Oqda, gouverneur de 2003 à 2012. Un tableau quelque peu reluisant que des spécialistes veulent malmener.

Farouq al-Oqda a souvent été reconnu comme un gouverneur exceptionnel de la Banque Centrale d’Egypte (BCE). Le rapport publié le 5 février dernier par cette même institution vient le souligner, mais d’autres banquiers avancent leurs nuances.

Le rapport reconnaît la performance positive de l’ex-gouverneur, en poste de 2003 à 2012. Une période de neuf ans qui a témoigné de turbulences politiques, économiques et financières au niveau local, régional et international. Il a accepté ses fonctions lors d’une dépréciation grave de la livre et d’un épuisement des réserves en dollars. A peine cette crise dépassée, l’économie a été frappée par les attentats terroristes de Charm Al-Cheikh et de Taba en 2006, la crise financière internationale en 2007/2008 et la révolution du 25 janvier 2011. Sans oublier la période transitoire de deux ans de l’aprèsrévolution. Ainsi, Al-Oqda a réussi à relever le montant des réserves en dollars de 14 milliards de dollars en 2003, atteignant son plus haut niveau de 36 milliards en décembre 2010.

Cependant, la situation après la révolution n’a pas permis de conserver le niveau des réserves avec le recul à 30 % des revenus en dollars du tourisme, la détérioration de la situation sécuritaire et le repli des investissements étrangers directs en raison de l’accroissement des risques sur l’économie égyptienne engendrant le recul de la notation de l’Egypte de cinq points. Tous ces facteurs ont contribué à épuiser les réserves atteignant moins de 15 milliards de dollars aujourd’hui. Malgré ces effets négatifs, l’ex-gouverneur de la BCE a pu, selon le rapport, assurer à la fois la stabilité des prix sur le marché et la stabilité économique en remplissant tous les engagements en dollars. « Il a pu financer 5,4 milliards de dollars pour limportation des produits dapprovisionnement, 9,3 milliards de dollars àlOrganisme public du pétrole, 8,5 milliards pour le remboursement des dettes souveraines et 12,9 milliards dus àl’évasion des investissements étrangers », indique le rapport.

Pourtant, certains critiquent le manque de transparence concernant l’utilisation des réserves en dollars. Ahmad Qoura, ex-président de la banque Al-Watani Al-Masri, a accusé Al-Oqda de dissimuler le montant de réserves investies dans les banques à l’étranger tout au long de son mandat. « LOrganisme central daudit devait examiner ses décisions sur ce dossier et le pénaliser en cas de faute. Il devait être soumis àune enquête mais cela na pas étéfait, car il était très proche des personnes-clés de lancien régime », argue-t-il.

Le rapport indique que la part des réserves investies dans les banques internationales a été une réussite, avec un profit cumulé de 1,9 milliard de dollars de 2008/2009 à 2011. Mais pour Qoura, c’est un succès manqué en raison de l’érosion des réserves.

« Laccroissement de ce montant de réserves doit être un objectif en soi. Or, il sest concentrésur le soutien de la valeur de la livre égyptienne, ce qui nest pas correct », note-t-il.

Avis partagé par l’expert bancaire Pacynthe Fahmi : « Sa politique de gestion des réserves en dollars navait pas réussi. Il a permis la fuite du billet vert du marchélocal, car il na pas imposéde mesures protectionnistes afin de contrôler la sortie des devises en dollars, appartenant àdes investisseurs étrangers et àdes personnes de lancien régime. Cest comme sil protégeait les intérêts de ces derniers ».

Règlement des insolvables

Et d’ajouter que sa politique de gestion des réserves en dollars a manqué de vision à long terme. « La protection de la valeur de la livre a nui àl’économie égyptienne, entraînant le gonflement de la dette intérieure àplus de 1 000 milliards de L.E. ».

Le rapport souligne par ailleurs les efforts déployés par la BCE en matière de règlement des affaires des hommes d’affaires insolvables. Depuis 2003, le volume des dettes insolvables a atteint 130 milliards, dont 96 milliards de créances aux banques publiques. En fait, la BCE a créé en 2004 une unité spécialisée dans le règlement de ce dossier. Ainsi, 90 % des créances des banques publiques ont été réglées.

De plus, il existe une coordination entre la BCE et les banques publiques en termes de petits crédits inférieurs à 1 million de L.E., dont 7 600 cas ont été déjà résolus en 2007. Tareq Helmi, directeur général de la banque Al-Motahed, considère qu’Al-Oqda et son équipe ont réussi à régler et même dépasser la crise des insolvables, redonnant ainsi au secteur bancaire une position solide. « Le secteur bancaire est àlabri de la crise actuelle. Malgréla révolution, il a réaliséune croissance de 96 milliards de L.E. en 2012, contre 30 milliards en 2003. De plus, il a pu engendrer une profitabiliténette de 14 milliards de L.E. en 2012 contre 2 milliards en 2003 », note le rapport.

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