Economie > Economie >

Secteur bancaire: Le Qatar part à la conquête des banques égyptiennes

Dahlia Réda, Mardi, 18 décembre 2012

Au terme de 6 mois de négociations, Qatar National Bank vient d’acquérir la banque égyptienne NSGB. Une transaction d’un total de 2 milliards de dollars, jugée sous-évaluée par les analystes financiers, et qui pourrait en annoncer d’autres.

Qatar
QNB gardera l'administration de NSGB sans changement. (Photo: Al-Ahram)

La banque française Société Générale (SG) a annoncé, jeudi 12 décembre, avoir cédé sa filiale égyptienne NSGB, fondée en 1978, au groupe qatari Qatar National Bank (QNB), pour 1,97 milliard de dollars. Ce montant représente la valeur payée pour l’acquisition des 77,17 % des parts de la banque. NSGB représente la plus importante banque de dépôt en Egypte.

QNB ne versera pas seulement ces 1,97 milliard de dollars, mais présentera aussi une offre d’achat obligataire auprès de l’Autorité égyptienne de supervision financière, afin d’acquérir les 22,83 %, représentant la part minoritaire flottante des actions de NSGB en Bourse, conformément aux législations propres à la Bourse égyptienne.

Cette acquisition s’inscrit dans le cadre d’une volonté générale du gouvernement du Qatar d’expansion sur le marché égyptien. L’institution financière QInvest, fer de lance de cette volonté, a déjà acquis, il y a quelques mois, 60 % de la plus grande banque d’investissement égyptienne : EFG-Hermes.

Ossama Saleh, ministre égyptien de l’Investissement, vient d’informer que les investissements qatari atteindront les 18 milliards de dollars d’ici 2015. Les projets s’accumulent, avec notamment pour intention de créer des usines de fer à béton et de ciment, ainsi qu’une ville industrielle égypto-qatari. Il semble que le pouvoir islamique ouvre grandes les portes de l’Egypte au Qatar.

Prix biaisé par l’instabilité politique

La nouvelle de la cession des actions de la banque NSGB au groupe QNB a eu un impact direct sur le cours de l’action, qui a fléchi de 9,7 % le jour de l’annonce pour tomber à 35,44 L.E., prix de référence utilisé pour le calcul de la transaction entre SG et QNB. La veille de l’annonce, le titre valait 39,70 L.E. Dimanche 16, le titre valait 33,77 L.E. en clôture de session, mais reste susceptible de fluctuer en raison d’informations sur un possible versement de dividendes pour les 22,83 % de petits actionnaires.

QNB ne déboursera donc probablement que 2,55 milliards de dollars pour acquérir 100 % des actions NSGB. Les analystes financiers évaluent la valeur juste des actions de la banque à 2,7 milliards de dollars.

Issa Fathi, PDG de Strategic Securities, constate que « cette acquisition a eu un impact négatif sur le cours de l’action en Bourse. Un tel scénario pourrait se reproduire. Si l’instabilité politique demeure, les actifs égyptiens seront menacés, parce qu’ils pourraient être acquis à des prix très faibles, en dessous de leur valeur réelle ».

La banque mère, SG, la filiale égyptienne NSGB et QNB sont désormais tenues par un engagement. Elles respecteront une période transitoire, variant de 2 à 3 mois, nécessaires pour la rédaction d’accords et l’obtention d’agréments officiels auprès de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), de l’Autorité générale de l’investissement et de l’Autorité égyptienne de supervision financière.

Durant cette période de transition, la banque mère demeurera responsable de toutes les activités de la banque NSGB et de ses sociétés dépendantes, et ce, jusqu’à ce qu’elle transmette sa base de clients.

Ce procédé doit permettre une transmission douce du système des opérations et des services bancaires. « Il est prévu qu’un grand nombre d’employés seront impliqués dans cette phase de transition, afin d’éviter que les contraintes de la transmission ne se répercutent sur les clients aussi bien que sur les employés », déclare Mohamad Al-Dib, PDG de NSGB, qui souligne que le capital de la banque s’élève à plus de 4,4 milliards de L.E.

Il a assuré que les 4 161 fonctionnaires travaillant dans plus de 160 succursales de NSGB ne seront pas licenciés par le nouvel acquéreur.

Ahmad Abdel-Zaher, président de l’Union publique des syndicats des travailleurs égyptiens, assure que son syndicat sera partie prenante dans la révision des clauses juridiques de l’accord de vente, afin de protéger les droits des employés.

Dans ce contexte, Hani Guéneina, chef du département de recherche pour la banque d’investissement Pharos, explique que cette acquisition sera terminée au premier trimestre 2013, et que, « à partir de cette date, QNB possédera NSGB et sera son actionnaire principal. La banque mère, Société Générale, dégagera de la conclusion de cette transaction un profit net de 350 millions d’euros, soit 456 millions de dollars. Cela lui permettra d’améliorer son ratio réglementaire de fonds propres sur engagements de 30 points ».

Quitter l’Egypte en laissant des plumes

Il semble que la banque mère, Société Générale, qui négociait la vente avec QNB depuis 6 mois, fasse face à une crise plus large : cette cession intervient, en effet, 2 mois après celle de Geniki, la filiale grecque de la Société Générale à la banque grecque Piraeus. Par ailleurs, la banque BNP Paribas est également en train de remettre en question sa présence en Egypte.

La détérioration de la situation politique a contribué à accélérer la transaction et peut expliquer la faiblesse du prix de la vente. Simon Kitchen, analyste stratégique auprès d’EFG-Hermes, souligne que QNB vient d’acquérir une banque très forte pour un prix très faible, ce qui suscite l’étonnement. « Il est certain à mon sens que la banque française souhaitait à tout prix sortir du marché égyptien. Aussi, l’instabilité politique ambiante a encouragé QNB à négocier au plus bas prix », assure-t-il.

Ossama Mourad, directeur exécutif de l’institution financière Arab Finance, souligne qu’en temps normal, l’investisseur stratégique présente un prix d’achat aligné sur le prix de l’action sur le marché. « Il semblerait bien que la partie qatari se soit fait une spécialité de saisir les offres d’achat en moment de crises, et donc à des prix potentiellement très bas », fait-il remarquer.

Une simple question de profit ?

Chérif Al-Amadi, directeur exécutif du groupe QNB, indique, « au contraire », que l’acquisition se situe dans le cadre de la stratégie d’expansion régionale de son groupe, qui cherche en même temps à diversifier ses sources des revenus.

« Après la finalisation de cette acquisition, notre groupe sera à la recherche d’une des 10 meilleures banques turques. QNB est également intéressée par une expansion au Maroc et en Arabie saoudite », confirme Ramzi Mari, directeur financier de QNB. La banque qatari possède déjà des participations dans des bailleurs de fonds dans de nombreux pays arabes et musulmans tels que l’Indonésie, la Jordanie et la Tunisie.

Créée comme banque commerciale en 1964, QNB (détenue à 50 % par le fonds souverain du Qatar) a vite été prise de frénésie expansionniste : elle s’empare de participations dans de nombreux bailleurs de fonds régionaux pour construire sur un marché émergent, soutenue par le gouvernement du Qatar. Elle propose aujourd’hui une large gamme de produits et de services bancaires pour les particuliers et les institutions, s’occupe de trésorerie et d’investissements et propose des services et des produits bancaires islamiques.

QNB, en pleine expansion internationale, est présente dans 20 pays, incluant Singapour, la Libye, Oman, le Koweït et le Yémen, qui viennent s’ajouter aux succursales existant à Londres et à Paris, sans oublier un bureau de représentation en Iran.

Il semble désormais que le Qatar s’intéresse plus particulièrement au marché égyptien. Cet intérêt se limitera-t-il à des fins d’investissement ou servira-t-il d’autres buts, politiques cette fois-ci, à la lumière des nouveaux liens entre l’Emirat et la confrérie ?

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique