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Vers la fin du billet de 100 dollars ?

Dahlia Réda, Mardi, 07 avril 2015

La Banque centrale d'Egypte vient de prendre une nouvelle mesure pour combattre la fuite des capitaux en dollars. Il s'agit de ne délivrer que des billets de 20 dollars, 5 fois plus lourds et volumineux que les billets de 100.

Vers la fin du billet de 100 dollars ?
La BCE veut freiner la fuite des capitaux, estimée à 1,2 milliard de dollars en 2013/2014. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) cherche à minimiser la présence des billets de 100 dollars sur le territoire égyptien. La principale raison est simple : mettre des bâtons dans les roues de ceux qui font sortir des valises de billets illégalement. En ne délivrant que des billets de 20 dollars, les banques multiplient par 5 le volume et le poids des coupures vertes.

La décision de mettre fin à la circulation des billets de 100 dollars a été prise en secret, mardi 31 mars, par la BCE. C’est Al-Masri Al-Youm qui dévoile l’information, affirmant qu’elle a été prise en concertation avec les principales banques du pays. Al-Masri Al-Youm affirme posséder une copie du décret établissant cette décision.

Ce n’est que le 4 avril que la BCE a officiellement informé les banques de cette mesure, sans toutefois la déclarer à la presse. L’Hebdo a appelé à plusieurs reprises la BCE, mais cette dernière n’a souhaité ni démentir, ni confirmer l’information.

Sur le terrain pourtant, la décision semble être effective. Bassinthe, une mère de famille rencontrée à la banque, a dû payer les frais de scolarité de ses enfants en coupures de 20 dollars. Plusieurs autres clients ont aussi affirmé n’avoir reçu que des billets de 20 dollars, parfois de 50, au lieu de l’habituel billet de 100 dollars qu’ils recevaient auparavant.

Cette mesure restrictive de la BCE vise à entraver la circulation en liquide du dollar. Il s’agit surtout de stopper la fuite des capitaux, notamment par voie aérienne.

Bien que personne ne puisse estimer exactement le montant des flux en dollars non déclarés, Hani Guéneina, directeur des recherches auprès de Pharos, estime que la perte en 2013/2014 pourrait s’élever à 1,2 milliard de dollars contre 3,2 milliards l’année d’avant. En 2011/2012, on avançait un chiffre de 10 milliards de dollars. « Les mesures prises ces deux dernières années ont réussi à réduire la fuite des capitaux en dollars hors du pays », note-t-il. Une de ces mesures concerne le retrait de liquidités en dollars : 10 000 dollars par jour maximum et 50 000 par mois. Cette mesure prise, là encore en accord avec les banques, n’a jamais été officiellement dévoilée par la BCE.

Hicham Ramez, gouverneur de la BCE, affirme toutefois que ces mesures ont réussi à multiplier par 10 les dépôts en dollars sur les comptes des particuliers ou des entreprises.

Tester les réactions
Pour Yasser Ismaïl Hassan, PDG de la banque Al-Watani Al-Masri, « la BCE veut examiner la réaction du marché envers cette mesure en la testant. Elle veut savoir quelle sera la réaction des particuliers et des investisseurs, notamment étrangers, et étudier son impact sur les importations et le cours du billet vert ». Il ajoute que ce n’est pas la première fois que la BCE recourt à de telles méthodes.

Un employé d’AlexBank explique, sous couvert de l’anonymat, que « ce sont des instructions secrètes de la BCE, afin de tâtonner la réaction du marché ».

Yasser Ismaïl Hassan reprend que « si la BCE veut prendre une mesure comme celle-ci, elle devrait déjà se préparer à nous procurer des billets de 20 dollars pour remplacer le billet de 100 dollars et éviter une pénurie sur

L’absence de préparation et de transparence fait en effet grincer les dents. Hani Tawfiq, PDG de la banque d’investissement Naeem, regrette que les banques d’investissement n’aient pas été informées de cette décision.

Pour Hani Guéneina, cette mesure va mener à renforcer marché noir. Le secteur bancaire ne couvre que 70 % de la demande en dollar, le reste étant fourni par les bureaux de change et le marché noir. « Les clients souhaitant retirer leurs dollars n’auront d’autre choix que de recourir à des moyens détournés. Ceux-ci sont nombreux, bien que plus complexes et plus coûteux ».

La mesure affecte par ailleurs l’image d’un marché libre que l’Egypte veut donner pour attirer davantage d’investisseurs. Selon Hani Tawfiq, « cette restriction pourrait atteindre son objectif pour quelque temps, mais ne réussira pas sur le long terme. Les fraudeurs trouveront vite d’autres moyens pour faire sortir leurs dollars » .

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