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Dollar : L’Etat se mobilise pour contrer l’inflation

Marwa Hussein , Mercredi, 23 mars 2022

Alors que la livre égyptienne a été dépréciée pour la première fois en 4 ans, la Banque Centrale d’Egypte a relevé ses taux directeurs. Une décision qui vise à faire face à l’inflation, sur fond de hausse des prix internationaux et de guerre en Ukraine. Dossier.

Dollar  : L’Etat se mobilise pour contrer l’inflation
La dépréciation de la monnaie locale intervient dans un contexte de hausse des prix internationaux des denrées alimentaires, de l’énergie et des matières premières en raison de la guerre en Ukraine.

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a relevé ses taux d’intérêt directeurs de 100 points de base (1%) lors d’une réunion surprise du Comité des politiques monétaires. Cette décision est intervenue avant la dépréciation, lundi 21 mars, de la livre égyptienne de 10,67% pour s’échanger à 17,5 L.E. contre le dollar alors qu’elle s’échangeait à environ 15,7 L.E. depuis novembre 2020. Le taux de change a continué à grimper, atteignant 18,2 L.E. pour un dollar à la fin de la journée. Les taux d’intérêt sur les dépôts et les prêts ont atteint 9,25% et 10,25% respectivement. Il s’agit de la première hausse des taux d’intérêt depuis juillet 2017. Les analystes prévoyaient une augmentation des taux d’intérêt lors de la réunion ordinaire du Comité des politiques monétaires, prévue initialement jeudi 24 mars, mais la BCE a annoncé l’annulation de cette réunion excluant une autre hausse des taux d’intérêt cette semaine.

« La guerre en Ukraine a affecté le monde et bien sûr l’Egypte, vu que nos transactions avec le monde représentent plus de 150 milliards de dollars par an », a expliqué Tarek Amer, gouverneur de la BCE dans une conférence de presse commune avec le premier ministre, le soir du 21 mars. La dépréciation de la monnaie locale intervient dans un contexte de hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires, de l’énergie et des matières premières en raison de la guerre en Ukraine. La hausse record de l’inflation mondiale s’est répercutée sur le taux de l’inflation locale qui a atteint son niveau le plus élevé en trois ans en février. « Cette correction des taux de change en Egypte vise à protéger les ressources en devises », a élaboré Tarek Amer, rappelant que les transferts en devises des Egyptiens à l’étranger sont passés de 12 à 31 milliards de dollars par an, après la dévaluation de la livre en 2016. Le gouverneur de la BCE a également souligné que les grandes réserves en devises ont permis à l’Egypte d’être parmi trois pays émergents qui n’ont pas connu de hausse des taux de change pendant la crise du coronavirus, alors que les autres marchés émergents ont connu des hausses comprises entre 15 et 30%.

Inflation importée

« Les pressions inflationnistes mondiales ont commencé à se renforcer lorsque l’économie mondiale est sortie des perturbations causées par la pandémie du Covid-19. Ces pressions se sont amplifiées avec le récent conflit russo-ukrainien. La hausse des prix internationaux des produits de base, qui a résulté des dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement, et le sentiment accru d’aversion pour le risque ont renforcé les pressions inflationnistes, ainsi que les déséquilibres externes », a expliqué la BCE dans un communiqué le 21 mars.

En fait, le taux d’inflation annuel en Egypte était passé à 10% en février, le taux le plus élevé en deux ans et demi. Ce taux est supérieur à l’objectif de la BCE de maintenir l’inflation à 7% (±2) d’ici la fin 2022. Les prix des produits alimentaires ont enregistré leur plus haut niveau depuis novembre 2018, en hausse de 17,6% en glissement annuel, contre 12,4% en janvier dernier. Les prix des légumes, de l’huile de cuisson et de la viande ont connu des hausses conséquentes, selon les données de l’Agence centrale de la mobilisation publique et des statistiques (CAPMAS). « Nous avons contrôlé l’inflation pendant les 7 dernières années en arrivant à des taux de 3 à 4% pour une longue période de temps, mais l’inflation actuelle est importée et n’est pas le résultat des politiques locales », a souligné le gouverneur de la BCE.

Taux d’intérêt de 18 % sur les dépôts

Les deux plus grandes banques publiques, la Banque Nationale d’Egypte et la Banque Misr ont annoncé lundi qu’elles proposaient des certificats de dépôt d’un an avec un rendement de 18%. « La politique monétaire doit redresser le problème de la hausse des prix et encourager les particuliers à l’épargne en monnaie locale. Les taux d’intérêt élevés sur les dépôts sont également un moyen de compenser la hausse des prix », a déclaré Amer, soulignant qu’il existe 30 millions de détenteurs de certificats de dépôt en Egypte. La décision de la BCE et d’autres Banques Centrales de par le monde d’augmenter les taux d’intérêt directeurs a fait suite à la décision de la Réserve fédérale américaine de relever ses taux d’intérêt, pour la première fois en 4 ans. La décision, prise le 16 mars, a relevé les taux d’intérêt de 25 points de base. Les autorités monétaires américaines ont signalé que des hausses similaires auraient lieu cette année pour faire face à l’inflation galopante qui a atteint ses niveaux les plus élevés en 40 ans aux Etats-Unis.

« Dans l’ensemble, les décisions de la BCE sont positives. L’augmentation des taux directeurs, la dévaluation de la livre et l’émission par les banques publiques de certificats de dépôt d’une durée d’un an avec un taux d’intérêt de 18% permettront d’éliminer les distorsions qui affectent négativement l’activité économique. Bien que ces décisions puissent avoir un impact négatif sur la demande à court terme, elles permettront de contenir l’inflation, d’arrêter la dollarisation, d’attirer les investissements étrangers et d’améliorer l’offre en devises étrangères avec un effet positif sur l’activité économique », souligne une note de HC Securities. Les banques d’investissement égyptiennes prévoient une hausse de 300 à 400 points de base des taux d’intérêt au cours de l’année.

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