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Place aux femmes et aux jeunes

Hicham Mourad, Lundi, 01 décembre 2014

Tenu les 29 et 30 novembre au Sénégal, le sommet de la Francophonie s'est penché sur l'élimination des inégalités frappant les femmes et les jeunes, et a élu un nouveau secrétaire général de l'OIF.

Francophonie

Dakar, De notre envoyé spécial —

Après deux jours de suspense, le 15e sommet de la Francophonie, réuni les 29 et 30 novembre à Dakar, au Sénégal, a élu Michaëlle Jean, 57 ans, comme nouveau secrétaire géné­ral de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Elle succède à Abdou Diouf qui, à 79 ans, prend sa retraite après 12 ans (trois mandats) passés à la tête de l’OIF.

La nomination de Mme Jean n’était pas des plus faciles. Canadienne, soutenue par son pays ainsi que par la France, elle était contestée par la plupart des Etats africains, qui font la majorité des pays membres (30 sur 57). Ceux-ci tenaient à une règle non écrite, introduite depuis la création du poste du secrétaire géné­ral en 1997, selon laquelle le poste revient à un représentant du Sud, alors que celui d’adminis­trateur général, le numéro deux de l’OIF, soit tenu par un représentant de l’hémisphère Nord, actuellement le Canadien Clément Duhaime. Cette règle était adoptée pour créer un équi­libre entre le Nord et le Sud au sein de l’OIF, dont les plus gros contributeurs au budget sont des pays du Nord, la France et le Canada.

Quatre candidats africains, outre Mme Jean, étaient en lice. Il s’agissait de l’ex-président burundais Pierre Buyoya, l’écrivain et diplomate congolais Henri Lopes, l’ex-premier ministre mauricien Jean-Claude de l’Estrac et l’ancien ministre équato-guinéen Agustin Nze Nfumu. Le blocage sur le choix du nouveau secrétaire général a persisté jusqu’au dernier moment, provoquant un retard de plus de trois heures dans la conférence de presse finale, qui devait annoncer les résolutions du sommet et le nom de l’heureux élu. Réunis à huis clos par le président français, François Hollande, les chefs d’Etat africains, dont les candidats étaient en lice, ont finalement accepté le retrait de leurs candidats au profit de Mme Jean, qui a ainsi été élue par consensus, alors que la persistance du blocage a failli amener les participants à procéder, pour la première fois, au vote à bulletin secret.

Si Mme Jean était contestée en raison de son appartenance au Nord, il n’en demeure pas moins qu’elle appartient également au Sud, puisqu’elle est d’origine haïtienne. Elle est également la première femme à occuper ce poste, à un moment où l’OIF met l’accent sur le renforcement du rôle des femmes et des jeunes dans les sociétés francophones. Tenu sous le thème « Femmes et jeunes en francophonie : acteurs de paix, vecteurs de développement », le sommet s’est clôturé par l’annonce de plusieurs mesures visant à renforcer leurs rôles dans la société, notamment dans les mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits, par leur implication dans les processus de négociation et de signature des accords de paix, ainsi que l’accroissement de leur participation aux instances de décision, à la gouvernance locale et à la vie politique. Constatant la marginalisation dont ils souffrent sur le marché du travail, la déclaration de Dakar a souligné la nécessité de promouvoir une éducation et une formation professionnelle et supérieure dédiées aux femmes et aux jeunes, en adéquation avec les besoins spécifiques de l’emploi.

Cap sur l’économie

Constatant l’importance du travail accompli dans la défense de la langue française et du plurilinguisme, ainsi que la visibilité du rôle politique insufflé ces dernières années à l’OIF, les participants au sommet ont voulu doter la francophonie d’une nouvelle dimension écono­mique, dans un monde globalisé et de plus en plus interdépendant. Ainsi, le sommet a adopté une stratégie économique fondée sur le renfor­cement de la coopération de la Francophonie avec les communautés économiques régionales, en vue de contribuer à l’intégration régionale, qui constitue un levier d’élargissement des mar­chés, de dynamisation de l’économie et de création d’emplois.

Là encore, la Francophonie entend accorder une attention particulière aux jeunes et aux femmes à travers la prise de mesures de facili­tation de leur insertion professionnelle, l’élabo­ration et la mise en oeuvre de stratégies d’ac­compagnement de l’entreprenariat, créatrices de richesses. Les participants se sont également engagés à mettre en place les réformes néces­saires permettant aux femmes et aux jeunes d’accéder aux ressources économiques et de bénéficier du droit à la propriété, à l’héritage et à la terre. Vaste programme qui implique un ferme engagement des Etats membres, qui n’est pas toujours au rendez-vous l

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