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Goma menacée par les rebelles

Sabah Sabet, Mardi, 20 novembre 2012

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité s’est tenue samedi pour débattre de la situation à l’est du pays après les derniers combats entre l’armée et la rébellion du M23, qui a mené une offensive victorieuse.

Goma
Malgré le soutien des Nations-Unies à l'armée congolaise, le M23 a pu reconquérir Kibumba (25 km au nord de Goma).

«la chute de Goma ... ce serait inévitablement une tragédie humanitaire ... il faut arrêter le M23 », c’est ce qu’a annoncé Gérard Araud, ambassadeur de France aux Nations-Unies, à la réunion d’urgence du Conseil de sécurité tenue samedi dernier à la demande de la France, pour évoquer la situation en République démocratique du Congo.

Depuis jeudi, des affrontements opposent les rebelles du M23 à l’armée congolaise, et celle-ci accuse le M23 d’avoir déclenché les hostilités. « Le M23 nous a attaqués vendredi vers 17h (15h GMT), nous les avons repoussés, et nous avions l’ordre de ne pas les poursuivre », a affirmé samedi matin le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte-parole de l’armée pour le Nord-Kivu.

Pour sa part, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, porte-parole militaire du M23, a déclaré qu’il y a eu des combats samedi matin contre leurs positions : « Les FARDC (Forces Armées de RDC, armée régulière) sont venues nous attaquer avec des hélicoptères et des chars de combat ». Malgré l’intervention d’hélicoptères d’attaque de la Mission de l’Onu pour la stabilisation de la RDC (Monusco), destinée à appuyer l’armée gouvernementale, le M23 a pu reconquérir Kibumba (à 25 km au nord de Goma).

« Le M23 est passé à l’offensive, et il a repoussé son ennemi, et nous sommes décidés à aller jusqu’au bout », a déclaré samedi soir le lieutenant-colonel Hamuli du M23.

De son côté, le porte-parole de l’Onu a précisé que l’armée gouvernementale et la Monusco essaient d’enrayer l’avancée du M23 vers Goma et Kibati. Cette dernière ville est à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, et entre 60 000 et 80 000 personnes sont réfugiées dans un camp tout proche de la ville. Cette situation a déclenché la demande de la France d’une réunion d’urgence et de la cessation immédiate des combats, ainsi que son appel à tous les pays de la région de s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de la RDC. Le M23, fort de cette récente victoire, est surtout formé d’anciens rebelles qui, après avoir été intégrés en 2009 à l’armée régulière, se sont mutinés en avril dernier et combattent depuis l’armée régulière dans la région du Kivu. Cette victoire soulève la question de l’approvisionnement en armes du mouvement rebelle. « Les rebelles disposent notamment d’équipements de vision nocturne qui leur ont permis de lancer leur offensive sur Kibumba », a indiqué le patron des opérations de maintien de la paix de l’Onu, Hervé Ladsous, ajoutant que les rebelles ont également acquis des mortiers lourds de 120 mm.

Mission d’évaluation
Par ailleurs, Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, ce que le Rwanda dément. Mais le porte-parole du gouvernement de la RDC, Lambert Mende, a déclaré samedi soir que 4 000 hommes en colonnes motorisées et à pied se sont introduits en RDC depuis le territoire rwandais. « Trois bataillons RDF (armée rwandaise) commandés par un officier, le général de brigade rwandais, Ruvusha, et deux unités spéciales des RDF, dont une unité d’artillerie lourde, commandées par le général rwandais Gatama Kashumba, sont venus en soutien du M23 », accuse ainsi le compte rendu d’un Conseil des ministres extraordinaire qui s’est tenu à Kinshasa samedi. Le Conseil a décidé d’envoyer une mission d’évaluation sur place qui devra « évaluer les conséquences de la dernière vague d’agitation criminelle de l’armée ».

De leur côté,les diplomates du Conseil de sécurité suspectent le Rwanda, mais disent ne pas avoir de preuves formelles de l’implication de Kigali. « Il y a eu un très large consensus du Conseil pour exprimer sa condamnation de l’offensive du M23 et des soutiens dont le M23 peut bénéficier. Il est évident qu’il y a des soutiens extérieurs. Ces armes sophistiquées viennent de quelque part ... cela étant, nous n’avons pas de preuves permettant d’accuser un pays ou un fournisseur en particulier », a affirmé l’ambassadeur français aux Nations-Unies. Le secrétaire général, Ban Ki-moon, a tout de même appelé le président rwandais, Paul Kagamé, pour lui demander d’user de son influence sur le M23 pour stopper cette offensive.

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