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La Chine-Afrique : Nouvelle politique ?

Mardi, 13 novembre 2012

Les élections présidentielles des deux plus grandes puissances du monde — les Etats-Unis et la Chine — qui ont eu lieu au début du mois de novembre 2012 ont
reconduit à la Maison Blanche son précédent locataire (Barack Obama) et elles ont amené à la résidence présidentielle de Zhongnanhai, près de la Cité Interdite à Beijing, Xi Jinping, un tout nouveau président chinois. Xi Jinping, nommé nouveau président de la République populaire de la Chine et chef du Parti Communiste Chinois (PCC), devra faire face à de nombreux défis, bien que, comme viceprésident de Hu Jintao, le président sortant, Xi Jinping soit au courant des dossiers de la politique chinoise. Les observateurs de la Chine ont hâte de savoir si la même trajectoire de la politique de réformes poursuivie par Beijing depuis plusieurs décennies sera maintenue, ou si l’on doit s’attendre à un changement d’orientation politique. Et si Xi Jinping entame un changement d’orientation, quelles en seront les conséquences pour l’Afrique ? Depuis plus d’un demisiècle, la Chine entretient des relations politico-économiques avec l’Afrique. Pour certains politologues, ces relations remonteraient à la Conférence de Bandung en 1955 et à la reconnaissance du mouvement des « Non-Alignés » par le Parti communiste chinois de l’époque. Entre 1956 et 1959, la Chine établit des relations diplomatiques avec l’Egypte, l’Algérie, le Maroc, le Soudan et la Guinée. Dix ans plus tard, en 1969, des 41 pays africains indépendants, 19 établissent des relations diplomatiques avec Beijing. Bien que ces relations se soient estompées après la mort de Mao
(1976), elles sont reprises à partir de 1995 avec l’entrée de la Chine sur la scène internationale politique, mais surtout économique, quand la Chine met l’accent sur le développement de ses relations économiques et commerciales et s’ouvre au commerce international. L’Afrique, la Chine s’y intéresse dès l’année 1995,
quand les dirigeants chinois de la « nouvelle génération », dont font partie Hu Jintao, le président sortant, et Xi Jinping, son nouveau successeur, décident d’adopter de nouvelles formes de coopération qui consistent essentiellement à « diversifier les modes d’assistance extérieure » aux Etats africains. Cependant, les analystes estiment que si les raisons de l’amitié et de la coopération entre la Chine et l’Afrique correspondaient à la « tendance actuelle vers un monde multipolaire et la
mondialisation économique », elles n’épousaient pas pour autant les intérêts fondamentaux des partenaires de cette coopération qui devrait être une coopération
sur « pied d’égalité », afin de servir son objectif principal qui est le développement économique des deux partenaires. Selon le ministère chinois du Commerce, plus de 2 000 entreprises chinoises sont déjà installées sur le continent, mais si le volume d’échange a passé au chiffre record de plus de 170 milliards de dollars, faisant de la Chine le premier partenaire commercial de l’Afrique devant les pays occidentaux, la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI)
et des économistes africains pointent du doigt les inégalités qui existent entre les deux partenaires, notamment au niveau du commerce bilatéral entre la
Chine et le continent africain. Malgré l’ouverture du marché chinois aux produits africains, les exportations africaines vers la Chine restent encore limitées non seulement par leur volume, mais également par leur nature. L’Afrique exporte plus de 20 % de ses minerais vers la Chine et la zone subsaharienne fournit à
elle seule plus de 20 % du pétrole importé par la Chine. La présence financière de la Chine en Afrique est un autre fait marquant. En investissant massivement dans les gisements de matières premières — afin de s’assurer des approvisionnements réguliers — la Chine de Hu Jintao est devenue en quelques années
l’un des principaux investisseurs directs en Afrique. Mais les investissements chinois et les importations chinoises commencent à exaspérer les populations africaines, et c’est sur le terrain du développement que les Africains voudraient que leur partenariat avec la Chine prenne une nouvelle direction. Les chefs
d’Etat africains se demandent comment l’Afrique pourra tirer parti de ses relations avec la Chine « pour entrer sur le vaste marché chinois avec des produits de base
à valeur ajoutée ». Jusqu’à récemment, la Chine n’utilise que la main d’oeuvre chinoise en Afrique. Rigoureusement contestée par les Africains, cette politique seraitelle en voie de changement ? Lors de la 5e conférence sur la coopération sino-africaine (juillet 2011), la Chine avait annoncé qu’elle doublerait ses crédits
à l’Afrique et avait promis de former des talents africains grâce à des bourses d’étude aux étudiants et de contribuer à la formation de cadres africains,
à raison de 18 000 et 30 000 Africains respectivement. Elle avait promis également de former des centres pilotes agricoles pour aider l’Afrique à mettre la question agricole au coeur de son développement, En outre, elle projetait de développer « les infrastructures transrégionales et transnationales » pour favoriser le commerce
inter et intra-africain, et surtout de promouvoir des relations économiques qui permettraient à l’Afrique et à la Chine de tirer des avantages compétitifs de leurs
relations contractuelles. La Chine de Hu Jintao avait promis de préserver la paix et promouvoir le développement en Afrique, et pour booster ce
développement, d’importantes mesures allaient être prises dans plusieurs domaines prioritaires. Avec l’arrivée d’un nouveau président chinois, les analystes se
demandent si les préoccupations énergétiques et commerciales nationales de la Chine de Xi Jinping vont continuer à dominer la politique chinoise envers le
continent africain. On se demande aussi si on verra avec Xi Jinping une nouvelle politique chinoise africaine ou bien Beijing se contentera de maintenir les trois
formes de sa politique des années précédentes, à savoir le prêt bonifié préférentiel du gouvernement, les projets d’entreprises à cogestion ou à capitaux mixtes et l’aide sans contrepartie.

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