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RCA : dangereux revirement

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 11 février 2014

Le conflit en Centrafrique tend à se transformer en guerre confessionnelle contre les musulmans, en proie à des actes de lynchages et contraints à la fuite.

« La vague de violence qui frappe la République centrafricaine (RCA) a mis en péril l’avenir des musulmans dans le pays », a averti samedi dernier Human Rights Watch. En fait, les musulmans qui représentent environ 15 % des 4,6 millions de citoyens centrafricains s’exposent dernièrement à des actes de violences commis par les antibalaka (milices chrétiennes). Dimanche encore, elle a été le théâtre de règlements de comptes et de pillages dans les quartiers musulmans de la capitale. D’après l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International, la semaine dernière, près de 50 musulmans ont été tués lors de deux attaques dans des villages.

C’est ainsi que des milliers de Centrafricains ont fui leur pays surtout ces derniers jours. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés, 9 000 personnes, la plupart des musulmans, ont fui vers le Cameroun au cours des dix derniers jours. Depuis samedi dernier, 1 500 nouveaux réfugiés sont arrivés et ils sont plus nombreux chaque jour, a souligné une porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies, Fatouma Lejeune-Kaba. Elle ajoute qu’avec ces arrivées dans la ville de Kentzou, à l’est du Cameroun, le nombre total de réfugiés venus de Centrafrique dans ce pays suite à ces violences dépasse les 20 000.

La République centrafricaine a sombré dans le chaos depuis la prise du pouvoir en mars 2013 par Michel Djotodia, chef de la coalition rebelle Séléka à dominante musulmane. Il a été contraint à la démission le 10 janvier dernier pour son incapacité à mettre fin aux tueries interreligieuses. Le 20 janvier, Catherine Samba Panza a pris la présidence, mais rien n’a changé : les antibalaka (milices chrétiennes), partisans du président déchu François Bozizé, continuent à lancer des offensives contre les milices musulmanes dans lesquelles des milliers de personnes ont perdu la vie.

L’opération militaire Sangaris, effectuée en décembre 2013 par la France (un des grands pays investisseurs dans la région) et visant à stabiliser le pays et combattre les rebelles Séléka, n’a pas pu rétablir la paix. De nombreux experts remettent en question le nombre de soldats présents en Centrafrique. Récemment, un responsable militaire français avait admis que la crise centrafricaine avait été sous-estimée, expliquant qu’elle est beaucoup plus profonde qu’elle n’y paraît. Amnesty International reproche de son côté aux troupes présentes sur place, dont l’opération française Sangaris et la force africaine Misca, de ne pas avoir assuré la protection des musulmans.

Par ailleurs et vu cet état précaire, HWR a appelé à une action immédiate afin de remédier à la situation. « Il n’y aura pas d’avenir pour la communauté musulmane dans ce pays au cas où vous ne lanceriez pas une mission de maintien de la paix des Nations-Unies », a-t-elle averti, en s’adressant à la communauté internationale.

En outre, ce n’est pas la première fois que les Centrafricains fuient leur pays à cause des conflits interreligieux. 92 000 étaient déjà réfugiés au Cameroun, les premiers étant arrivés en 2004, précise le HCR. En République démocratique du Congo, ils sont maintenant plus de 60 000.

Au total, depuis décembre 2012, il y a 246 000 personnes réfugiées dans toute la région. Environ un quart de la population de 4,6 millions en Centrafrique a dû se déplacer par crainte des violences entre chrétiens et musulmans. Dans la capitale, Bangui, plus de 400 000 personnes vivent dans des campements de fortune avec un risque majeur de choléra et d’autres maladies, note le HCR.

Dans ce climat de violences sans fin, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, effectue cette semaine une nouvelle tournée africaine au Tchad, au Congo et en Centrafrique consacrée en grande partie à la crise centrafricaine. Pour sa part, Washington envisage « des sanctions ciblées contre ceux qui déstabilisent encore davantage la situation ou poursuivent leurs propres intérêts en favorisant ou encourageant la violence », a annoncé, samedi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry, et d’ajouter : « Il reste encore du chemin à parcourir pour recoudre le tissu social centrafricain qui s’est profondément fissuré ».

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