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Au Soudan du Sud, la paix est loin d’être réalisée

Sabah Sabet, Mardi, 21 janvier 2014

Soutenue par les forces ougandaises, l’armée sud-soudanaise a repris le contrôle de la ville stratégique de Bor. Malgré cette progression, il est trop tard selon les analystes pour stopper la guerre qui frappe le pays depuis un mois.

L'armée sud-soudanaise a repris le contrôle de Bor ». C’est ce qu’a annoncé son porte-parole, le colonel Philip Aguer, samedi 18 janvier. Pour sa part, la rébellion a confirmé l’évacuation de la ville, capitale de l’Etat du Jonglei (est), et parle de repli tactique. Cette victoire s’adjuge à l’Ouganda, dont la force aérienne a fréquemment été utilisée ces dernières semaines, ainsi que des centaines de soldats au sol.

D’ailleurs, Paddy Ankunda, de l’armée ougandaise, a revendiqué quasiment cette victoire, au même moment, sur Twitter : « L’UPDF (l’armée ougandaise, ndlr) a pris la ville de Bor ». En fait, le président ougandais, Yoweri Museveni, ne cache pas son soutien total à Salva Kiir depuis le début de la guerre et l’armée a reconnu avoir envoyé 1 600 de ses hommes. A l’origine, les Ougandais avaient indiqué que des forces spéciales avaient pour mission d’évacuer leurs ressortissants, qui sont nombreux à travailler dans le pays. Une de leurs bases importantes se situe au-delà du pont de Juba, sur la route qui mène à Bor. Dans le reste du pays, Malakal est toujours aux mains de l’opposition, et l’armée gouvernementale, qui a fini par reconnaître en avoir été chassée, affirme qu’une contre-offensive est en préparation.

En outre et sur le plan de négociations, des pays d’Afrique de l’Est, soutenus par l’Onu et les Etats-Unis, tentent depuis des semaines de faire accepter au gouvernement de Juba et à la rébellion menée par l’ex-vice-président Riek Machar un cessez-le-feu pour mettre un terme à des combats qui ont déjà fait des milliers de morts et près d’un demi-million de déplacés. Actuellement, une équipe de médiation se trouve à Addis-Abeba, en Ethiopie, et aussi à Juba. Mais les négociations traînent en longueur, et sont pour ainsi dire toujours bloquées surtout sur le sort réservé aux prisonniers politiques proches des rebelles. C’est ainsi qu’on semble encore loin d’un accord.

Et en ce qui concerne les efforts européens, jusqu’à présent, ce sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège qui assumaient la majorité du financement, mais la médiation vient de recevoir un nouvel appui de taille, puisque l’Union Européenne (UE) a débloqué plus d’un million d’euros. D’abord réticente, l’UE a finalement ouvert le portefeuille, grâce à ses bonnes relations avec l’Igad, l’organe régional en charge des pourparlers, et à la supervision de l’Union africaine.

Mais cela va-t-il débloquer la situation ? Le conflit qui ravage le Soudan du Sud pourra-t-il prendre fin prochainement ? Selon des observateurs, il semble qu’il est trop tard pour stopper la guerre avec la simple signature d’un cessez-le-feu. « Des poignées de mains, des sourires et un simple accord politique entre les deux parties ne remettront pas le Soudan du Sud sur la voie de la vérité, d’une paix durable, de la démocratie et de l’Etat de droit », estiment David Deng et Elizabeth Deng, figures de la société civile sud-soudanaise. Et d’ajouter : « Les deux parties devraient être forcées à se soumettre et soumettre leurs soutiens à une enquête indépendante portant sur les crimes commis ».

Pour Princeton Lyman, ex-envoyé spécial des Etats-Unis dans le pays, les pourparlers de paix ne pourront pas se contenter « d’un simple retour au statu quo antérieur ».

« Pour une paix durable, les négociateurs et les médiateurs devront toucher davantage que les élites politiques nationales », estime-t-il dans un article du centre de réflexion United States Institute of Peace. La crise politique à l’origine du conflit a commencé par l’accusation lancée par Salva Kiir contre Riek Machar de tentative de coup d’Etat, ce que ce dernier dément. Cette accusation est poursuivie désormais de massacres interethniques : Dinka de Kiir et Nuer de Machar, chacune des deux parties est accusée d’atrocités.

Pour beaucoup d’analystes, les affrontements s’apparentent déjà à une guerre civile, opposant l’armée à une alliance plus ou moins stable de commandants mutins et milices ethniques dans de féroces batailles pour le contrôle de villes stratégiques. La secrétaire d’Etat américaine adjointe, Linda Thomas-Greenfield, s’est alarmée de ce que « chaque jour qui passe pour le conflit fait croître le risque d’une guerre civile totale ». Selon elle, les tensions ethniques augmentent et « ceux qui restaient en marge du conflit y sont attirés ».

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