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Le continent face à ses maux

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 08 février 2022

L’Union africaine, qui célèbre cette année ses 20 ans, a tenu cette semaine son sommet annuel à Addis-Abeba sur fond de divers défis. Bilan.

Les participants au sommet de l UA ont condamn    sans  quivoque    la   vague    de coups d Etat en
Les participants au sommet de l’UA ont condamné « sans équivoque  » la « vague  » de coups d’Etat en Afrique de l’Ouest.

Actualité oblige, le 35e sommet de l’Union Africaine (UA), tenu les samedi 5 et dimanche 6 février à Addis-Abeba, s’est largement penché sur la multiplication des putschs dans le continent. En effet, c’est en pleine crise politique en Afrique de l’Ouest résultant des coups d’Etat qui s’y succèdent, que le sommet s’est tenu. Il était donc évident que ces putschs soient condamnés. « Chaque dirigeant africain de l’assemblée a condamné sans équivoque le modèle, la résurgence, le cycle, la vague de changements anticonstitutionnels de gouvernement », a ainsi déclaré, dimanche 6 février, Bankole Adeoye, commissaire en charge des affaires politiques, de la paix et de la sécurité de l’UA, lors d’une conférence de presse depuis la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Défendant l’UA, Adeoye a rappelé que le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation panafricaine a suspendu les pays ayant subi ces putschs. « L’UA ne tolérera aucun coup d’Etat militaire sous quelque forme que ce soit », a-t-il insisté. Et d’ajouter: « Faites vos recherches, à aucun moment dans l’histoire de l’UA, nous avons eu quatre pays en une année civile, en 12 mois, suspendus: le Mali, la Guinée, le Soudan et le Burkina Faso ». Evoquant en particulier l’Afrique de l’Ouest, il a estimé que le Sahel ne doit pas redevenir un foyer de changements anticonstitutionnels de gouvernement, qualifiés de « fléau ».

Or, si la condamnation est unanime, aucune solution durable n’a été mise sur la table pour éviter que de tels coups ne se répètent, ou pour répondre à l’instabilité dans la région ouest-africaine, ou encore pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Le débat concernant l’accréditation d’Israël suspendu

Outre cette question qui s’est imposée sur le sommet et qui a fait l’unanimité, une autre s’est invitée, mais cette fois, en divisant les pays africains. Les 55 Etats membres de l’UA ne sont pas unanimes sur un sujet hautement sensible et qui aurait pu provoquer une vraie crise: c’est celui de l’accréditation d’Israël à l’organisation panafricaine en tant qu’observateur. En juillet dernier, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, l’avait accepté, conférant ainsi à l’Etat hébreu un statut d’observateur, mais plusieurs membres, dont l’Algérie et l’Afrique du Sud, s’étaient insurgés, estimant que ce choix allait à l’encontre du soutien de l’organisation à la question palestinienne. Faute de consensus, l’UA a choisi de ne pas afficher ses dissensions sur ce sujet et les participants au sommet ont préféré suspendre ce sujet et créer un comité pour « étudier la question ». Ce comité comprendra l’Afrique du Sud et l’Algérie, mais aussi le Rwanda et la République démocratique du Congo, qui soutiennent la décision de Mahamat, ainsi que le Cameroun et le Nigeria. La crise a été évitée de justesse, le report étant la seule solution, car un vote aurait pu provoquer une scission sans précédent dans l’histoire de l’UA.

Le sommet de l’UA s’est tenu en Ethiopie, qui abrite le siège de l’organisation mais qui est aussi en proie depuis quinze mois à un conflit sanglant dans la région du Tigré, opposant les forces gouvernementales aux rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Un conflit dans lequel l’organisation est plutôt silencieuse. Bankole Adeoye a certes assuré que « toutes les situations de conflit étaient à l’agenda du sommet », mais il est impossible de savoir de quelle manière la question a été débattue dans les séances à huis clos. Aussi, la réaction défensive d’Adeoye en dit long. Ce dernier s’est défendu, déclarant qu’il n’était « pas vrai » que l’UA a été lente à réagir à ce conflit. « Il était impossible que l’UA ne s’engage pas dans une telle situation, étant donné précisément sa situation en Ethiopie », a-t-il affirmé, soulignant le rôle de « la diplomatie discrète, des navettes diplomatiques, qui ne peuvent généralement pas être rapportées ». Adeoye a finalement indiqué que l’ancien président nigérian et envoyé spécial de l’UA chargé d’arracher un cessez-le-feu, Olusegun Obasanjo, devait se rendre cette semaine dans les régions touchées par la guerre. Mais, faut-il le rappeler, Moussa Faki Mahamat a attendu le mois d’août dernier— soit 9 mois après le début des combats— pour nommer cet émissaire.

Quant à l’Ethiopie, en accueillant le sommet africain, elle a en quelque sorte voulu faire oublier qu’elle était en guerre. Le premier ministre éthiopien avait d’ailleurs fortement milité pour que le sommet se tienne en présentiel, malgré la crise sanitaire.

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