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Le Mali se cherche une nouvelle voie

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 13 août 2013

Malgré les menaces des groupes extrémistes, les Maliens ont voté, dimanche dans le calme, au second tour de la présidentielle.

Voulant sortir leur pays de 18 mois de chaos et d’une grave crise politico-militaire, les Maliens se sont dirigés vers les bureaux de vote dimanche dernier, pour le second tour de l’élection présidentielle. Le scrutin a eu lieu sous la surveillance de plusieurs centaines d’observateurs nationaux et internationaux, tandis que la sécurité a été assurée par l’armée malienne, les Casques bleus de la Minusma ainsi que l’armée française.

Selon les observateurs, le nombre d’électeurs a été un peu inférieur à celui du premier tour du 28 juillet, réussi en dépit de craintes d’attentats des djihadistes. Le vote a toutefois été perturbé par de fortes pluies dans le sud du pays. Certains chefs de bureaux de vote à Bamako sont ainsi allés jusqu’à affirmer que la participation n’avait pas atteint la moitié de celle du premier tour, pour lequel 48,98 % des votants se sont déplacés, un chiffre exceptionnel pour le Mali.

Les deux candidats en lice, arrivés en tête du premier tour, sont des vétérans de la vie politique malienne : Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK, 68 ans, est un ex-premier ministre, et Soumaïla Cissé, surnommé « Soumi », 63 ans, est un ex-ministre des Finances et un ancien responsable de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Keïta, fort de son avance de 20 points (39,79 % des voix au premier tour, contre 19,70 % pour Cissé), semble largement favori, d’autant qu’il a reçu le soutien de 22 des 25 candidats éliminés au premier tour, dont la majorité a obtenu moins de 1 % des suffrages. Mais Cissé table sur une mobilisation plus forte encore qu’au premier tour et sur une partie de près de 400 000 bulletins déclarés nuls le 28 juillet. « Il ne s’agit pas de compléter les résultats du premier tour, c’est une nouvelle élection », affirme-t-il. Se réclamant du gauche, charismatique, charmeur et bon vivant, Keïta apparaît aux yeux de ses partisans comme un « homme d’Etat fort », seul capable de redresser le Mali. Ceux de Cissé, économiste chevronné et courtois, mettent en avant ses compétences de gestionnaire. « La guerre est finie maintenant, et il faut travailler dur », dit l’un d’eux.

Sombre période

La tâche du vainqueur sera rude, car le Mali vient de vivre la plus grave crise de son histoire récente qui a laissé exsangue ce pays de quelque 14 millions d’habitants. Cette sombre période a débuté en janvier 2012 par une offensive de rebelles touareg dans le nord du pays, suivie en mars 2012 par un coup d’Etat qui a renversé le président élu, Amadou Toumani Touré, puis de la prise du contrôle du Nord par des groupes criminels et des djihadistes qui ont humilié l’armée et commis de nombreuses exactions avant d’en être chassés en 2013 par une intervention militaire internationale, initiée par la France, toujours en cours.

Ce conflit a poussé 500 000 personnes à fuir leurs domiciles, a accentué la pauvreté et a ravivé les haines entre les différentes communautés du pays, Touaregs et Arabes, d’un côté, assimilés aux rebelles et aux djihadistes, Noirs majoritaires de l’autre. Le nouveau président devra redresser l’économie du pays et entamer le processus de réconciliation, en particulier avec la minorité touareg. Les quelques centaines de milliers de Touaregs du Mali vivent essentiellement dans le Nord désertique qui a déjà connu plusieurs rébellions depuis l’indépendance du Mali en 1960 : une partie d’entre eux rêve d’indépendance ou au moins d’autonomie.

Deux solutions rejetées avec fermeté par les deux candidats, car elles mèneraient à la partition du pays. Pour développer le Nord du Mali et tenir compte de l’identité spécifique des Touaregs, ils misent sur une politique de décentralisation plus poussée. Ainsi, le résultat de la présidentielle, qui doit rétablir la légalité constitutionnelle, sera annoncé dans une semaine, selon le ministère de l’Administration territoriale .

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