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Mali : Un scrutin dans des conditions hors normes

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 31 mars 2020

Le premier tour des législatives a été maintenu dimanche 29 mars au Mali malgré la crise due au coronavirus, la poursuite des violences et l’enlèvement d’un important candidat de l’opposition.

Après une série de reports et un sempiternel renouvellement du mandat des députés, le Mali, ce pays, en proie à des violences quasi quotidiennes et récemment touché par l’épidémie de coronavirus, a maintenu le premier tour des élections législatives dimanche 29 mars. Les Maliens se sont rendus aux urnes pour élire 1 400 candidats qui se disputent les 147 sièges au sein de l’Assemblée nationale pour un mandat de 5 ans. Il s’agissait du premier tour des législatives, un second étant prévu le 19 avril. Outre les multiples crises – économique, politique et sécuritaire – que traverse le Mali, le scrutin s’est tenu dans un contexte critique: au même jour du vote, une vingtaine de cas de coronavirus ont été déclarés à Bamako et dans la région de Kayes, à l’ouest du Mali. Malgré la menace, les autorités ont tenu à tenir le premier tour, se contentant de déclarer que le vote s’est tenu « dans le respect scrupuleux des mesures barrières ». « Le gouvernement fera tout pour qu’il en soit ainsi », a assuré le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, à la veille du scrutin, alors que des organisations de la société civile et certains candidats réclamaient le report de ces élections à cause de la pandémie.

Des affiches de sensibilisation, des gels hydro-alcoolisés et des masques pour les personnels étaient distribués dans les 2598 bureaux de vote de Bamako. Mais pour les régions, « nous avons été pris par le temps », a assumé Amini Belco Maïga, chef de cabinet du ministre de l’Administration du territoire. Partout, les consignes de distance ont été données, à savoir un mètre entre chaque électeur. Tout est fait pour éviter au maximum la contamination, assurent les autorités. Pas suffisamment pour les électeurs : l’affluence n’a pas été grande (aucun chiffre n’a été publié). Trois candidats ont même décidé de rester à la maison à cause du coronavirus !

Menace terroriste persistante

Outre l’ombre de la pandémie, le Mali est aussi confronté à l’épreuve de la menace terroriste et des violences intercommunautaires. Quelques jours avant le scrutin, le 25 mars, ont été enlevés le leader de l’opposition, Soumaïla Cissé, ainsi que 6 de ses compagnons. Des enlèvements qui ont soulevé l’inquiétude des Maliens, et qui seraient vraisemblablement, selon un député, l’oeuvre des fidèles d’Amadou Koufa, le prédicateur radical du centre du Mali et qui dirige une unité combattante affiliée au Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), la principale alliance djihadiste du Sahel, opposée aux élections.

Malgré toutes ces circonstances, le pouvoir a insisté sur la tenue de ces élections sans avoir recours à d’autres reports. En effet, le mandat des députés de l’Assemblé nationale a expiré depuis 2018. Il a déjà été prorogé à deux reprises, et un récent dialogue national a insisté pour l’organisation de nouvelles élections.

Du côté de l’opposition, le principal parti d’opposition, l’URD, a appelé dans un communiqué ses militants et ses candidats à une participation « de grande qualité », et ce, malgré l’enlèvement de leur leader Cissé, et n’a pas demandé l’annulation de ces élections. En revanche, d’autres opposants étaient contre l’organisation du scrutin. Parmi eux, le général Moussa Sinko Coulibaly pour qui les conditions ne sont pas réunies. La Ligue démocratique pour le changement a dénoncé ainsi « l’attitude irresponsable du gouvernement ». Le régime, lui, a justifié le maintien de l’élection ainsi : « S’il n’y a pas d’élections, il n’y a plus d’Assemblée, et c’est l’aventure ». Certains au sein de la majorité présidentielle ont ajouté: « Il faut qu’il il y ait un parlement pour que nous puissions faire les réformes attendues par ce pays » .

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